Extraits du livre d’Axel Rückert, Faire réussir la France que j’aime, propositions du plus Français des Allemands, disponible sur www.fairereussirlafrancequejaime.com et sur Amazon

Avec 29 millions d’hectares en exploitation, en baisse de 6 millions depuis 1950, et une part de marché de 17%, la France reste le premier pays agricole de l’Europe. Mais les 389 000 exploitations qui composent le secteur, et qui étaient plus d’un million en 1988, sont loin d’être dans une situation florissante – et ceci malgré le fait d’avoir été les premiers bénéficiaires de la Politique Agricole Commune (PAC) de Bruxelles.

 Deux raisons principales à cela : la très grande diversité des produits proposés tant végétaux qu’animaux par rapport à une stratégie de forte spécialisation de nos principaux concurrents, l’Allemagne et la Hollande (13% de part de marché, en progression, pour chacun). Et un principal débouché, les enseignes des grandes surfaces, offrant une rémunération plus basse aux producteurs et éleveurs – même si ces prix bas bénéficient en grande partie au consommateur français.

 Les initiatives politiques tentant à réguler les prix de cession, voire garantir des prix minima entre les producteurs et la grande distribution, ont certes conduit à une hausse moyenne des cours – 14,5% entre octobre 2020 et 2021, soit la plus forte hausse depuis 2012 – mais encore insuffisante, surtout dans certains créneaux ( viande de porc, fruits et légumes, etc.) pour  garantir un revenu décent et pour rendre la filière plus attrayante – actuellement en plus touchée par de nombreux aléas climatiques. Et enfin pour permettre d’attirer de nouveaux agriculteurs…indispensables pour compenser le départ des nombreux exploitants qui atteindront l’âge de la retraite dans les prochaines années.

 Alors que faire pour donner une image plus séduisante à l’agriculture française et passer du travail pénible et du nombre de suicides à « l’amour est dans le pré » et surtout, comment assurer des conditions économiques et de rémunération plus satisfaisantes ?

 En commençant par faciliter financièrement l’accès aux terres agricoles. Avec 6000€ /hectare, le prix d’achat moyen est certes très inférieur aux pays voisins (Allemagne 20 000€/hectare, Pays Bas 60 000€/hectare), mais il varie entre presque rien dans certains départements et
66 000€/hectare dans le Var. Compte tenu de la taille de l’exploitation recherchée, plutôt à la frange supérieure pour bénéficier des économies d ‘échelle, l’acquisition représente toujours une barrière d’accès importante – d’autant plus qu’il faudra y rajouter le bâti et les équipements. D’où la préférence de nombreux agriculteurs de louer leurs terres, voire d’obtenir des fermages gratuits auprès de particuliers. Et si l’Etat supprimait l’impôt foncier pour les surfaces correspondantes quel qu’en soit le propriétaire ?

 Ensuite en poursuivant, au sein de chaque catégorie, la spécialisation, l’orientation vers des produits « haut de gamme » et la vente en direct. Comme vous l’expliquera le conseiller spécial de la SAFER ou même du Crédit Agricole, banquier pour 80% du secteur, chaque culture (blé, maïs, oléagineux, fruits et légumes, vins ou élevage) impose, comme dans l’industrie, une taille d’exploitation minimale en dessous de laquelle l’atteinte d’un seuil de rentabilité est difficile, voire impossible, et connaît une taille optimale.

 Et la spécialisation (en dehors des alternances imposées par la régénération des sols ou des aléas climatiques) permet de meilleurs rendements, un meilleur amortissement des équipements et une montée en gamme.

 La migration, au moins partielle, vers la filière bio, représentant actuellement à peine 10% des surfaces cultivées, et vers des produits dont la traçabilité est assurée à 100%, est une autre voie à emprunter. Comme le sont, avec des marges meilleures, la vente en direct au consommateur via un marché producteur, la vente par correspondance, le « click and collect » ou la livraison à domicile de paniers saisonniers – toutes ces tendances ayant été fortement boostées par les contraintes du COVID mais attendant désormais une consolidation.

 Enfin, pour une reconquête ou, au moins, la défense réussie des parts de marché à l’exportation : La spécialisation dans les produits haut de gamme, « labellisés » AOP ou similaire et des circuits valorisants. Sans aucun doute, la renommée et l’image de la cuisine française y sont un atout important.

 Par contre, vouloir interdire aux Français l’élaboration ou la consommation de certains produits faisant pourtant partie de notre patrimoine national – vins, alcools, foie gras, etc.- , tout en préconisant d’en faire un produit phare à l’exportation, est schizophrène et pénalisant. Mieux vaut « consommer moins mais mieux » et encourager positivement les bonnes pratiques en matière de production et de consommation – quitte à en faire une condition pour l’obtention d’un label de qualité ou d’origine contrôlée.

