Pierre-Emmanuel Calmen, Quentin Sannié et Emmanuel Nardin (Devialet)

La France dispose de valeurs sûres sur le marché du son, pourtant fortement concurrentiel. Les marques Devialet et Focal mènent la danse, sans compromis. La fabrication française, synonyme de qualité, connaît un bel engouement.

Le marché de l’électronique semblait perdu au profit des pays aux mains-d’œuvre moins chères des géants asiatiques. Et il a bien failli l’être, les entreprises qui sont depuis longtemps sur ce secteur ont connu des hauts et des bas, les faillites ont été nombreuses. Certaines ont cependant survécu, trouvant de nouvelles recettes pour s’im-poser, prouvant leur résilience dans les moments difficiles.

Parmi ces pépites, deux marques se distinguent sur le secteur de la musique, Devialet et Focal qui écrivent leur symphonie sur la portée de l’excellence à la française en partie grâce au nouvel essor du marché suite à la pandémie. Les particuliers ont amélioré l’équipement de leur foyer, y compris sur ce secteur.

Dans l’électronique française comme partout ailleurs, les industries du son ont cédé aux sirènes de la fabrication chinoise. Cependant, les marques françaises reviennent en France. Le raisonnement n’est pas que social, ces entreprises ont un raisonnement économique. Si le prix de revient est plus élevé en France, le bénéfice de l’image française permet de se positionner sur le segment haut de gamme du marché. Le made in France est donc partie intégrante d’un mix marketing gagnant. Un raisonnement valable pour les consommateurs français et internationaux.

DEVIALET MISE SUR L’INTERNATIONAL

L’entreprise revient avec force depuis plusieurs années, et fait même la une en cette rentrée après une levée de fonds de cinquante millions d’euros auprès de BpiFrance, de Crédit Mutuel Equity, et d’un investisseur chinois dont le nom n’est pas révélé. Le moyen d’attaquer le marché asiatique et chinois avec ses produits phares, les enceintes. Créée en 2007, Devialet réalise déjà 65% de son chiffre d’affaires à l’international. Le trio qui a fondé cette petite perle est composé de Pierre-Emmanuel Calmel, l’ingénieur, d’Emmanuel Nardin, le de-signer, et de Quentin Sannié, l’entrepreneur.

L’entreprise dirigée aujourd’hui par Franck Lebouchard a mis en avant ses derniers partenariats, avec ArianeSpace ou Audi, des étapes qui ont pour but final d’élargir sa base de clientèle. Une véritable révolution pour une marque qui avait toujours jusque-là voulu rester très exclusive et élitiste, dédiant son sa-voir-faire aux amateurs à la recherche du son parfait.

Du fait de la concurrence induite par l’arrivée du streaming, des offres de Bose, Apple, Amazon, Devialet a changé son fusil d’épaule. Il lui faut à présent aller reconquérir cette clientèle de trentenaires qui veut du bon son sans pour autant se ruiner. Pourtant, l’entreprise ne rogne pas sur son budget R&D et la plupart des troupes qui la composent sont des ingénieurs. Une façon de ne pas renier un héritage revendiqué par les fondateurs, celui d’un ingénieur lui aussi de l’époque inspirante des Lumières, Guillaume Vialet.

LA CHINE SALVATRICE ?

Contrairement à ce qui se passe d’ordinaire, ce sont les clients et non pas les fournisseurs chinois qui ont assuré une grande partie de la croissance de Devialet. Cela semblait pourtant mal parti avec deux ouvertures de boutiques qui se concluent par deux fermetures. C’est le partenariat avec Huawei qui va changer la donne. Aujourd’hui, si la France reste le premier marché de l’entreprise devant les USA, la Chine les talonne.

FOCAL EN PLEIN ESSOR

Clairement positionné sur le son HI-FI made in France depuis ses débuts en 1979, Focal fait la une des magazines spécialisés avec ses produits haut de gamme. Cette « Entreprise du Patrimoine Vivant » a les moyens de ses ambitions depuis son rachat il y a trois ans par le fonds Alpha Private Equity. Ce soutien a permis à Focal de renforcer son réseau de boutiques en France comme à l’étranger, et ce n’est qu’un début.

Avec 144 millions d’euros de chiffre d’affaires, la cible s’est renforcée et continue à s’élargir. La marque connue des spécialistes est aujourd’hui reconnue pleinement en tant que marque de luxe. À 20 000 euros la paire d’enceintes, c’est effectivement le cas. Cependant, la dépendance à la Chine n’est pas terminée, certains éléments viennent toujours d’Asie faute de proposition française ou européenne. Cédric Boutonet, le président de la marque (et de la marque Naim) a bien l’intention de poursuivre l’extension du réseau de boutiques et d’accélérer sur le marché du yachting.

Focal emploie 260 personnes sur les deux sites de production français pour 460 au total, une performance en soi pour cette marque française qui l’est restée depuis sa création en 1979. Nul doute que Jacques Mahul, l’ingénieur passionné de Hi-fi à l’origine de l’aventure Focal-JMlab n’eût pu rêver mieux.

UN MATCH QUI POUSSE VERS LE HAUT

Les deux marques emploient boxent dans la même catégorie, avec quelques 400 personnes chacune et un chiffre d’affaires qui n’est pas si éloigné, 144 mil-lions pour Focal, un peu plus de 100 mil-lions pour Devialet selon les estimations.

Le web pullule de commentaires, et d’articles comparatifs sur les produits des deux champions français, une configuration concurrentielle qui pousse à l’excellence et à l’innovation. Qui s’en plaindrait ? N’oublions pas un troisième larron revenu lui aussi produire en France, Cabasse, présent plus particulièrement sur le secteur de l’enceinte, qui entend bien avoir son rôle à jouer.

Claudio Flouvat

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