Bernard Cohen-Hadad (CPME) : « L’économie et l’emploi repartiront à travers les TPE-PME »

Le président de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) Paris Île-de France s’inquiète d’un éventuel reconfinement et plaide pour une baisse des charges et des impôts de production afin de relancer l’économie.

Dans quelle situation se trouvent les TPE-PME franciliennes ?

Nos entreprises restent extrêmement touchées par le confinement. D’autant qu’elles avaient été troublées par les 18-20 mois de manifestations des Gilets jaunes et par les trois mois de grève des transports. On consomme moins aujourd’hui qu’il y a quelques semaines, l’euphorie de cet été est derrière nous. La baisse d’activité est globale. Le transport aérien est fortement ralenti, les sous-traitants sont touchés. Il en va de même avec l’automobile, les grands travaux…

Actuellement, les TPE-PME balancent entre une double préoccupation. Il y a d’un côté beaucoup de résilience, une envie de relancer l’activité économique et de sortir des contraintes que nous impose le virus. Et de l’autre, une épée de Damoclès qui pèse sur l’ensemble de nos projets. On ignore s’il y aura demain un nouveau confinement, local ou généralisé, et si l’économie ne va pas encore être suspendue.

La menace du confinement est là. On a besoin d’un discours plus optimiste. Alors que l’État et la région ont joué leur rôle en matière de soutien aux entreprises, il y a aujourd’hui un certain nombre de déclarations publiques très anxiogènes, voire pessimistes. Cela nous blesse beaucoup. Nous avons besoin d’espoir, de confiance, de stabilité. Or, cette confiance marque le pas dans un contexte économique qui n’a pas retrouvé son état initial : on est à 60-70 % du volume d’activité de l’année dernière, qui était déjà 30 % inférieur à celui de l’année 2018…

Au cours de cette crise sans précédent, les besoins des TPE-PME ont-ils été pris en compte ?

Paradoxalement, oui. Depuis 2017, il y a une prise en considération nouvelle de l’univers TPE-PME, même si on reste encore dans des schémas anciens, où les TPE-PME, les artisans et les indépendants sont toujours la dernière roue du carrosse. Mais cela a beaucoup évolué durant la crise, notamment grâce à une double prise en considération : l’économie et l’emploi repartiront grâce aux TPE-PME qui sont des structures souples ; les dirigeants ont compris que la reprise économique ne se fera pas sans un vrai dialogue avec les territoires. La crise a appris une chose aux politiques : on doit penser aux territoires. Tout ne doit pas être pensé au niveau national.

Quels sont les secteurs plus sinistrés ?

L’hôtellerie/restauration, les services à la personne, la communication, l’événementiel, les services aux entreprises… D’autres secteurs s’en sortent un peu mieux, tout en étant encore pénalisés : le bâtiment, le commerce de proximité… Je vais être très clair sur un point : il n’y a pas eu de gagnant de la crise, pas même la vente en ligne, tout le monde a été perdant. Si on veut s’en sortir, il ne sert à rien de stigmatiser tel ou tel secteur. On doit essayer de réunir l’ensemble de l’écosystème francilien et de faire jouer les solidarités, de stimuler le financement inter-entreprises, le télétravail, la réduction des délais de paiement…

Alain Griset, ministre délégué en charge des Petites et Moyennes Entreprises, a déclaré qu’il n’y avait « pas beaucoup plus de défaillances (…) que d’habitude ». Partagez-vous ce point de vue ?

Il y a eu une contraction de la chute de l’économie, selon la Banque de France et de l’INSEE. Le moral des entrepreneurs en juillet et août fut meilleur que celui attendu. Mais il est tôt pour annoncer des chiffres. On les connaîtra en janvier. On saura alors si l’année a été bonne ou mauvaise en matière de cessation d’activité. Entre 2009 et 2011, au moment de la crise financière, on tournait en moyenne autour de 160 000 cessations d’activité et fermetures d’entreprises par an. Depuis 3-4 ans, nous évoluons entre 50 000 à 52 000 cessations d’activité par an. On se rendra compte en janvier si ce chiffre passe à 60 000, 80 000 ou 150 000… Nos entreprises ont encore une forte capacité d’auto- financement. Avec les prêts garantis par l’Etat, le fonds de solidarité ou le recours au chômage partiel, elles sont encore sous perfusion.

