L’entreprise familiale Milleret, basée en Franche-Comté accélère et investit 30 millions d’euros pour rester numéro 3 du secteur. Un cas d’école ?

Connaissez-vous la Colombine ? Il s’agit d’une jolie rivière de Franche-Comté. C’est auprès d’elle qu’Henri Milleret installe sa fromagerie en 1921, dans la petite chapelle de Leffond. L’affaire est à l’époque vraiment modeste et tout à fait locale : pas d’eau, pas d’électricité, l’homme travaille à la main et va chercher l’eau à la source. Peu à peu, les fermiers autour du village de Charcenne prennent l’habitude d’apporter leur lait, 500 litres par jour, puis 1000, les fromages se multiplient à un rythme tranquille, deux fils grandissent, Jacques et Pierre, qui rejoignent l’entreprise à la fin de la seconde guerre mondiale.

100 % familiale

En 1951, une création va faire mouche. Un fromage va trouver son public, c’est un carré de l’Est, le Charcennay. Ensuite, c’est le succès avec l’Ortolan, suivi du Roucoulons, deux fromages qui vont donner une dimension nationale à l’entreprise. Autre décision stratégique qui façonne le Milleret d’aujourd’hui, la décision d’aller vers la marque de distribution, permettant ainsi à l’entreprise d’investir en matière industrielle de façon accélérée dans les années 70. Milleret est en cela emblématique de l’époque, de nombreuses autres entreprises agroalimentaires françaises s’engouffrent aussi dans cette opportunité qui leur permet de toucher avec leurs produits le territoire national dans sa totalité et de financer de nouvelles lignes de production.

Enfin, les Milleret ont dû et su faire preuve d’imagination pour créer une gamme originale dans le domaine de la pâte molle à partir d’un territoire surtout connu pour son Comté, son Morbier et son Mont d’Or. « Il a fallu créer nos propres produits » comme le confirme le dirigeant, Denis Milleret.

David face à deux Goliath

Si la fromagerie Milleret est le numéro 3 du marché, elle ne détient que 4% du marché national. Pourquoi ? Car la France est riche de deux mastodontes, leaders sur ce marché, Lactalis et Savencia. Les familles Besnier et Bongrain ont elles aussi des histoires familiales, mais sont devenues des affaires de dimension internationale avec une forte croissance externe. L’autre grande partie du marché est détenue par des marques de distribution.

Finalement, seuls 15% du marché français restent disponibles pour toutes les autres marques, dont la plupart sont régionales. Et Milleret se trouve ainsi sur le podium des fromagers français. Denis Milleret le souligne : « Nous sommes une entreprise atypique dans le monde du fromage, une des rares PME à être présente par ses produits sur l’ensemble du territoire ».

Innovation exigée

Milleret doit donc préserver sa part de marché en lançant un à deux fromages par an sur des rayons de grandes surface parfois saturés. Elle n’a jamais hésité à se lancer dans l’innovation, travaillant le sans lactose comme le biologique. A ceci s’est ajouté le rachat en 2014 de la marque Le Francomtois, sans oublier la modernisation de l’outil de production. A l’export, l’entreprise travaille notamment en collaboration avec Fromi, installé à Rungis et prévoit d’accélérer sur l’étranger. Elle vient d’ailleurs de créer un produit à l’attention des marchés anglo-saxons (États-Unis et Australie) afin de diversifier son chiffre d’affaires ; son innovation est une crème de fromage à la truffe.

La fromagerie Milleret est labellisée PME+, ce qui est rendu possible de par son approvisionnement très local, ses relations équitables avec les producteurs, la réduction des emballages, le bien-être au travail.

30 millions pour doubler de taille

L’entreprise a connu une belle année 2020 car la crise sanitaire a fortement accentué les ventes, en particulier via le circuit du drive ; les consommateurs ayant abandonné les fromages plus artisanaux et préféré opter pour des produits emballés, en fromages comme sur d’autres gammes de produits. Pour confirmer sa volonté d’aller de l’avant, la fromagerie vient d’annoncer un investissement de 30 millions d’euros qui confirme sa bonne santé. Cette somme est dédiée à la création d’un nouvel atelier dont la construction sera terminée l’an prochain.

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour le territoire, car la direction a choisi de construire sur le terrain juste à côté de l’usine actuelle, garantissant de nouveaux emplois locaux et s’inscrivant dans le futur. Pour les éleveurs partenaires qui confient leur lait à Milleret, cela signifie également un travail d’anticipation, afin de s’assurer que la collecte puisse suivre en volumes localement, Globalement, l’entreprise n’achète que dans un rayon de 25 kms autour de l’usine. 6 000 tonnes de fromage supplémentaires sont prévues en fabrication, soit quasiment le double de la production actuelle.

La quatrième génération est prête

Denis Milleret a 64 ans, il est aujourd’hui président du conseil d’administration, et a choisi Thierry Martin pour assurer la direction générale. La quatrième génération est prête à prendre la relève, ce qui représente toujours un challenge pour des entreprises agroalimentaires familiales que les enfants n’ont pas toujours envie de reprendre. Le milieu agricole connaît bien le problème. Ici, ce n’est pas le cas, les jeunes travaillent déjà dans l’entreprise, dans les bureaux comme à la production, dont le responsable est Mathieu, un neveu. Ils suivent l’exemple des générations précédentes, car dès l’âge de 20 ans, Denis Milleret faisait ses armes en production, dans le suivi des éleveurs, avant de succéder à son père à l’âge de 37 ans.

Non diplômé, il s’est formé sur le terrain et a suivi une formation à l’École des Managers de Franche-Comté. Un parcours d’entrepreneur bien arrimé dans son terroir avec des collaborateurs fidèles et attachés à leur entreprise. Un modèle de PME à multiplier sur tout le territoire.

A.F.

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