 Enfin, que faire pour trouver les agriculteurs de demain ? Proposer des séjours à la campagne aux cadres employés en burn-out ou aux couples en recherche d’un nouveau souffle ? Accorder une prime d’installation, versée, pour partie, au début et, pour le solde, au bout d’un minimum d’années d’exploitation ? Rapprocher les agriculteurs des restaurateurs ? Et « en même temps », rendre la vie à la campagne et dans les petits villages plus attrayante…

 Car parmi les problèmes d’aménagement du territoire français figure la désertification des petits villages et des campagnes – même si, après le COVID, on note un certain regain d’attractivité. Alors que selon l’INSEE, à la fin de la guerre, 50% des Français vivaient à la campagne, cette frange est désormais tombée à 25% avec, en contrepartie, l’explosion des zones urbaines et péri-urbaines, surtout dans les très grandes villes. Parallèlement, bourgs, villages et petites villes ont vu disparaître leurs forces vives : gares, hôpitaux, maternelles, écoles, banques, bureaux de poste, stations d’essence, commerces de proximité et également médecins, avocats et notaires.

 Une des principales préoccupations des maires consiste désormais à essayer d’empêcher le départ ou la fermeture de la dernière agence bancaire et de son distributeur de billets, de la dernière supérette, du boucher, du boulanger ou pire, de l’employeur industriel supra-local qui fait vivre, directement et indirectement, l’activité locale.

 Parmi les 550 000 fermetures de bistros entre 1960 et 2018, la grande majorité concerne les campagnes et a fait perdre la convivialité traditionnelle de ce premier réseau national social de proximité – à tel point qu’on a un peu l’impression que les carrefours des gilets jaunes ont remplacé momentanément ces lieux de rencontre. Parallèlement, les lieux de travail et les endroits où faire ses courses se sont éloignés, obligeant les habitants de la campagne à multiplier les kilomètres en voiture. Cette tendance est-elle réversible et, si oui, comment ?

 De nombreuses tentatives commencent à voir le jour : l’Etat a fait de la couverture à 100% par le haut débit une priorité nationale ; le covoiturage, rendu très populaire lors des grèves contre le projet des retraites et l’explosion du prix des carburants, initialement inventé pour les distances plus longues, gagne les trajets plus courts domicile/travail (en Allemagne, de très nombreux parkings sont aménagés aux sorties de l’autoroute pour faciliter les regroupements de passagers). Les vélos, y compris électriques et les trottinettes, encore susceptibles de faire l’objet d’une certaine réglementation, sont en plein essor et ont réalisé une percée importante. Un « tag » accompagne désormais les publicités pour voitures : « pour les trajets courts, privilégiez la marche à pied ou la bicyclette ».

 Des maires volontaristes offrent un accueil quasi-gratuit à des médecins au sein de maisons de santé et finiront, comme dans d’autres pays, à proposer des emplois aux médecins généralistes. Une année dans un désert médical pourrait devenir un passage obligé pour de jeunes médecins. Plusieurs villes moyennes se sont dotées de « street-managers », qui luttent contre les disparitions de magasins en centre-ville. Des panneaux « terrains à bâtir viabilisés gratuits » surgissent. Et le rachat de bâtiments industriels avec des fonds publics et leur mise à disposition pour un loyer préférentiel à des entreprises de petite taille sont devenus la règle. Comme l’implantation d’espaces multi-services de proximité d’un nouveau genre : agence postale, dépôt de livraisons, distributeur de produits de la ferme, café, brocante, etc.

 Tout ceci restera probablement insuffisant et ne permettra pas d’éviter une autre mesure : le regroupement sévère des 35 000 villages existants en France au sein d’intercommunalités et le partage de leurs infrastructures. Avec, en contrepartie, un statut de commune prioritaire au « repeuplement » et la mise en place de mesures aidées par l’Etat favorisant le retour à la campagne : comme la mise à disposition de services de transport pas chers et non rentables donc subventionnés ; un régime fiscal avantageux pour les bistros multi-produits et multi- services, les marchés producteurs et d’autres commerces et prestataires de services ambulants ; l’incitation fiscale à la création de davantage de chambres d’hôtes, de campings et de séjours à la ferme. Bref, un vrai programme d’ensemble pour un Secrétaire d’Etat à la revitalisation des villages, petites villes et des campagnes.

Axel Rückert

Extraits du livre Faire réussir la France que j’aime, propositions du plus Français des Allemands, disponible sur www.fairereussirlafrancequejaime.com ou sur Amazon

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