Le Vouvray, vin blanc tourangeau, est emblématique d’un territoire riche d’histoire à la recherche de son avenir. Les viticulteurs entrepreneurs du Vouvray se consacrent avec passion à produire et relancer ce vin effervescent, mousseux ou pétillant, sous deux AOC.

Ce vin blanc tourangeau recouvre plusieurs vins, car il est décliné en sec, demi-sec, mœlleux et fines bulles. C’est ce dernier qui est le plus connu, le plus produit et le plus vendu, les vins tranquilles de Vouvray ayant des difficultés à se frayer une voie au sein d’une région riche en vins blancs renommés.

Un terroir riche d’histoire

La Touraine est terre de quiétude et de châteaux. Le Vouvray est terre tourangelle, entre Tours et Amboise, il propose et travaille son cépage chenin depuis des années, semble-t-il en partie grâce à Saint Martin. Martin de Tours a en effet implanté l’abbaye de Marmoutier probablement vers 370, une structure qui a participé au fil des siècles à la plantation et l’extension du vignoble de Vouvray. La présence des rois de France dans les châteaux de Touraine a également favorisé l’essor de ce vignoble qui bénéficiait également de l’axe de la Loire en tant que voie de circulation. L’appellation s’étend sur quasiment 3000 hectares, dont 2200 ha plantés de vignes. Elle inclut 8 communes : Vouvray, Rochecorbon, Tours Sainte Radegonde, Parçay-Mesly, Vernou sur Brenne, Chançay, Noizay. Toutes sont situées sur la rive droite de la Loire, à l’Est de Tours, en bordure de la Brenne, l’un des affluents de la Loire.

La carte des bulles

Depuis des dizaines d’années, les viticulteurs du Vouvray se sont consacrés à produire du vin effervescent, sous deux AOC, l’AOC Vouvray mousseux et l’AOC Vouvray pétillant. Au départ pourtant, le Vouvray était essentiellement un vin tranquille, jusqu’aux années 30, où le champenois Maurice Hamm introduit la méthode champenoise sur la région. Le succès est immense et l’appellation suit dans la foulée en 1936. Les viticulteurs se lancent dans la brèche, s’orientant face à la demande vers une viticulture plus intensive, aux rendements élevés, dépassant les 70hl/hectare, jouant parfois la carte de l’assemblage de millésimes. La commercialisation s’est faite notamment en grande distribution permettant des ventes régulières douze mois sur douze.

L’export cartonne aussi

Les vins de Touraine remportent traditionnellement un beau succès à l’étranger, grâce au Muscadet, aux crémants de Loire, aux Touraine blancs et aux Vouvray. C’est aux Etats-Unis que les progressions de ces vins ont été les plus importantes ; les autres meilleurs clients étant le Royaume-Uni et l’Allemagne. En raison du dernier été sans touristes étrangers et avec des ventes fortement orientées à la baisse à l’étranger, il est clair que les vignerons espèrent aujourd’hui que les Français achèteront sans modération.

Une perte d’image à regagner

Le vignoble a longtemps vécu sur ses acquis, la demande étant constante, en particulier sur les vins effervescents, ce qui a ralenti une remise en question de la façon de travailler ainsi que du positionnement. Et ce qui devait arriver arriva, le Vouvray a perdu de sa superbe face à des concurrents qui ont su mettre en pratique de nouvelles méthodes plus rapidement. Il est toujours très compliqué de changer ses méthodes alors que les affaires continuent à fonctionner, même si globalement les choses se détériorent lentement.

Une relève aux commandes

Le changement est pourtant en cours sous l’impulsion d’un nombre de plus en plus important d’entrepreneurs vignerons, et ce depuis plusieurs années. Le temps est long en vigne et les changements de culture difficiles à appliquer et souvent plus risqués que les méthodes modernes classiques. Le retour en arrière n’est cependant pas possible, d’autant que les nouveaux vignerons remportent de vrais succès, en terre d’appellation Vouvray comme ailleurs, sur les vins tranquilles comme sur les effervescents. La tendance du marché est claire, il existe un volume de vente très dépendant du prix, mais aussi un segment grandissant de consommateurs qui souhaitent des vins qui leur plaisent, mais aussi plus respectueux de la nature et de leur santé. C’est sur ce créneau que s’engouffrent de plus en plus d’agriculteurs, d’éleveurs et de viticulteurs.

Des vignerons-entrepreneurs passionnés

Certains domaines anciens ont su montrer l’exemple et les jeunes vignerons qui se sont installés depuis les années 2000 n’ont pas hésité à bousculer les traditions, en travaillant les bulles, mais aussi de plus en plus les vins tranquilles.

Vincent Carême, le pionnier

Vincent Carême a commencé avec 2,5 hectares de terrain et une cave troglodyte du XVIe siècle en 1999. Certifié bio en 2007, il travaille aujourd’hui plus de 17 hectares de vignes en vendanges manuelles, le tout en bio, pour 80 000 bouteilles dont la moitié en effervescents. Respect du terroir et des sols, qualité irréprochable, voici comment l’on crée un domaine qui connaît une belle reconnaissance.

