Impossible de séparer l’aventure de la création de Feed de la personnalité  de son fondateur. À 34 ans ce bordelais issu d’un milieu défavorisé atteste qu’il n’y a jamais de  fatalité.

Des valeurs construites à la dure

Un père violent, une mère dépressive, une enfance difficile… Anthony Bourbon se retrouve dans la rue, sans toit et sans ressources à seize ans. Peu importe, il faut et il veut absolument s’en sortir et accepte tous les petits jobs qu’il peut saisir tout en poursuivant son parcours scolaire et des études de droit, décrochant un mastère en droit privé option finance d’entreprise.

Il n’a pas d’a priori sur ce qu’il va faire, pas de secteur en vue en particulier, le principal est de réussir à s’en sortir même si tout est difficile et que les mauvais choix sont à portée de main. Ce qui le fait tenir ? Sa jeunesse bien entendu et une conviction chevillée au corps, peu importe d’où l’on vient, la réussite est possible. Pas de défaitisme, ni d’auto-commisération. Il va falloir pourtant attendre, les petits échecs s’accumulent, l’expérience se construit. Dans ces conditions, impossible de se nourrir de façon régulière, Anthony Bourbon commence donc à préparer chez lui des recettes en shaker permettant de satisfaire ses besoins nutritionnels sans perdre de temps.

Feed, évidemment !

Finalement, après s’être essayé à l’immobilier, à la vente de voitures ou de montres, il se dit que la solution était déjà dans sa vie, la nutrition. En 2017, à 29 ans, Anthony Bourbon crée l’entreprise Feed, et ses solutions de nutrition pour tout moment de la journée. Il parvient à convaincre des investisseurs et procède à une première levée de fonds de 500 000 euros, suivie de plusieurs autres, allant jusqu’à 40 millions au total.

 Les ventes de Feed prennent une courbe ascendante, avec plus d’un million de « repas » par mois dans quelques 4 000 points de vente en Europe. Anthony Bourbon veut des produits pratiques. Ils se présentent sous forme de barres et de shakers qui répondent à différents besoins, par exemple minceur ou hyperprotéique, idem pour les snacks qui peuvent se consommer à toute heure de la journée. Une équipe de 50 experts de la nutrition élaborent et vendent ces produits qui se veulent sains et consommables n’importe où.

En bref, ce qu’aurait bien aimé trouver Anthony Bourbon et qui correspond à une attente plus générale. La preuve en est que lors du lancement, plus de 10 000 précommandes avaient été enregistrées.

Merci Covid !

Pourtant la redécouverte du fait maison pendant la pandémie vient jeter qu el qu es doutes sur l’offre. Les temps sont durs et Feed perd la moitié de son chiffre d’affaires. Le dirigeant décide donc de revoir l’offre, la recentrant sur des cibles plus précises, sportives et bien-être, et quelques snacks plus gourmands. Il diminue également les charges fixes, en passant de 100 à 50 personnes. Il le dit, la crise fut en réalité une opportunité, voire une chance pour Feed.

Elle fut l’occasion de revoir le mode de fonctionnement interne, et en se prenant le temps de la réflexion, Anthony Bourbon s’aperçoit ainsi que Feed est surstructuré, avec des postes à responsabilités mal établies. Avec le recul, il pense même que la startup n’avait sans doute pas besoin d’autant de levées de fonds aussi rapidement. Un nouveau Feed plus sain naît de la crise, qui atteint l’équilibre financier pour la première fois depuis sa création grâce à cet espace de temps où tout s’est arrêté.

« Qui veut être mon associé ? »

La société est aujourd’hui valorisée 200 millions d’euros et l’entrepreneur se concentre sur la notoriété de la marque, sans campagne de publicité onéreuse.

Juré dans « Qui veut être mon associé ? » sur M6, Anthony est également capital risqueur. Il a déjà investi dans une bonne quarantaine de jeunes pousses. Grâce à son expérience, il intervient généralement en phase d’amorçage lors de la première ou de la seconde levée de fonds et accompagne également la start-up en lui ouvrant son carnet d’adresses. Il a notamment investi chez Respire (déodorant naturel bio), Caption (achat revente d’actions), Louis (mobilier en bois durable français), My Joly Candle (bougies françaises), ou Veeto (alimentation premium pour chiens). L’esprit de conquête est décidément contagieux.

Claudio Flouvat

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