Eric Ciotti, Valérie Pécresse, Christian Jacob, Michel Barnier, Xavier Bertrand Présidentielle 2022 : Valérie Pécresse remporte la primaire LR face à Eric Ciotti Paris ,Siège du parti des Républicains Le 04 Décembre 2021, Paris, France

Tribune. Le titre est un peu osé. Mais, pourquoi pas ! Depuis ce début décembre, la France est entrée de plain-pied dans une campagne présidentielle qui s’annonce des plus difficiles, des plus mouvementées, voire des plus périlleuses. Si, comme l’a annoncé Eric Zemmour, à son 1er meeting officiel, le 5 décembre à Villepinte, « la France est de retour ». Si, comme l’a crié Valérie Pécresse, le jour même de sa victoire aux primaires de LR, le 4 décembre, vers 14h30, « la droite est de retour ».

Il semblerait que ce soit plutôt elle, Valérie, qui soit de retour. Comme Blanche-Neige, avec ses 7 nains, Blanche-Valérie n’est plus seule. Désormais, elle est entourée de Christian Jacob, d’Éric Ciotti, de Michel Barnier, de Philippe Juvin, de Xavier Bertrand, de Gérard Larcher, et, de Patrick Stefanini.

Les réseaux sociaux, que ce soit sur Facebook, Instagram, LinkedIn, TikTok et Twitter, n’ont pas cessé. Le « qui connaît Valérie Pécresse ? » ou « qui connaît Madame Pécresse ? » a fleuri un peu partout. Il est vrai qu’entre ombres et lumières, entre j’apparais et je disparais, je vous soutiens et je vous quitte, j’adhère et je fonde mon parti car je veux être « Libres ! » (le nom de son parti politique, lancé il y a à peine 2 ans), Blanche-Valérie a brouillé les pistes, comme si elle voulait disparaître.

La comparaison tombe à pic avec Blanche-Neige. Le conte qui la met en scène a été écrit par les frères Grimm, Jacob et Wilhelm. Hasard du calendrier, ou pas, la version la plus connue de ces 2 frères est parue en 1812. Il y aura, donc, l’année prochaine, le 20 décembre exactement, 210 ans. Dans cette version, Blanche-Neige est la grande héroïne, la belle, la fragile, l’innocente, la pure, et, la victime.

A sa naissance, sa mère, la reine, meurt. Son père, le roi, se remarie avec une femme à la beauté éclatante, mais qui devient vite grimaçante, méchante, orgueilleuse à la mesure où son miroir magique lui annonce qu’elle n’est plus la plus belle du royaume. Et, qu’elle a été remplacée par Blanche-Neige. La reine décide alors de la discréditer, de l’éliminer, de la réduire au silence…Bref, vous connaissez tous cette histoire qui se terminera bien. Après l’épisode du chasseur-mercenaire chargé de la tuer, après l’épisode de la pomme empoisonnée, et, des autres tentatives d’élimination, Blanche-Neige est sauvée à chaque fois par les 7 nains. Jusqu’au baiser final du prince charmant et de la condamnation de la méchante reine à danser dans des chaussons de fer, chauffés au rouge. C’est le seul point commun avec Blanche-Valérie : le rouge.

Qui connaît Valérie Pécresse ?

Elle est née le 14 juillet 1967, à Neuilly-sur-Seine. C’est un point commun qu’elle partage avec Nicolas Sarkozy, son mentor après Jacques Chirac. Même s’il n’y est pas né, il en a été le maire pendant 19 ans. Le père de Valérie, Dominique Roux, est l’ancien président de la société Bolloré Télécom, du groupe de Vincent Bolloré, un fidèle ami de Nicolas Sarkozy. Mais, avant d’intégrer cette société de renom, Jacques Chirac l’a choisi en 2006, pour devenir l’un des membres éminents du comité stratégique de la télévision du futur, auprès du gouvernement, dont le Premier ministre n’est autre que Dominique de Villepin.

Le grand-père de Valérie, Louis Bertagna, est un grand résistant de la Seconde Guerre Mondiale. Chrétien engagé, il a risqué sa vie à plusieurs reprises. A la libération, il s’occupe du journal Témoignage Chrétien, né pendant la résistance. C’est dans cet univers familial, dans cet esprit chrétien que grandit Valérie. Brillante, elle passe par les écoles privées catholiques. Excellente, elle apprend le russe, puis, le japonais. Elle intègre HEC Paris, et, en sort diplômée en 1988. Puis, ce sera l’ENA, en 1992 où elle est classée seconde de sa promotion (Condorcet). Elle choisit, alors, le Conseil d’Etat, et, donne des cours à Sc Po Paris.

