A Angers, l’ouverture le dimanche après-midi du Géant Casino de La Roseraie depuis le 25 août dernier continue de défrayer la chronique. Le modèle qu’il représente tend pourtant inévitablement à se généraliser dans toute la grande distribution partout en France.

La décision du Géant Casino de La Roseraie près d’Angers d’ouvrir ses portes le dimanche après-midi depuis le 25 août dernier n’en finit pas de faire parler de lui. Après avoir été le théâtre d’une incursion agitée de syndicalistes et de gilets jaunes, au cours de laquelle des insultes racistes auraient été proférées à l’égard des clients, l’hypermarché angevin a vu la société sous-traitante en charge de la sécurité et de l’animation de ses caisses automatiques assignée en justice par l’inspection du travail. Malgré ces différentes péripéties, l’expérience angevine semble bien partie pour durer et pour se généraliser à terme au reste du pays. Faut-il combattre un mouvement inéluctable, quand celui-ci est positif pour les salariés et les consommateurs ?

Paris contre Province : une législation à deux vitesses

Ce dernier épisode judiciaire n’est pas sans souligner la complexité de la situation légale relative au travail dominical en France. En effet, depuis la loi Macron de 2015 les grandes surfaces situées à Paris et dans les grandes stations balnéaires – dites « zones touristiques internationales » – ont la possibilité d’ouvrir le dimanche. Ce droit reste cependant une dérogation à la loi sur le travail du dimanche, excluant de facto les grandes surfaces de Province.

Malgré cette situation à deux vitesses entre Paris et le reste de la France, et bien que l’ouverture dominicale ait su rencontrer l’intérêt d’une large clientèle au-delà des seuls touristes, c’est le statu quo qui semble devoir prévaloir du fait notamment de l’opposition très vive des syndicats comme la CGT. Un fossé entre deux France, dont on voit mal cependant comment il pourrait rester tenable dans le temps, dans un contexte de crise sociale lié aux fractures territoriales. A moins d’acter le déclassement économique des villes moyennes et des métropoles régionales.

Un combat contre l’automatisation perdu d’avance

Opposée au travail le dimanche, le syndicat de Philippe Martinez l’est aussi à l’introduction de caisses automatiques dans les supermarchés. De quoi placer le syndicat face à une contradiction difficile à surmonter, entre l’interdiction du travail le dimanche et le refus que des machines prennent le relai des travailleurs humains. Jusqu’au point de plaider un improbable droit de repos pour les machines ? L’incapacité de penser la mécanisation et son impact sur l’organisation du travail doit, sans conteste, être comptée au rang des causes du dépérissement des syndicats français.

Dans une situation de digitalisation croissante du secteur de la grande distribution, et d’essoufflement du modèle de l’hypermarché fasse au e-commerce, aux GAFAM et en particulier Amazon et à d’autres modèles d’expérience client, la lutte engagée par le syndicat contre les caisses automatiques s’apparente par plusieurs aspects à un combat d’arrière-garde. Les GAFAM n’étant pas soumis aux restrictions d’ouverture qui entravent les retailers physiques, sans doute sont-ils les mieux placés pour en tirer avantage. Au détriment des salariés ? C’est du moins ce que donnent à penser les nombreux témoignages sur la dureté des conditions de travail dans les entrepôts d’Amazon sans compter ceux des livreurs précarisés des plateformes numériques.

Au-delà des questions d’une généralisation souhaitable du modèle parisien à la Province et du caractère inéluctable de l’automatisation, le Casino d’Angers révèle aussi notre incapacité à penser de manière positive la notion de choix des consommateurs et des salariés à pouvoir, oui ou non, choisir de travailler ou de consommer quand bon leur semble. Si cet épisode entraîne une évolution des mentalités à cet égard, cette dernière en serait, de loin, la conséquence la plus positive.

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