Réélu maire de Nice et de sa métropole, l’ancien ministre de l’Industrie de Nicolas Sarkozy dirige sa ville en mode entrepreneurial. Fervent partisan de la décentralisation, il est décidé à amplifier le développement économique de la cité emblématique de la Côte d’Azur.

Proche des Niçois, ses concitoyens le croisent chaque jour ou presque en train de courir dans les rues de la ville. Mieux vaut avoir du souffle en effet pour un homme politique qui ne sort pas du sérail. Tout au long de sa carrière, sa fidélité à Nice n’a d’ailleurs jamais été mise en cause. Depuis l’installation de la Métropole le 1er janvier 2012, il est le président de cette institution qui rassemble 49 communes qui vont de la grande bleue au Mercantour, un territoire qui n’existe pas sans son économie, fortement liée ici au secteur touristique, mais pas seulement avec l’essor mondial de Sophia Antipolis.

La crise sanitaire a fortement ébranlé l’économie, en particulier le secteur touristique, essentiel à Nice

Christian Estrosi : Dès le départ de la pandémie, la Ville de Nice et la Métropole Nice Côte d’Azur ont mis en place plusieurs mesures d’urgence et de soutien aux entreprises locales les plus fragiles, notamment les très petites entreprises du commerce et de l’artisanat. Pour la saison estivale, nous avons déployé des dispositifs de promotion touristique, de soutien à la consommation avec la distribution de 200 000 euros de bons d’achat à dépenser dans les commerces locaux ainsi qu’un programme d’animations estival de 210 évènements.

Quelle est votre opinion sur les dispositifs mis en place par l’État ?

C.E. : Les leviers actionnés par l’Etat, comme le chômage partiel et le report des charges, ont permis de préserver des milliers d’emplois, de conserver les compétences au sein des entreprises et soulager temporairement leur trésorerie. C’était primordial. Au niveau local, nous avons voulu apporter des réponses complémentaires aux dispositifs nationaux et régionaux. Nous avons ainsi pris en charge les loyers professionnels des commerçants, hébergements touristiques, artistes et entrepreneurs du spectacle pendant la période de fermeture administrative et avons alimenté les fonds de soutien de la CCI et de la Région.

Pensez-vous que le partage des pouvoirs en matière économique et sociale doit être revu en faveur du local et du régional ?

C.E. : L’épidémie a pu montrer à quel point l’Etat était nu. Les collectivités ont, elles, su démontrer leur capacité à agir et innover. La Ville de Nice notamment a anticipé la situation en fournissant aux acteurs de santé les équipements de protection dont ils manquaient et en mettant à disposition des masques aux populations. Je me réjouis de la volonté de décentralisation du Président que j’appelais de mes vœux. Je serai attentif à ce que l’Etat donne plus aux élus locaux la possibilité de porter des initiatives en termes de santé, d’économie et de sécurité.

A Nice, nous allons poursuivre nos actions de relance et soutien aux entreprises au second semestre avec le lancement d’un Pacte Economique pour l’Emploi doté de 3,5M d’euros pour venir en aide aux entrepreneurs.

Nice se développe à l’Ouest, grâce au projet phare de l’opération d’intérêt national Eco-Vallée, qui se veut éco-exemplaire au niveau européen. Vous y travaillez depuis plus de dix ans, 50 000 nouveaux emplois sont prévus, où en sommes-nous à présent ?

C.E. : Aujourd’hui, chacun reconnaît l’exemplarité de ce projet qui représente une vitrine des savoirs faire français en matière d’innovation et de développement urbain, tout en conciliant économie et écologie. Le pari fonctionne déjà puisqu’en dix ans, l’Eco-Vallée affiche une croissance de l’emploi 4 fois supérieure à la moyenne nationale (12,4% contre 3,1%) avec la création de plus de 6 500 emplois, soit 40% des emplois créés dans le département sur la même période.

Qui voulez-vous attirer en priorité sur le Grand Arenas, futur quartier d’affaires international ?

C.E. : Aujourd’hui, l’Eco-Vallée peut satisfaire les besoins des PME comme des grands groupes. Les entreprises ne s’y trompent pas : l’OIN concentre 10% des établissements du département. Adossé au Pôle d’Echanges Multimodal et au futur Parc des Expositions, le Grand Arénas se positionne comme le quartier central des affaires de la Métropole, propice à l’accueil et au développement de sièges d’établissements ou de regroupements de services supports, avec une ouverture à l’Europe ou à l’international.

Le dynamisme durable d’un territoire vient aussi de sa capacité à former les talents de demain dans les domaines du numérique et du digital. Dès la rentrée de janvier 2021, un des campus de l’Ecole 42, fondé par Xavier Niel, sera inauguré en plein cœur de la technopole urbaine Nice Méridia et permettra, grâce à une formation révolutionnaire, de répondre à un vrai besoin en compétences des entreprises locales mais aussi nationales.

En tant qu’ancien ministre, êtes-vous très attentif au renouveau de l’industrie est un sujet central. Comment comptez-vous attirer et aider les implantations ?

C.E. : Ministre de l’Industrie pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, j’ai lancé, structuré et défendu le patriotisme industriel. Le « Made In France » est un beau slogan mais ce doit être plus que cela. Les nouveaux acteurs travaillant sur des filières émergeantes doivent être portés par l’Etat à la conquête de marchés prometteurs pour pouvoir créer demain de l’emploi en France. A Carros, nous accompagnons le renouveau environnemental et numérique des industries installées. Mon ambition est de faire de la Carros un modèle écologique et industriel 4.0.

