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David Zienkiewicz, le pompiste qui vendait du caviar

David Zienkiewicz

Pompier, bucheron, gérant d’un bar PMU, coach sportif, plombier… David Zienkiewicz a eu mille vies. L’entrepreneur lorrain de 37 ans dirige aujourd’hui la station-service la plus folklorique de Paris — située avenue Ledru-Rollin (11ème) — où l’on peut faire son plein tout en achetant du vin, du caviar ou des truffes.

Quelle est votre histoire ?

Je suis né dans les quartiers populaires de Verdun, une petite ville de l’Est de la France à laquelle je suis profondément attaché. Malgré un parcours tumultueux, j’ai fait mon bonhomme de chemin. Fils unique, mes parents ont divorcé dans des conditions un peu compliquées alors que j’avais 2 ans. Mon père est décédé quelques années après sans que je puisse le revoir. J’ai été balloté successivement dans des familles d’accueil, des internats et de sections sports-études jusqu’à mes 16 ans. J’ai traversé de longs moments de solitude et de tristesse dans ma vie dont je suis sorti grandi. Ces épreuves m’ont finalement aidé à me construire, me réaliser et m’ont enseigné les valeurs de la vie, le sens du travail et du partage.

Marqué par une histoire personnelle douloureuse et sinueuse, je suis un homme sensible et à fleur de peau. Entouré de femmes depuis l’enfance, la subtilité féminine qui est en moi est ce qui me permet d’être productif dans le business.

Comment vous-êtes-vous construit ?

J’ai tout d’abord cherché la famille que je n’avais pas eue chez les pompiers en tant que volontaire, puis comme sapeur-pompier militaire. J’aimais cet esprit de cohésion. J’ai erré durant une dizaine d’années en cherchant qui j’étais et ce que j’avais envie de faire. J’ai papillonné en m’essayant successivement à différents métiers : bucheron, coach sportif, moniteur de secourisme chez Air France, électricien, plombier ou encore dépanneur. Je travaillais nuit et jour et ne dormais que quelques heures. Je me sentais un peu différent et animé par une sensibilité très acérée.

Je me suis révélé à l’âge de 26 ans en prenant conscience que j’avais un réel potentiel commercial et entrepreneurial. Je me suis alors décidé à racheter le fonds de commerce d’un bar PMU en liquidation judiciaire à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) avec un associé. Nous avons redressé l’affaire et accroché la place de troisième PMU de France avec quasiment 4 M€ de chiffre d’affaires annuel.

Comment expliquez-vous votre réussite dans cette première affaire ?

La recette fut assez simple : un mélange d’authenticité, de spontanéité et de rigueur. Nous  ouvrions toujours à la même heure, nous étions polis et nous respections notre clientèle en lui prêtant une écoute attentive. Être fidèle à soi-même et à ses valeurs et respecter les autres constituent les clés de la réussite. J’ai toujours eu le goût de la droiture et le sens de l’effort. Entre mon activité dans le PMU la journée et celle de dépanneur la nuit, je travaillais entre 18 et 20h par jour. Je me suis construit en me nourrissant de chaque expérience de vie qu’elle soit positive ou douloureuse.

Comment l’idée de créer une société de location de montres de luxe a-t-elle germée ?

Je trouvais assez injuste que certaines personnes n’aient pas les moyens de s’offrir des montres de luxe. J’ai donc acheté quelques pièces d’une valeur de 500 à 15 000 euros à l’hôtel des ventes de Drouot. L’affaire vivotait mais je me suis lassé de cette activité et je me suis occupé de ma mère qui était tombée gravement malade. Mon associé en a profité pour partir avec la caisse en me laissant une dette d’environ 100 000 euros que j’ai dû rembourser auprès d’un liquidateur judiciaire. Je me souviens parfaitement de ses mots à mon égard : « vous étiez certainement un très bon pompier mais pas un bon businessman. À accorder ainsi votre confiance, vous ne réussirez pas votre vie professionnelle ».

J’ai gardé la tête hors de l’eau malgré la situation et j’ai racheté une station-service du 11ème arrondissement de Paris en crédit vendeur. J’ai réussi à rembourser le crédit en deux fois moins de temps que prévu.

Comment avez-vous repensé le concept de cette station-service ?

Après avoir vendu le stock de montres pour rembourser les dettes contractées par mon associé,  l’activité de prêt de montres a naturellement pris fin et je me suis consacré à 100 % à la station-service. J’ai ouvert la station sur une plus grande amplitude en termes de jours et d’horaires, et j’ai proposé des services annexes (livraisons, gaz, huile, réparations, contrôles techniques, carrosserie, électricité automobile…) afin de faire déplacer un maximum de clients, d’augmenter le trafic et de rentabiliser chaque seconde.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans une dimension sociétale ?

