Clément Le Fournis (Agriconomie) : « La pénurie des matières premières pénalise l’agriculture française »

Le site Internet Agriconomie permet aux agriculteurs d’acheter tout le nécessaire pour leur exploitation. Suite à la pénurie des matières premières dans le secteur agricole, nous avons interviewé Clément Le Fournis, cofondateur de l’entreprise.

Entreprendre : Quelle est la situation sur le marché des engrais/semences ?

Clément Le Fournis : L’augmentation des prix des fertilisants au niveau international est presque inédite et n’a rien à voir avec ce que nous avons pu connaître en 2008. En effet, bien plus de fondamentaux soutiennent le prix des fertilisants aujourd’hui, en voici quelques exemples.       

Le gaz, dont le prix a été multiplié par 7 depuis mars 2021 pour les industriels, correspond à 80 % dans la composition de la fabrication d’ammoniaque. L’ammoniaque est la principale matière première dans la fabrication d’engrais azotés. 

Au-delà du contexte haussier des coûts de production pour les usines d’engrais, le transport n’est pas épargné. Depuis le début de la crise du COVID le coût du fret maritime en vrac et en container a été multiplié par dix.         

De plus, de nombreux agriculteurs en France comme sur d’autres continents, qui bénéficient d’une augmentation du prix de vente de leur récolte, souhaitent déplafonner les rendements en fertilisant davantage leurs cultures. Cette tendance crée un déséquilibre entre l’offre et la demande encourageant aussi la flambée des prix. 

Enfin, certains pays comme la Chine appliquent des taxes à l’export sur les engrais pour inhiber les volumes exportés et ainsi les conserver sur le marché domestique.

D’où vient cette crise ? Est-ce la première fois que ce secteur est autant touché ? 

Clément Le Fournis : La principale cause de ces facteurs haussiers et l’élément déclencheur correspond à la reprise économique post-COVID. En effet, la « planche à billets » a permis d’éviter la chute de l’économie mais entraîne un redémarrage bien plus important que prévu. La forte reprise économique provoque une pénurie de matières premières, transport et produits dans tous les secteurs : agriculture, automobile, électronique, BTP…

Dans le milieu des fertilisants, ces augmentations de prix ont déjà eu lieu à moindre mesure en 2008. A cette période, l’augmentation des prix était simplement expliquée par une demande plus importante que l’offre produit. Aujourd’hui nous avons cette même problématique qui vient s’ajouter à l’augmentation du coût des matières premières, du fret, au retard des prises de commandes en cultures dû à la météo entre autres, et à la rétention de produits par certains pays. 

Quel est le risque pour le secteur agricole français ? 

Il est compliqué de savoir quand est-ce que le marché des fertilisants reviendra à la normale mais tout laisse à penser que ce dernier restera ferme au moins jusqu’à la fin du premier trimestre 2022. 

Ces hausses historiques impactent bien évident les coûts de production à l’hectare des agriculteurs car la proportion des charges en engrais azotés a été multipliée par trois comparé à l’année dernière. 

Fort heureusement, le prix des grains en céréales et oléagineux ont eux aussi augmenté depuis l’année dernière. Ceci permet aux agriculteurs de pouvoir dégager malgré tout une marge à l’hectare non négligeable. 

L’erreur à ne pas faire cette année est de vouloir réduire drastiquement les apports d’azote. Tout réside en un calcul de rentabilité en fonction des différentes charges fixes et variables de l’exploitation.

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