En devenant propriétaire à 55 % du Château d’Esclans dans le Var, le groupe LVMH s’offre pour Moët-Hennessy un vin rosé haut de gamme sur un marché en pleine expansion, notamment aux Etats-Unis.

Et de deux ! Après le Château du Galoupet, voici le Château d’Esclans, qui rejoint le magnifique portefeuille de marques des Vins & Spiritueux de Moët-Hennessy. Un large territoire de 267 hectares, dont quelques 70 sont consacrés au vin.

L’appétit vient en rachetant

LVMH n’a pas réfléchi longtemps : le Château appartenait à Sacha Lichine et Hervé Vinciguerra à 50/50. Bernard Arnault a repris les parts du second, ainsi que 5% des parts du premier, ce qui lui garantit la majorité. Pas de révolution cependant pour la direction future du Château qui reste dans les mains de Sacha Lichine. Difficile de résister pour ce géant du luxe à une propriété qui avait osé lancé le rosé le plus cher au monde : le Garrus, 80 euros la bouteille à l’époque pour un rosé vinifié en barrique à partir d’une vigne presque centenaire.

Un atout de taille

Il faut dire que le domaine dispose d’un atout important pour LVMH : son premier marché est les Etats-Unis, un pays qui achète plus de 220 millions de bouteilles de rosé annuellement, devant le RoyaumeUni. La France reste sur le podium à la troisième place des ventes. Une révolution depuis le début des années 2000 où le rosé n’était consommé qu’en France, ou presque. Avec l’arrivée de LVMH, il est probable que le vignoble va s’agrandir, car le volume est une clé pour poursuivre le développement de la consommation, et l’option biologique pourrait se concrétiser.

L’un des rosés les plus prisés au monde

Sacha Lichine avait acheté le domaine en 2006 et décidé d’orienter son vin vers le segment du haut de gamme. La propriété en tant que telle, et notamment le Château, se prête à ce mouvement. Avec une bâtisse datant de presque dix siècles, il est possible d’attirer une clientèle aisée pour des dégustations stylées et uniques à La Motte, à quelques encablures de Saint-Tropez.

Sacha Lichine a su accomplir un tour de force, dans une Provence qui n’est pas celle de ses origines. Sa famille est en effet investie dans le vin depuis des années, dans le Bordelais. Il a vendu le Château Prieuré-Lichine à Margaux en 1999. Le mouvement vers la Provence s’est fait à dessein, avec l’arrière-pensée que les Côtes-de-Provence pouvaient être au rosé « ce que le champagne est aux vins pétillants ». Avec le Garrus, il a non seulement créé un vin différent, très haut de gamme, qui a fait le buzz dans un premier temps, mais est aussi devenu un succès commercial avec 18 000 bouteilles et une offre inférieure à la demande.

L’alliance Arnault-Lichine

La véritable ambition de Sacha Lichine est de faire du Château une marque mondiale. Il s’y est déjà attelé et nul doute que le rachat par LVMH devrait donner des ailes à ce projet. Son secret pour un succès international est on ne peut plus pragmatique : « aller sur place, serrer des mains, créer des liens et vendre son vin ».

Si le vin rosé a réussi sa percée, c’est aussi que les nouvelles techniques oenologiques permettent effectivement de produire de grands vins à la robe claire, ce qui n’a pas toujours été le cas. L’oxydation a disparu, les fermentations sont contrôlées de près et la conquête des marchés va se poursuivre. En s’adossant au groupe LVMH, l’avenir s’annonce porteur de belles promesses pour le Château d’Esclans, nouvelle pépite du rosé de France.

Des concurrents ?

Le Miraval de Jolie-Pitt, le Minuty et Ott. Et la législation, souvent considérée comme trop stricte, car si les volumes français ne sont pas au rendez-vous, le Nouveau Monde est là prêt à saisir les opportunités.

A.F.

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