Si la tendance se poursuit, le marché dit de « seconde main » pourrait dépasser celui du neuf d’ici dix ans.

Les anciens dépôts-vente étaient les prémices d’un nouveau marché d’importance dont la croissance ne se dément pas, mais c’est Vinted qui a véritablement mis ce marché en lumière en Europe, même si les brocantes, le vintage et la récup’ n’ont pas attendu 2021 pour très bien fonctionner. Aujourd’hui, avec plus d’un milliard d’euros uniquement en France, la simple vente de vêtements d’occasion prend une nouvelle ampleur partout dans le monde. Le marché du neuf perd de sa superbe, tandis que l’occasion prend son envol.

Un marché qui explose

Si Vinted est une startup lituanienne, Le Bon Coin quant à lui est bel et bien français et contribue au succès du phénomène. On y trouve des articles neufs en surstock mis en ligne par des professionnels, des voitures, des meubles d’occasion et des objets de toutes sortes. Le vintage touche tous les marchés et non pas uniquement les vêtements.

On passe allégrement d’un vide dressing à un vide maison en s’adressant directement aux particuliers via internet, sans avoir à appeler le brocanteur, l’antiquaire ou Emmaüs. Le textile et bien avant l’automobile ont montré la voie, de nombreuses startups se sont engouffrées dans cette opportunité naissante pour bien d’autres marchés, la tech, la décoration, les livres, etc.

Des motivations claires

De grands discours existent quant au besoin d’aller vers une économie circulaire, centrée sur le local, la réutilisation, la diminution des déchets, sans occulter les problèmes liés à la fast fashion. Pourtant, il convient de remettre les choses à leur place : les études mettent clairement en avant que la motivation première reste depuis toujours la question financière. C’est le portefeuille de l’acheteur qui détermine en majeure partie son choix d’aller vers de la seconde main. Ce qui donne un autre éclairage sur ce marché.

Des réussites françaises

Back market

Les jeunes rois du reconditionné

La couleur est annoncée sur leur site, ils sont les « rebels with a cause ». Qui cela ? Thibaud Hug de Larauze, Vianney Vaute et Quentin le Brouster. Diplômé de l’Ieseg en 2011, le premier travaille trois ans dans l’univers du e-commerce, trois années pendant lesquelles il peaufine une idée, celle de Back Market, dans un souci commercial et écologique. Fils et petit-fils d’entrepreneur, issu d’une famille nombreuse de la région nantaise, ce profil plutôt opérationnel décide de se lancer avec l’aide d’associés aux profils complémentaires. Il contacte Quentin, l’ingénieur développeur qui connaît bien le secteur de la tech, ainsi que Vianney, le communicant diplômé du Celsa. A eux trois, ils vont donner naissance à une entreprise qui offre une seconde vie aux smartphones, ordinateurs et tablettes, en passant par un réseau de revendeurs et professionnels certifiés.

3 millions de volume d’affaires la première année en 2014, 30 millions la seconde, on peut dire que Back Market a fait mouche et trouvé son public. Le développement se fera via des levées de fonds, en premier lieu auprès de la famille de Thibaud, puis à partir de fonds classiques tels Aglaé Ventures et Eurazeo Growth. L’an dernier, 110 millions d’euros ont été levés, en particulier auprès de Goldman Sachs. Cette année, 276 millions d’euros, autant dire que Back Market est entré avec panache dans le cercle fermé des licornes françaises. L’offre s’est élargie et internationalisée, les trois hommes ont de grandes ambitions et veulent devenir « l’Apple du reconditionné ».

Vestiaire Collective

Déjà 12 ans de succès

Depuis douze ans, Vestiaire Collective s’épanouit sur le marché de la revente de vêtements et accessoires. Une aventure atypique, car elle démarre avec une équipe constituée de six personnes, Alexandre Cognard (technique), Sébastien Fabre (corporate) Henrique Fernandes (logistique), Sophie Hersan (mode), Christian Jorge (produit) et Fanny Moizant (marketing). Tous étaient déjà des professionnels confirmés, ce qui explique le succès qui a suivi, mais a aussi permis de rassembler un bon capital de départ tout en disposant des compétences et des réseaux nécessaires rapidement.

En bref, tous les éléments du succès étaient rassemblés. « Vestiaire de copines » selon son nom de naissance n’a cessé depuis sa création de lever des fonds jusqu’à ce mois de mars 2021 où une levée de 178 millions d’euros fait de l’entreprise la 11e licorne française avec une valorisation de plus d’un milliard de dollars. L’offre s’est construite autour de belles pièces qui dorment au fond des placards, avec des produits vérifiés physiquement avant d’être envoyés, ce qui permet à l’entreprise de prélever une commission relativement élevée.

Depuis peu, trois associés ont pris leur envol, tels Alexandre Cognard et Christian Jorge qui se connaissaient déjà très bien avant la naissance de Vestiaire Collective, ayant été associés auparavant. Sébastien Fabre quant à lui s’est lancé dans une nouvelle aventure avec la création d’Agua Blanca, spécialisé dans les produits d’hygiène. Autre élément important, le groupe Kering a pris une participation et son PDG François-Henri Pinault a profité de l’occasion pour donner son point de vue sur le marché : « Le luxe de seconde main est une tendance réelle et profonde parmi les jeunes consommateurs ». De quoi voir l’avenir sous les meilleurs auspices.

Recyclivre

Le bouquiniste du web

Le bouquiniste du web Connaissez-vous David Lorrain ? Une tête bien faite, un profil financier qui s’ennuie un peu, se lance dans l’événementiel et le web avant de partir loin, en Australie, Nouvelle-Zélande, Inde pendant une année. A son retour à Paris en 2007, il décide de se lancer dans sa propre création dans l’univers du web, mais dans un but précis : un profil d’entreprise écologique impactant sur l’Homme avec un grand H. Son idée ? La collecte et la revente de livres d’occasion. Ce bouquiniste du web voit le jour fin 2008 et choisit rapidement de travailler avec des acteurs locaux de l’insertion sociale.

L’homme est posé et maîtrise sa croissance. Cela prendra huit ans pour couvrir toute la France, développant son idée pas à pas. Inutile de préciser qu’il est aussi un lecteur compulsif pour qui la collecte gratuite de livres d’occasion a un sens. Ce sens de la durabilité et du social va de pair avec la recherche d’une rentabilité solide. C’est chose faite avec un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros pour cette entreprise membre du réseau « 1% pour la planète » qui verse de plus 10% des revenus nets à des associations, notamment de lutte contre l’illettrisme.

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