Beaucoup de changements ont eu lieu dans le groupe Danone depuis 2 ans. La nomination d’Antoine de Saint-Affrique représente un renouveau accompagné d’un défi, à la fois pour le groupe et pour le patron.

La fin de l’année 2020 et le début 2021 ont été marqués par une véritable crise de gouvernance au sein du groupe Danone qui s’est terminée par le départ du PDG, Emmanuel Faber en mars dernier.

Un départ mal digéré

Ce dernier est sans doute allé un peu trop vite et un peu trop fort en transformant à toute vapeur le groupe en entreprise à mission et en orientant son action sur les domaines de l’écologie et de la santé aux dépens de préoccupations plus classiques. Ce qui a eu le don de déplaire fortement au troisième actionnaire du groupe (avec 3% du capital), l’américain Artisan Partners, suivi ensuite de Bluebell Capital. En septembre 2020, c’était aussi le DRH et secrétaire général du groupe qui démissionnait, tandis qu’un nouveau directeur commercial France arrivait en provenance de Coca-Cola. Autant dire que le contexte est quelque peu tendu, ou en plein renouveau, selon l’optique.

Le 15 septembre dernier, Antoine Bernard de Saint-Affrique s’est installé dans le fauteuil de la direction générale de Danone. Il ne sera pas seul dans cette tâche, le pilotage s’effectuant avec le président du conseil d’administration, Gilles Schnepp. Croissance et rentabilité sont donc les mantras du nouveau DG. Il ne part pas d’une feuille blanche ; le plan « Local First » de son prédécesseur ayant été approuvé par le conseil d’administration.

Bouleversement programmé

Le découpage par métier de l’organisation va disparaître au profit d’un découpage géographique. Mais le véritable défi du nouveau directeur général est de retrouver en premier lieu la croissance et surtout la rentabilité attendue par les actionnaires. Cela dans des marchés où les challenges sont nombreux, avec l’arrivée en force du végétal, les difficultés liées aux emballages, aux bouteilles en plastique entre autres petits soucis. Les actionnaires lui donnent carte blanche, ayant augmenté la rémunération fixe de la fonction de façon significative, 1,4 million d’euros contre 1 million auparavant.

Un profil rassurant

Les actionnaires ont regardé de près son CV impeccable, mais aussi un profil rassurant pour ce qui les concerne. Fidélité et loyauté sont des adjectifs qui reviennent fréquemment dans la bouche de ceux qui le connaissent. On lui reconnaît aussi d’avoir toujours eu de bonnes relations avec les conseils d’administration, un atout étant donné les circonstances. De plus, comme son prédécesseur, il a la fibre environnementale, il déclarait ainsi à propos de Barry-Caillebaut « le fait d’avoir des arbres et de la pluie sur les arbres, des fermiers qui gagnent leurs vies et des enfants de fermiers qui prennent leur suite est très important pour nous » en soulignant qu’il ne pouvait y « avoir de futur pour une entreprise qui ne serait pas un acteur économique responsable, tant du point de vue environnemental que sociétal ». Il a notamment participé activement à l’action visant à supprimer le travail infantile chez les fournisseurs de cacao.

L’alimentaire, son cœur de métier

À bientôt 57 ans, Antoine de Saint-Affrique n’a pas de leçons à recevoir en matière de connaissances sur le marché alimentaire, français et international. Il a d’ailleurs connu le groupe Danone il y a plus de vingt ans alors qu’il était chez Amora-Maille, qui n’appartenait pas encore à Unilever. C’est dans cette multinationale qu’il poursuit sa carrière, allant également explorer les secteurs de la cosmétique et de l’hygiène. Il n’a pas encore 40 ans lorsqu’il occupe le poste de vice-président marketing chez Amora-Maille avant de reprendre un parcours ascensionnel chez Unilever jusqu’à devenir en 2011 président de la branche alimentation. Quatre ans plus tard, changement d’orientation, il prend la direction du groupe suisse Barry-Callebaut, le géant du cacao et du chocolat à destination des professionnels. Un groupe majeur dont le président s’est toujours félicité de l’action menée par Antoine de Saint-Affrique.

Un parcours sans accroc

On peut dire qu’Antoine de Saint-Affrique a suivi une lancée si régulière qu’elle en est presque surprenante. Élevé dans un milieu privilégié, lycéen à Neuilly-sur-Seine, cela commençait sous les meilleurs auspices, d’autant que le jeune homme est rapidement diplômé de l’Essec puis de Harvard où il passe une année. Il est un point à ne pas oublier lorsque l’on parle de ce dirigeant, il fut aide-de-camp dans la marine pendant un an et demi, et a gardé le respect de l’ordre établi et de la hiérarchie. Son cursus n’empêche pas l’entre- preneur d’avoir des passions, pour la mer et la voile notamment. Ce pro du marketing, père de quatre enfants, au profil policé est également bien connu pour être amateur de gastronomie et de bons vins.

Travail et discrétion

Ces deux mots caractérisent indéniablement sa personnalité. Même lors de sa prise de fonction chez Danone, il n’est pas apparu en public et n’a pas fait de déclaration dans les médias. A lui maintenant de démontrer que le climat « d’entre soi » dénoncé par Emmanuel Faber n’est pas la règle maîtresse qui décide des recrutements des grands groupes. Il va devoir travailler vite, ce qu’il sait faire, afin de protéger le groupe de 100 000 employés contre les appétits plus ou moins hostiles de multinationales étrangères. Ce profil de premier de la classe est devenu un chef d’entreprise dont la fiabilité fait l’unanimité. Et surtout, il a une dimension internationale qui sied parfaitement à la stratégie de reconquête du roi du yaourt et de l’eau minérale. Bon appétit.

A.F.

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