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Partir à la campagne, respirer le bon air et améliorer sa qualité de vie, voici le rêve de plus en plus fréquent des Français citadins. Certains y ont vu l’opportunité d’une création ou d’une reprise d’entreprise réussie au cœur de nos territoires ruraux.

Les Français ont découvert qu’ils pouvaient travailler sans se rendre au bureau, même en étant à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de travail habituel, une aubaine lorsque les principaux avantages de la ville disparaissent avec la fermeture des commerces et des cafés-restaurants. La création d’entreprise fait aussi partie des options, une perspective que certains avaient déjà envisagée sans pour autant sauter le pas. Les réseaux d’aide aux entreprises sont pourtant présents partout, entre autres les réseaux Entreprendre ou Initiative France qui constituent des aides précieuses pour les nouveaux-venus, y compris en territoire rural.

Les petites villes ont la cote

Les remontées des agences immobilières sont claires, les villes moyennes et petites sont de plus en plus sollicitées par des citadins échaudés par des confinements successifs. Pour la plupart, il s’agit de choisir des endroits reliés aux métropoles voisines par la voiture ou le train, même si certains décident d’un changement plus décisif. Les prix des maisons augmentent même s’ils restent bien éloignés de ceux des grandes villes françaises.

Le gouvernement avait déjà initié un mouvement de soutien avec l’Association des maires ruraux de France via un programme favorisant les commerces de proximité, en particulier pour la création ou le maintien de cafés-épiceries dans les villages d’un maximum de 3500 habitants, programme qui porte ses fruits.

La campagne pour entreprendre

Paris a perdu des dizaines de milliers d’habitants, plutôt issus des catégories supérieures. Les campagnes françaises ne sont plus aujourd’hui des zones de villégiatures pour citadins fatigués ou le lieu de vie des agriculteurs. Au contraire, bien des jeunes d’origine de zones rurales reviennent au pays après des études et une première expérience, d’autres arrivent avec un projet déjà relativement au point pour changer de vie et installer leur famille. Des écoles, des commerces, une bonne liaison internet, voici les basiques nécessaires.

L’exemple de Saint-Pierre-de-Frugie

Ce charmant petit village de Dordogne, plus précisément situé dans le Périgord vert, a bien failli disparaître de la carte. La population de quelques 400 habitants était bel et bien en train de se réduire comme peau de chagrin, avant que la mairie n’engage il y a quelques années une politique très volontariste à un moment où l’attraction de la campagne commençait à se faire sentir. Le village a prouvé qu’il était possible de retourner la situation. Ainsi, depuis 2016, la mairie a mené une politique globale visant à donner au village un environnement bio et sans pesticides. Peu à peu, il a vu fleurir une épicerie-bio, un bar-restaurant, une école Montessori et même… une école du cirque.

En bref, quelques dizaines de trentenaires et quarantenaires sont venus s’y installer, avec quelques 25 enfants. Car il faut finalement parvenir à séduire peu de monde pour arriver à impulser une nouvelle dynamique. Les exemples ne manquent pas de ces territoires et communes rurales qui connaissent une nouvelle impulsion.

Aromacomtois innove dans le Jura

L’initiative de Grégory Haye a été distinguée par le réseau d’Initiative France dans le cadre du concours « Innover à la campagne ». Le créateur a pris l’initiative de fonder son entreprise dans le Doubs pour produire des huiles essentielles de résineux issus de la cueillette sauvage dans les forêts du Jura. Une idée labellisée « Initiative Remarquable ».

Pour ce faire, Grégory Haye a conclu un partenariat avec l’Office National des Forêts pour obtenir l’autorisation de récolter ses aiguilles pour les distiller ensuite sur un alambic et une génératrice de vapeur alimentée en granulés de résineux. Que du naturel et du biologique pour une agro-écologie et des produits destinés aux secteurs de la cosmétique, de la parfumerie et de la confiserie. Depuis 2017, l’homme est entrepreneur indépendant après avoir travaillé pendant six ans en tant qu’ingénieur dans l’industrie optique, dirigeant un centre de R&D de micro-technologie à Besançon.

