Réélu le 31 octobre, Alassane Ouattara affiche un bilan économique plutôt flatteur depuis son arrivée mouvementée à la présidence de la Côte d’Ivoire en 2010. Mais l’accélération des investissements et le recul relatif de la pauvreté doivent encore être consolidés par d’autres avancées sociales.

Championne de la croissance économique en Afrique de l’ouest, la Côte d’Ivoire restera dirigée par son actuel président, Alassane Ouattara, pour les cinq prochaines années. Après une décennie à la tête du pays de 25 millions d’habitants, le chef de l’État de 78 ans avait initialement prévu de se retirer pour laisser la place à la jeune génération. Mais le décès soudain début juillet de son successeur désigné, le premier ministre Amadou Gon Coulibaly, a contraint le président ivoirien à revoir ses projets et se porter candidat à un nouveau mandat. Suite à une campagne électorale marquée par la menace de boycott de l’opposition, Alassane Ouattara l’a sans surprise emporté face à son principal adversaire, Henri Konan Bédié, qui à 86 ans n’incarnait pas le renouvellement de la classe politique ivoirienne.

Dans une lettre datée du 11 novembre 2020, Emmanuel Macron n’a pas manqué de féliciter le vainqueur, mais a surtout encouragé le dialogue initié avec le vaincu, qui dirigea le pays entre 1993 et 1999. « Je souhaite que ce premier pas vers le rassemblement et l’ouverture puisse jeter les bases concrètes d’une réconciliation plus large et plus durable », a écrit le président français, qui a renouvelé sa confiance à Alassane Ouattara afin d’« accorder aux nouvelles générations la place qui leur revient » dans le pays.

Avec une population âgée pour les trois quarts de moins de 35 ans, la Côte d’Ivoire devra encore patienter au moins cinq ans pour avoir un leader plus représentatif de sa jeunesse. Mais en attendant, le maintien d’Alassane Ouattara au pouvoir laisse présager une trajectoire économique toujours aussi dynamique et favorable à la création de richesses. Régulièrement encensée par la Banque mondiale, la croissance ivoirienne s’est établie en moyenne entre 7 et 8 % depuis 2011, faisant d’Abidjan, la capitale économique, la locomotive de l’Afrique francophone.

Sur les 10 dernières années, le PIB a plus que doublé pour atteindre 49,7 milliards d’euros en 2019, contre 21,5 milliards d’euros en 2010. Et malgré une croissance limitée à 1,8 % en 2020, les perspectives sont encourageantes : la Banque mondiale prévoit un rebond à 5 % dès l’année prochaine. Pour expliquer ce nouveau « miracle ivoirien », comme le qualifiait l’agence de notation Moody’s en 2019 en référence au précédent des années 60 et 70, il faut regarder principalement du côté du secteur du cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial avec 40 % du marché. En une décennie, la production a doublé dans le pays. La « cacaoculture » compte aujourd’hui pour 15 % du PIB et représente la moitié des exportations nationales. Un quart de la production est désormais transformée sur place, faisant vivre un cinquième de la population, avec pour objectif d’atteindre 100 % d’ici 2025. Mais le développement d’autres pans de l’économie ivoirienne est également pour beaucoup à sa vitalité. Outre son leadership dans plusieurs filières agro-alimentaires au niveau africain (banane, caoutchouc) et même mondial (noix de cajou), le pays s’appuie également sur d’autres secteurs incontournables comme les services, les télécommunications, le BTP, l’énergie et le tourisme, notamment d’affaires, qui représentait 7 % du PIB avant la crise sanitaire.

Une économie plus résiliente mais pas encore assez inclusive

« Face aux chocs conjoncturels, la Côte d’Ivoire est bien plus résiliente qu’il y a 10 ans, analyse Youssouf Carius, PDG du fonds d’investissement ivoirien Pulsar Partners. Autrefois, à la moindre baisse du cours du cacao, la croissance dégringolait mécaniquement. Mais aujourd’hui, d’autres secteurs ont pris de l’envergure, et ce mix économique constitue le bouclier de l’économie ivoirienne. ». Pour rendre possible cette diversification, il a fallu rétablir un climat des affaires favorable à des investissements étrangers refroidis par plusieurs années de guerre civile et de crise politico-militaire, entre 2000 et 2010. D’après le classement Doing business de la Banque mondiale, la Côte d’Ivoire est aussi le troisième pays d’Afrique subsaharienne le mieux noté pour lancer un business, après le Togo et Maurice.

Parmi les autres avancées, les investissements dans de grands travaux d’infrastructures (routes, ponts, ports, écoles, hôpitaux, etc.), d’électrification et d’accès à l’eau ont largement contribué à propulser l’économie ivoirienne sur le devant de la scène africaine. Mais malgré un revenu moyen par habitant qui a presque doublé (2290 dollars en 2019 contre 1120 dollars en 2011, selon la Banque mondiale), près de 3 millions d’emplois créés et un taux de pauvreté en forte baisse (39,5 % contre 55,4 %), le nombre de pauvres n’a que faiblement diminué (10 millions contre 11 millions en 2010) en raison de l’importante croissance démographique (+ 5 millions d’habitants en 10 ans).

« Je n’ai certainement pas tout réussi, admettait Alassane Ouattara en mars, alors qu’il venait d’annoncer ne pas briguer de nouveau mandat, mais les résultats sont là. […] Nous avons inversé la courbe de la pauvreté, qui est en net recul. » Et le président ivoirien de rappeler le grand plan social de plus d’un milliard d’euros déployé pour 2019-2020 en faveur des foyers les plus démunis et celui de 2,6 milliards d’euros lancé sur deux ans pour lutter contre les effets de la crise sanitaire sur l’économie. Les ménages vivant en zone rurale sont ainsi particulièrement concernés par ces mesures, certaines régions affichant plus de 50 % de pauvreté, d’après l’économiste ivoirien Samuel Mathey. « La pauvreté reste un défi », fait remarquer la Banque mondiale, qui ajoute que« la croissance économique aurait pu être plus équitable et inclusive ». Pour le mandat qui vient de débuter, le président réélu a donc pour mission de poursuivre et d’accélérer l’amélioration des conditions de vie des Ivoiriens, notamment pour gommer le fossé existant entre Abidjan et le reste du pays. Il doit également relever le défi démographique en préparant dès ce mandat la transition vers des personnalités plus jeunes et plus à-même de représenter la nouvelle génération.

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