Par Tom Benoit, philosophe et essayiste

Tribune. Le conflit ukrainien et l’irruption des crypto-monnaies créent une nouvelle donne.

Cessons de jouer les modestes, il n’y a plus de quoi s’enorgueillir de quelque faste. Nous vivions jusqu’ici au-dessus de nos moyens – jouissant d’un monopole financier qui permettait de profiter de l’énergie que d’autres Etats nous fournissaient, en rachetant nos obligations avec une monnaie que nous leur avions préalablement livrée en échange de ce qui avait été produit chez eux.

La nature de l’argent se métamorphose

À partir d’une lointaine époque de l’histoire lors de laquelle notre civilisation occidentale est parvenue à dominer le système financier en ôtant à la monnaie son caractère matériel, l’évidente relation existant entre argent et énergie a été peu à peu délaissée par politiques, économistes et analystes de leur temps – ceux-ci ayant généralement nourri leurs expertises devenues aveugles, de l’observation d’un marché obligataire qui, jusqu’ici, faisait de nous les vainqueurs.

Aujourd’hui, les cryptomonnaies semblent être en lice pour mesurer l’énergie d’un métaverse, dont ni la vocation ni la place exacte dans le système financier, ne sont encore clairement définissables ou établies.

Néanmoins, la révolution numérique est là, face à nous, avec en parallèle, le conflit russe. Le trouble est semé, quant aux dés, eux, ils ne sont pas jetés, détenus d’une part aux creux des mains timides de ceux qui veulent voir éclore un monde métaverse, c’est-à-dire un paradigme outre-numérique s’affranchissant de la barrière nécessaire de l’écran, et d’autre part entre les bras des peuples dont les dirigeants ne jurent encore que par la productivité.

Si demain, nous produisons moins, les chiffres servant à quantifier les milliards des plus grandes fortunes comme l’épargne de citoyens plus modestes, ne suffiront plus à justifier la fongibilité des réserves d’énergie bancaires dont, l’indisponibilité s’accroissant au fil du temps, conduira vers leur disparition.

Soutenons le peuple ukrainien, et face à la Russie, résistons avec dignité, mais pas en déployant une force que nous n’avons pas. Bloquer les réserves de changes en euro et en dollar pour la Russie a étouffé une poule aux œufs d’argent qui rachetait naïvement les crédits du propriétaire à qui elle fournissait ce qu’elle pondait. En effet, contrairement à la Grèce qui, lors d’un autre temps n’a eu d’autres choix que de suivre au doigt et à l’œil les préceptes européens visant à juguler la récession du pays, nos opposants Russes nous ont bien fait comprendre qu’ils se passeraient de Swift, et que puisqu’il en est ainsi, ils vendraient dorénavant leur énergie contre de l’Or ou du Rouble – ce qui, naturellement, fragilisant les Banques centrales en les dépossédant d’une partie d’un de leurs actifs les plus sûrs, altère également l’équilibre global d’un système financier déjà à bout de souffle.

Au cours de la suite de ce conflit avec la Russie, nous nous trouverons face à une double problématique ; il faudra non seulement trouver une alternative pour éviter l’accroissement partiel de notre dette dont une part ne sera plus jugulée par la vente de nos obligations que les Russes se procuraient en euro, mais il conviendra également de faire face à un Rouble dont le cours sera davantage crédible que celui de l’euro.
Car, si nous avons de la monnaie, les Russes eux, détiennent de l’énergie – et comme le beurre qui ne redevient jamais lait, la monnaie une fois transformée ne produit plus d’énergie, alors que l’énergie elle, peut générer de l’argent. Il faut noter ici que le cours du Rouble évolue historiquement, parallèlement à celui du pétrole.

Prenons garde à ce que la division monétaire ne nous place du mauvais côté

Le système monétaire sera divisé, et les cryptomonnaies ne nous avantageront pas, car elles sont en réalité des actifs, de surcroît sans aucun utilitarisme sous-jacent qui viendrait en asseoir la valeur. Dans le tumulte des conflits et du progrès, la richesse sera détenue par ceux qui continueront à produire et qui ne se satisferont pas seulement de spéculer. Si nous ne voulons pas voir nos monnaies s’effondrer, il est urgent de générer du profit, c’est-à-dire, de relancer l’économie en produisant du contenu intellectuel et matériel de qualité.

Tom Benoit, philosophe et essayiste

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