J’ai beaucoup souffert durant mon enfance de ne pas pouvoir accéder à la culture et aux bonnes choses. Aujourd’hui, je prends notamment des cours de diction et de théâtre, et j’aime manger des produits de qualité hauts en saveur. J’ai eu envie de démocratiser les produits culinaires de luxe en les mettant à la portée de tous.

Je souhaitais donner accès à de mets qualitatifs et des produits haut de gamme aux personnes qui ont un palais sans avoir nécessairement les moyens. J’avais envie d’offrir la possibilité à tout un chacun de disposer d’un produit d’excellente facture, peu onéreux, et avec une traçabilité. Lorsque je m’engage dans un projet, j’ai à cœur de le faire bien et j’inspire naturellement une certaine confiance.

Il existe aujourd’hui un véritable cercle vertueux car depuis que j’ai lancé cette activité il y a un an, la qualité n’a cessé d’augmenter et le trafic dans la boutique ne cesse de croître ainsi que le CA et la rentabilité.

Vous avez décidé de mettre en avant des petits producteurs régionaux de la Meuse dans cette station-service. L’idée, pour le moins originale, peut surprendre. Quelle était votre idée ?

Je souhaitais mettre en lumière des produits du terroir de la Meuse et faire de la Lorraine, ma région natale,  une terre  dynamique et attractive. J’aspire en effet à construire des passerelles vers l’extérieur pour faire connaître et rayonner cette région.

J’ai donc eu l’idée de proposer de l’épicerie de luxe afin de mettre à l’honneur la gastronomie lorraine : confiture à la truffe, miel à la truffe, madeleines de Comercy, foie gras, Pinot noir de Meuse, caviar, confiseries de Verdun, etc.

J’y ai découvert des truffes de Meuse datant de François 1er, de la groseille avec un savoir-faire ancestral, mais également la fameuse mirabelle et le célèbre pâté lorrain. Cette région étant assez peu fréquentée par les touristes, je trouvais dommage que toutes ces personnes attestant d’un véritable savoir-faire ne soient pas mis en avant. Ballotté dans cette région de famille en famille durant mon enfance, je suis l’ADN de toutes ces personnes. J’ai donc souhaité mettre en avant leurs produits et les commercialiser dans ma station-service de la capitale.

Vous vous êtes également lancé dans le vin avec Exult World Wines en mai 2018. Quel bilan dressez-vous de l’année écoulée ?

J’ai commencé à trouver des cépages avec des goûts différents qui n’existaient plus en France à des prix très accessibles. Mes recherches se font par cépage et donc par raisin et non par couleur ou par région. Sur la première année qui vient de s’écouler, nous avons fait environ 8 000 bouteilles.

Comment envisagez-vous de faire rayonner votre région natale à l’avenir ?

Je souhaite organiser des allers retours entre Paris et ce département, puis élargir ce projet au niveau mondial afin de mettre en avant tous ces petits producteurs locaux et leurs produits. Je ne suis pas certain que le département me suive car ils sont un peu dépassés par mes idées, mais je conduirai seul ce projet si nécessaire et je me financerai seul.

A titre d’exemple, la caserne des Pompiers de Verdun est disposée à me prêter des locaux pour inviter les enfants des alentours en présence de quelques people et sportifs de haut niveau.

Comment imaginez-vous la suite de votre vie ?

A terme, je m’imagine dans une ferme à la montage, au calme, entouré d’animaux. Je souhaite m’occuper pleinement de ma famille au quotidien afin de vivre chaque instant. Je me nourrirai des produits que je fabriquerai. Je piloterai un empire à distance et grâce à mon  ordinateur, je gérerai mes placements financiers à travers le monde, ma rentabilité immobilière et mes collaborateurs.

Je suis très épanoui lorsque je conduis des projets qui ont du sens. L’argent n’est pas une finalité en soi, je fais cela par amusement. Je suis à peine offusqué lorsque l’on me vole un euro ou 10 000 euros, et cela m’incite à travailler deux fois plus. Je n’ai pas honte de dire que je gagne beaucoup d’argent. Je souhaite réinvestir cet argent en créant des associations et des écoles dans l’anonymat. Aujourd’hui, je n’ai pas d’autre choix que d’utiliser mon nom et de faire valoir mon image de boxeur. Mais ensuite, je me ferai très discret. Je créerai une marque globale et je rétrocéderai à mes employés et aux personnes méritantes que j’aurai croisées. Je considère cela comme un jeu et lorsque je serai lassé, je le céderai à quelqu’un.

Je souhaite donner l’opportunité à tous ceux qui sont dans l’ombre d’être visibles, et utiliser l’énergie qui m’anime pour embarquer un maximum de personnes. Certains méritent plus que moi d’occuper le devant de la scène.

Propos recueillis par Isabelle Jouanneau

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