L’homme est passionné à tel point qu’il produit également du Steen (Chenin) en Afrique du sud. Le « Terre Brûlée « sort 40 000 bouteilles par an. Inhabituel, direz-vous ? Cela l’est beaucoup moins lorsque l’on sait qu’après avoir vu un documentaire, le jeune Vincent se rend à l’autre bout du monde alors même qu’il ne parle pas vraiment anglais. C’est là qu’il va rencontrer son épouse et associée, originaire de ce pays où il a passé trois ans avant de s’installer en France. Autre aspect de cette passion, son enseignement aux futurs travailleurs de la vigne, appliqué au lycée viticole d’Amboise.

Interrogé sur l’avenir du vouvrillon, Vincent Carême se montre optimiste. Peut-être cela vient-il de ses contacts avec les plus jeunes au lycée, mais il est convaincu que les « jeunes générations » préparent un meilleur futur à l’appellation. De nouveaux viticulteurs se sont installés depuis une petite dizaine d’années avec des convictions fortes au niveau du travail du vin, et des techniques naturelles. Il est également d’avis qu’il convient de remettre en avant les vins tranquilles, et de moins se concentrer sur l’effervescent.

Mathieu Cosme, le vin en héritage

Voici une autre personnalité bien connue du Vouvray. Il faut dire qu’il représente la cinquième génération familiale. C’est son grand-père qui a commencé à planter les vignes du Château de Beaumont à Noizay à partir des années 60, terre que Mathieu Cosme a reprise en 2005 après un apprentissage au Domaine Huet, probablement le plus connu en Vouvray. Si dans les débuts, le vigneron passait par la coopérative de Vouvray, le domaine sort désormais ses propres productions cultivées sur les 13 hectares de chenin blanc.

Il utilise de nouvelles méthodes de travail, que l’on pourrait en réalité qualifier d’anciennes, car il s’agit d’utiliser le cheval pour le labour, aucun désherbant ou produit de synthèse pour cette entreprise qui s’est convertie au biologique avec une certification pour le millésime 2017. Finie la course au rendement ou le tout mécanique pour le Château de Beaumont. Les vendanges sont manuelles, l’élevage se fait aussi en barrique, Avec Fabien Brutout qui l’a rejoint depuis une dizaine d’années, ils ont élaboré une nouvelle gamme complémentaire à l’existante « Le Facteur ». Ils qualifient cette marque de « laboratoire », ayant pour but de créer de bons vins à tendance nature, des « vins de copains » en référence à Jacques Tati.

Peter Hahn, l’Américain du Vouvray

Peter Hahn est Américain dans la finance à New York, puis à Sydney en Australie. Le nouveau millénaire le pousse à changer de vie comme beaucoup d’autres qui souhaitent exercer une activité plus concrète, plus terrienne. Certains vont se lancer dans un commerce, d’autres préfèrent faire de leurs mains, le fait est qu’il s’agit d’un vrai défi qui demande un certain courage sans oublier quelques fonds pour se lancer. Peter Hahn ne doit pas aller chercher bien loin pour trouver sa passion, il est amateur, voire passionné de vin. Il veut se lancer dans la viticulture et produire son propre produit.

Il aurait pu choisir la Californie ou l’Australie, pays familiers, mais il choisit « le vrai pays du vin », la France. Pour faire du vin rouge, il s’oriente vers le sud de la France et finit par trouver dix hectares dans l’Hérault, où les vignes sont un peu moins chères que dans les grandes régions telles que Bourgogne ou Bordeaux. Beau projet, mais dix hectares pour un vigneron plutôt néophyte, voici qui n’est pas si évident. En attendant, notre homme se promène en France et tombe au fil de ses pérégrinations sur le Clos de la Meslerie, à Vernou-sur-Brenne en Touraine. Quatre hectares de vignes, une belle maison ancienne. Fini le rouge et le sud, voici le blanc et la Touraine !

Une belle aventure en bio

Peter Hahn repart à zéro en 2002 et s’inscrit au Lycée Viticole d’Amboise où il obtient son diplôme en 2005. Un premier vin en 2008, avec l’appui de deux de ses professeurs. Vincent Carême, tout comme Damien Delecheneau, ont été ses mentors. Aujourd’hui, le Clos de la Meslerie produit un vin blanc 100% Chenin, bio et artisanal. Peter Hahn ne regrette pas son nouveau choix de vie « Il me semblait à l’époque, et j’en suis encore plus convaincu aujourd’hui, que le meilleur baume pour l’âme, se trouve dans le cliché d’une bonne table réunissant des amis et du bon vin ». Le viticulteur ne se permet pas de donner des leçons.

Il est toutefois intéressant de noter qu’en arrivant sur la terre de Vouvray, sans aucune idée préconçue, il n’a pas compris la raison pour laquelle quasiment toute la production de l’appellation se consacrait à un vin effervescent relativement peu typé. Autre surprise pour son œil neuf, le peu de personnes intéressées par une approche naturelle de la vinification, et de la culture viticole en général. On le sait, le plus difficile, quelle que soit l’activité, est souvent de prendre le recul nécessaire pour avoir une idée neutre de la situation, permettant de voir quelles remises en question sont nécessaires pour redynamiser l’avenir. Soyons certains que le virage est bel et bien pris pour cette belle région productrice de Vouvray, que Rabelais lui-même nommait « le vin de taffetas ».

E.S.

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