Une volonté, un réseau, de bons produits

Le voici à présent qui côtoie au quotidien des sapins blancs, douglas, mélèzes et autres épicéas. Sa reconversion professionnelle lui a permis de se rapprocher de ses racines familiales, dans un secteur qui l’intéressait déjà à titre personnel. Il a suivi une formation agricole sur les plantes à parfum et médicinales avant de se lancer dans le village d’Amancey. En travaillant quotidiennement au contact de la nature, il a découvert les vertus cachés dans ces aiguilles de résineux, leurs qualités pour décongestionner la sphère ORL et leurs propriétés antalgiques grâce à un anti-inflammatoire naturel.

Les produits sont vendus dans la boutique de vente directe et dans une centaine de points de vente en Franche-Comté (Biocoop et pharmacies) ainsi que dans des magasins ruraux de la région. Sa marque, Aromacomtois, bénéficie de la mention bio « Nature et Progrès ». Cette décision d’entreprendre était motivée par la volonté plus que sous-jacente de changer de vie, revenir vers la nature et des valeurs plus humaines. Il a aussi été épaulé dans ce tournant par deux amis proches qui l’ont aidé à lancer son activité, Olivier Tissot pharmacien-aromathérapeute et Pierre Gavignon qui a conçu l’alambic avec lequel il travaille.

Le Mouton Givré : des sacs naturels isothermes

Avec un nom pareil, on ne peut que réussir ! Mais quel est donc ce mouton du Lot, de Gambes exactement ? Le Mouton Givré, c’est ainsi qu’ont choisi de nommer leur entreprise les deux créatrices de sacs. Des sacs très particuliers, un cabas et un lunch bag isothermes, fabriqués à partir de la laine de brebis de la région, aux teintes naturelles. Une gamme sans pollution aucune, 100% biodégradable et qui permet de garder boissons et nourritures au frais ou au chaud entre 4 et 6 heures. Initiative Lot a soutenu cette belle idée qui a reçu le prix des Parcs naturels régionaux de France.

Le monde de l’élevage n’avait rien d’exotique pour Cinthia, mariée à un éleveur, elle connait bien ces brebis « caussenardes », une race ovine rustique. C’est en apprenant que quasiment toute la laine produite en France était vendue à prix bas à l’étranger que l’idée de revaloriser ce produit localement est venue.

Une rencontre décisive

Il y a trois ans, Cinthia Born rencontre Elodie Madebos, costumière et couturière adorant les matières naturelles. C’est en gagnant le premier prix de « la Startup est dans le pré » organisé à Laguiole en mai 2019 que l’activité prend vraiment son envol. Un financement participatif sur Ulule vient compléter le dispositif de lancement, le sac « Marguerite » part en fabrication ! Il sera suivi du « Berthe » un peu plus tard. Toutes deux se rendent sur les lieux de tonte pour choisir la laine qu’elles vont acheter, « au juste prix », elles insistent sur ce point. Elles ont décidé de travailler un autre matériau écologique, le chanvre.

Les affaires marchent bien, avec leurs deux salariées, elles travaillent déjà beaucoup et doivent accueillir en cette rentrée trois personnes supplémentaires dans un nouvel atelier, afin de pouvoir augmenter les volumes et développer de nouveaux produits. La création d’emplois en milieu rural fait également partie des objectifs des deux femmes, tout comme la réparabilité de leurs produits. Les jeunes entrepreneuses veulent aussi participer au mouvement de relance de la culture du chanvre en France.