La création d’un pôle Santé et Recherche Biomédicale est-il toujours d’actualité ?

C.E. : L’Etat doit à mon sens relancer la recherche médicale et l’innovation, nécessaires pour construire l’excellence des soins du futur, les technologies de santé, et l’accompagnement de la dépendance. Il faut que les CHU sanctuarisent les 15% de leur budget consacré à la recherche, y intègrent l’INSERM et associent les collectivités qui prennent des initiatives.

A Nice depuis plusieurs années, nous avons fait le choix d’investir sur la silver économie, de structurer la filière car il y a un besoin local et un fort potentiel de croissance et de création d’emplois. Notre projet de Cité européenne d’innovation en santé suit son cours et comprendra des surfaces de recherche, des lieux d’innovation pour les étudiants, les entrepreneurs et tout l’écosystème de l’innovation en santé.

La marque Nice Côte d’Azur veut « réaffirmer le statut de la Côte d’Azur », quelles sont les actions concrètes ?

C.E. : Face à la concurrence internationale des territoires, la Métropole Nice Côte d’Azur est passée à l’offensive en lançant une grande stratégie d’attractivité fédératrice autour de la marque « Open New Horizons ». Nous avons présenté cette marque notamment au CES de Las Vegas en janvier, avons lancé notre réseau d’ambassadeurs et ouvrons notre agence d’attractivité avant la fin de l’année. Elle mènera des campagnes de promotion internationale pour inciter entrepreneurs, cadres et étudiants à venir à Nice et y implanter leurs activités.

Quelles sont les grandes lignes du plan mobilités de Nice et sa métropole ?

C.E. : Cela se traduit par la réalisation d’un véritable réseau tramway et le développement des modes de transports doux et décarbonés. Pionniers dans de nombreux domaines, nous sommes déjà au cœur de cette transition énergétique avec par exemple, le développement des mobilités électriques à l’échelle de notre territoire et la mise en service de deux nouvelles lignes de tramway dotées d’un système innovant de recharge statique par le sol (SRS) en station. La 4ème ligne est lancée !

L’une des grandes réalisations en matière de végétalisation du centre-ville fut la « coulée verte » du Paillon. Qu’en est-il du second poumon vert prévu près du nouveau stade de l’Allianz Riviera ?

C.E. : Le Grand Parc de la Plaine du Var (GPPV ) est un vaste poumon vert de 30 hectares qui permettra à terme de relier naturellement le stade Charles Ehrmann à l’Allianz Riviera. Cette extension à l’Ouest fait écho à la Promenade du Paillon en centre-ville. Réalisé en plusieurs phases, au fur et à mesure des acquisitions foncières, ce projet d’envergure constituera l’épine dorsale naturelle, ludique et paysagère de tout le secteur de la basse vallée du Var.

Ce futur aménagement aura plusieurs vocations : déambulations botaniques et sportives, parc naturel, véritable niche pour la biodiversité, intégration d’espaces agricoles en adéquation avec l’histoire du site sans oublier une place pour la mobilité douce. En janvier 2020, « La fabuleuse forêt », 1ère phase des travaux du GPPV initiatrice du projet à venir, a été livrée au public : pelouse récréative, allées adaptées aux PMR et bandes arborées d’essences méditerranéennes adaptées au territoire. Ces nouveaux espaces verts augmenteront considérablement la surface perméable du territoire permettant d’améliorer durablement le drainage des espaces publics et de lutter contre les ilots de chaleur.

Ils illustreront parfaitement la politique de préservation des espaces verts et agricoles menée par la Ville de Nice et la Métropole Nice Côte d’Azur afin d’améliorer toujours plus la qualité de vie et le bien-être des actifs ainsi que des étudiants localisés dans l’Eco-Vallée.

Le télétravail à la mairie et la métropole niçoise va-t-il être pratiqué de façon plus importante dans l’avenir ?

C.E. : Dès 2016, le télétravail a été proposé aux agents des 2 collectivités, le bilan est très positif. Il présente des avantages pour les employés (efficacité, autonomie, fatigue) et favorise la cause environnementale (désengorgement des transports, pollution en baisse). C’est un enjeu individuel et collectif qui sera développé.

Quel est votre rêve ou projet le plus cher pour les années à venir en matière économique ?

C.E. : Dès 2008 à l’ouest de Nice, j’ai engagé l’Opération d’Intérêt National Nice Éco-Vallée. Sur ce territoire depuis, nous inventons un modèle économique durable, mais surtout un modèle urbain qui rassemble des fonctions sociales et territoriales essentielles : se loger et travailler dignement ; s’approvisionner ; apprendre et se former ; s’épanouir. Il accompagne la mutation d’une économie de rente vers une industrie productive, liée à la transition énergétique et invente une déclinaison contemporaine de l’art de vivre niçois.

Avec 300 millions d’euros d’argent public et 2 milliards d’investissements privés, l’Éco-Vallée doit héberger 50 000 et 30 000 habitants supplémentaires. Nice Eco-Vallée a connu une forte progression en termes d’emplois avec plus de 40% de plus en seulement 10 ans. Aujourd’hui, elle concentre à elle seule 10% des établissements du département. Je souhaite mener ce projet à son terme et je rêve qu’il soit source d’inspiration pour de nombreux territoires.

Propos recueillis par Anne Florin

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