Elle se marie en 1994, avec Jérôme Pécresse qui est, aujourd’hui, Président-Directeur Général de General Electric Renewable Energy (GE). Auparavant, son mari a eu un parcours d’excellence au sein d’Alstom, cette pépite industrielle française revendue à GE, le géant américain. L’opération autorisée et co-pilotée à l’époque par Emmanuel Macron, de Bercy, reste, aujourd’hui très controversée, voire mystérieuse. Les milliers de licenciements, eux, n’ont pas souffert une seule minute de mystère et de répit. Ils ont bien eu lieu.

C’est en 1997 que Valérie s’engage en politique. Courtisée, d’abord, par l’équipe de Lionel Jospin, qui lui fait un appel du pied pour la rejoindre. C’est, finalement, Jacques Chirac qu’elle entend servir. Elle, qui déteste la cohabitation, embrasse celui qui en a fait sa vache-à-lait. Sauf, il est vrai, lorsqu’il la refuse entre 93 et 95. Mais, il la provoque en 97. Ce qui est plus grave. Grâce à la cohabitation, pourrait-on dire, Jacques Chirac a été élu en 1995, et, en 2002. En tout cas, elle lui a permis d’être au second tour. Quand le machiavélisme s’en mêle, la politique deviendrait presque cruelle.

Au début des années 2000, Valérie devient la conseillère technique du président Chirac. Puis, elle enfile ses bottes de 7 lieux. En 2002, elle succède à Franck Borotra, un apôtre du Gaullisme, dans la seconde circonscription des Yvelines, et, devient député. En 2006, Dominique de Villepin, la nomme rapporteuse sur la vie familiale et sa conciliation avec la vie professionnelle. Ce sujet lui va comme un gant, même si elle deviendra un temps, le chantre du divorce accéléré. Il y a chez Valérie quelque chose du « en même temps » cher à Macron, qui la rapprocherait indubitablement de lui. Fermons cette parenthèse sur la ressemblance.

Les marches du pouvoir

Valérie Pécresse est restée très proche de Nicolas Sarkozy. Lorsque celui-ci accède au pouvoir républicain suprême en 2007, il en fait sa ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Cette fonction lui va comme un tailleur sur-mesure. Cette libérale qui vise l’excellence se met à réformer. Sa loi LRU est souvent mise en avant pour rappeler les succès du président. Il est vrai, que grâce à elle, entre-autre, est sorti de terre le fameux plateau universitaire où la technologie est reine : celui de Paris-Saclay. Entraînant derrière-lui la trentaine de communes qui ont vu le marché de l’emploi se redynamiser. De nombreuses start-ups y ont élu domicile.

En 2010, elle change une nouvelle fois de braquet. Sa nouvelle bataille concerne les élections régionales en Île-de-France. Malgré sa victoire aux primaires de l’UMP (déjà !), elle chute en extérieur, face au ténor socialiste de l’époque, Jean-Paul Huchon, le président sortant. Finalement, elle devra patienter 5 ans. Le 18 décembre 2015, la conseillère devient, enfin, présidente de la région. Au sein de l’UMP sa position s’en trouve renforcée.

L’époque n’est, cependant, pas des plus faciles : son parti a commencé sa descente aux enfers en 2012, lors de la défaite de Nicolas Sarkozy, enferré dans ses affaires judiciaires. Ces-dernières lui collent, tellement, à la peau – comme le sparadrap du célèbre capitaine Haddock – que son fameux « collaborateur », François Fillon, son ancien Premier ministre, va profiter du trou d’air qu’il a provoqué en perdant face à François Hollande, pour le laisser remporter haut-la-main les primaires ouvertes de 2016.

Mais François Fillon, comme l’explique, peut-être, trop bien Véronique Jacquier, journaliste politique et auteur du livre François Fillon, l’homme qui ne voulait pas être président, en parlant d’un « orgueilleux », commet le crime de lèse-majesté. Il est pris à son propre piège : celui de prononcer sous le soleil de Sablé-sur-Sarthe, à l’été 2016, la phrase-poison suivante : « Qui imagine un seul instant le général de Gaulle être mis en examen ? » Cette phrase qui tonnait en direction de Nicolas Sarkozy sans le citer, mettra à mal son propre auteur. Le Canard enchaîné, le 25 janvier 2017, alimenté sans nul doute par quelques amis à l’intérieur du parti LR, déclenche le Penelope Gate. On connaît la suite, qui signe la fin politique de François Fillon, et, qui inaugure le début de ses ennuis judiciaires.

Le temps de l’orgueil et de l’égo

Le grand vainqueur de 2017 est l’orgueil, qui a tout emporté sur son passage, tel un tsunami. Les partis traditionnels ont fini de manger leur pain blanc. L’hiver s’installe, malgré les changements cosmétiques, qui ne bernent plus les Français. L’UMP est devenu LR en 2015, et, le parti socialiste a juste changé son logo. Les deux partis ennemis, qui se sont partagés le pouvoir depuis 40 ans, vivent leurs descentes aux enfers. C’est l’hivers glacial pour les ténors que sont d’un côté Jean-François Copé, Laurent Wauquiez, et, de l’autre côté Manuel Vals, Benoît Hamon. Pire, sonnant le tocsin, un président en exercice, François Hollande, décide, pour la première fois dans l’histoire de la 5è République, de ne pas se représenter. Au loin, un jeune inconnu de 39 ans, presque imberbe, est devenu président de la République. Emmanuel Macron, en guise de pied-de-nez, a créé un parti à son effigie, qui utilise ses propres initiales. Sa « Révolution », c’est celle de son propre égo.