Distillerie de Bel Air : autour de la lavande

Voyageons à présent dans le Gard pour rencontrer un autre entrepreneur rural, Pierre Boccon-Gibod. Il ne s’agit pas d’une création, mais d’une reprise d’entreprise en plein parc naturel des Cévennes. On y parle évidemment distillation. Au départ, Evelyne Crouzier s’était lancée dès 1992 dans la culture biologique de lavande fine. Pour survivre, la société se dote d’un outil de distillation au début des années 2000 et lance une gamme d’huiles de lavande. En 2017, Pierre Boccon-Gibod décide d’une reconversion drastique en reprenant l’entreprise.

Biologiste spécialiste de biochimie et de sciences environnementales, le Carcassonnais d’origine avait pourtant arpenté le monde en tant que salarié dans de belles sociétés. Il n’est pas seul dans ce lancement, entouré d’un directeur commercial, Hélio Carli et d’un directeur technique Hannibal André, les trois repreneurs décrochent le premier prix « Alès Audace » pour leur concept de reprise et leur proposition d’une vingtaine de plantes aromatiques, produites et vendues en circuit court.

Une offre qui se diversifie

Aujourd’hui, l’offre s’est largement diversifiée, avec aux côtés de l’huile essentielle de lavande, celle du genévrier cade, du laurier noble et d’autres plantes locales. Des produits évidemment biologiques pour des huiles essentielles vendues sur place à Saint Just-et-Vaquières. Grâce à cette reprise, le savoir-faire artisanal a été sauvegardé et développé, la capacité de distillation dépassant les 1200 hectares par an. Une reprise faite en douceur et dont le développement est loin d’être terminé.

L’Ariège est un département excentré et très rural, une raison de plus pour mettre en avant des initiatives permettant de dynamiser le tissu économique de ce territoire. Clément Gimbrède est l’heureux créateur de Locagourmand. Ce fils et petit-fils de fromager connaît la restauration et la production agricole comme sa poche. Au fil du temps, il a souhaité mettre en avant l’artisanat culinaire ariégeois en créant une gamme de plats cuisinés prêts à déguster, conçus à partir de produits agricoles locaux. Il a étudié dans une école de commerce avant de suivre les traces paternelles, après avoir décroché un diplôme de gastronomie et un diplôme en audit et contrôle de gestion. De quoi envisager la vie d’entrepreneur d’une façon plus sereine. Il rejoint donc son père Christian qui dirige le Moulin Gourmand à Engomer.

Circuit court garanti

C’est en 2018 que Clément crée sa propre gamme de plats cuisinés et produits gastronomiques. Une aubaine pour les agriculteurs locaux qui trouvent ainsi un débouché intéressant localement pour leur surplus estivaux et leur viande, sur le principe de l’économie circulaire. Les ventes s’effectuent principalement via les AMAP de la région toulousaine ou par la vente directe en ligne. Et l’entreprise fonctionne, Clément Gimbèdre sollicite en ce moment un agrément européen afin d’ouvrir un nouvel atelier et a déjà créé deux emplois. Un très beau départ.

Ferme des 3 Soleils en Lot-et-Garonne

André, Anthony et Dimitri Tesson sont-ils les 3 soleils de la ferme ? Tous les trois se sont lancés dans la production de fruits secs en conversion biologiques, un geste volontaire qui va à contre-courant du marché basé sur l’importation. André est le père, c’est lui qui a planté des noyers et noisetiers au départ sans penser que ses deux fils aînés viendraient le rejoindre et se passionner pour les fruits à coques, en particulier les amandes, pistaches et noix de pécan, pas vraiment si courantes sur les sols français. Ces arbres sont bien moins gourmands en eau que les noyers et noisetiers d’origine, une façon de préparer l’avenir.

Les jeunes gens veulent non seulement les récolter mais aussi les transformer, afin de proposer des produits en circuit court à partir de Labretonie et Gontaud-de-Nogaret. Une aventure toute récente avec des investissement en machines de séchage et cassage, sans oublier l’ouverture d’une toute nouvelle épicerie en fin d’année dernière. Rien n’est simple en cette phase de démarrage où il s’agit de trouver les financements. Une belle initiative à encourager pour qu’elle se concrétise rapidement.

A.F.

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