« Personne n’a fait des fortunes sur la Covid-19 »

Faut-il envisager de nouvelles baisses de charges ou d’impôts pour soutenir la reprise ?

Le débat sur la contrepartie a été très mal vécu par les entrepreneurs. Pour l’Etat, la contrepartie des aides, c’est la sauvegarde de l’emploi. Pour les entrepreneurs, c’est la poursuite de l’activité. Il n’y a pas eu de profiteurs de la crise. C’est important de le répéter. Personne n’a fait des fortunes sur la Covid-19. Tout le monde a été touché. La baisse des impôts de production est fondamentale pour les entreprises industrielles. Cela va dans le bon sens. La baisse de l’impôt sur les sociétés est également importante. Rappelons que nous sommes le pays d’Europe qui a la plus forte fiscalité sur les entreprises…

Nous militons aussi pour une baisse des charges sociales et fiscales pour permettre aux entreprises d’embaucher des seniors, des jeunes, des personnes en situation de handicap, afin de sauvegarder l’emploi et maintenir les compétences, surtout dans des territoires fortement impactés par la crise, comme l’Ile-de-France.

Selon vous, les mesures du gouvernement vont dans le bon sens, mais il faut aller plus loin ?

Il faut améliorer la simplification administrative, éviter l’inflation normative du principe de précaution en matière de protocoles, de tests PCR… Il y a un besoin de cohérence. Elle se trouve dans les mesures annoncées, mais elle doit aussi l’être dans l’application de ces mesures sur le territoire pour ne pas que les indépendants et les commerçants soient les laissés-pour-compte de cette crise.

La méthode consistant à lancer des plans de relance en grande pompe est-elle efficiente ?

Les plans de relance ont le mérite d’informer l’ensemble des citoyens d’une politique publique. Mais il faut apprécier une politique publique à travers son efficacité sur le territoire, à travers le rôle de l’État dans la région et celui des communes auprès des entreprises. A ce titre, la région Ile-de-France a été extrêmement présente pour accompagner et écouter nos entreprises.

Réagissant au cas Bridgestone sur Twitter, vous avez affirmé que le Covid-19 ne devait pas devenir « un effet d’aubaine pour les canards boiteux ». Craignez-vous une généralisation du phénomène ?

On ne doit pas privilégier les effets d’annonce à la réalité du terrain. Jusqu’à présent, on s’est aperçu que la dimension médiatique effaçait la dimension territoriale ou sociétale. Beaucoup de petites entreprises n’ont pas les clés pour pouvoir bénéficier des aides. Ce sont pourtant celles qui ont le plus besoin d’attention et de soutien pour ne pas être les victimes des effets collatéraux de la mondialisation de l’économie.

En cas de reconfinement local ou national, quelles seraient les conséquences pour les TPE-PME ?

Nous allons vivre avec la Covid-19 pendant un certain temps. Le virus sera encore là en 2021, et peut-être en 2022. Notre préoccupation est la suivante : nos entreprises ont besoin de visibilité et d’un espace plus sécurisé. Le port du masque généralisé et les mesures sanitaires valent mieux que la mort de l’entreprise. Une réflexion responsable sur le télétravail vaut mieux que des salariés sans emploi. Un reconfinement local, voire par quartier ou ville, peut entrainer un décrochage durable d’un certain nombre d’acteurs, salariés ou petites entreprises. L’économie a besoin de repartir pour gagner en puissance et surtout pas d’une nouvelle suspension.

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