Après le temps du gaullisme, qui a été le temps de la renaissance de la France, et, de son indépendance retrouvée. Après le temps du giscardisme, qui a été le temps de l’émancipation sociale excessive, de la modernisation économique et de l’ouverture de nos frontières à l’immigration. Après le temps du socialisme, qui a été le temps de la course vers une émancipation effrénée, vers une perte de sens et de valeurs morales et sociales, vers la désindustrialisation de la France. Après le temps du Chiraquisme, qui a été le temps du courage de la politique internationale pour s’opposer à la folie guerrière de Bush en Irak, et, les conséquences que l’on connaît aujourd’hui.

Après, le Sarkozysme, qui a été le temps de la réforme des universités et des retraites, malgré la crise de 2008, et, malgré sa mésaventure coûteuse en Lybie. Après le hollandisme, qui a été marqué par une perte de temps incroyable avec le Mariage Pour Tous, dont certains homosexuels eux-mêmes ne voulaient pas, et, cette gestion catastrophique dans le cadre des attentats terroristes. Le dernier temps est celui du macronisme, que beaucoup d’opposants déclarent comme étant, celui de la parenthèse teintée de jaune (celui des gilets). Après toutes ces valses de temps, la droite serait-elle « de retour » ? Comme l’a déclaré Blanche-Valérie entourée de ses 7 nains, le 4 décembre 2021.

Les 7 nains ?

Qui sont-ils ces 7 nains ? Plongeons-nous, de nouveau, dans le livre des frères Grimm. Ils s’appellent Prof, Joyeux, Grincheux, Dormeur, Timide, Atchoum, et, Simplet. Les rôles ne sont pas interchangeables, mais il est vrai que Christian Jacob pourrait endosser le rôle de Joyeux et de Grincheux, tant il a paru s’auto-satisfaire de l’organisation de ses primaires. On peut lui reconnaître que – mis-à-part le fait que tous les candidats battus aient donné un coup de poignard virtuel dans le dos d’Éric Ciotti, en se ralliant comme un seul nain sous les juppons de Blanche-Valérie pour le second tout – lors de l’annonce des résultats du 1er tour, tout s’est bien passé. Il pourrait être, aussi, Grincheux, car il est en train de virer tous ceux qui, à l’intérieur de LR, s’alignent sur Eric Zemmour. En fait, Grincheux correspondrait à Michel Barnier.

L’Européen, le maître du Brexit, qui en a oublié les effets de bord négatifs pour la France – pour les pécheurs, notamment – est revenu en France pour gagner. Celui, que tout le monde attendait, s’est retrouvé à la mauvaise place : la 3è. Il ne serait pas bon perdant. Philippe Juvin, dit « le Doc », comme l’appelle ses amis, aurait des faux-airs d’Atchoum. C’est un homme élégant, qui s’est enivré au fur-et-à-mesure des primaires. Il a fini par éternuer avant tous les autres. Xavier Bertrand y pensait, tellement, qu’il a fini par s’endormir sur ses lauriers. Il serait Dormeur, voire Rêveur. Il se rasait plusieurs fois par jour. Mais cela n’a pas suffi.

Cerise sur le cadeau, il aurait été le candidat LR qui quitte son parti pour être élu président de la région Haut-de-France avec le soutien du président Macron. Et, il se serait présenté contre lui. Son rêve se serait, alors, transformé en cauchemar. Gérard Larcher le seul qui pèse vraiment encore, appartient au vieux monde politique. Il est, depuis si longtemps, président du Sénat qu’il en est devenu Simplet. ‶Mais sinon à quoi sert le Sénat ?″ titrait un article de l’Express en 2017. Patrick Stefanini pourrait répondre facilement à cette question. Car, c’est lui le Prof. C’est le maître à penser de tous, le stratège par excellence. Valérie Pécresse l’a bien compris. Enfin, le Timide serait Éric Ciotti, qui après toutes ses années passées dans l’ombre, en est, finalement, sorti la tête haute. Mieux, il est devenu un faux-timide, car il vient de fonder son mouvement politique. Le lendemain de sa défaite, le 5 décembre, il lançait « A DROITE ! » au sein de LR.

Valérie Pécresse a reçu le blanc-seing. Elle a obtenu le Graal pour aller jusqu’au 1er tour de la présidentielle. Il aura lieu le 10 avril 2022. Pour l’heure, elle se veut rassembleuse. Aura-t-elle le temps de rassembler ses 150 000 adhérents, tous derrière-elle, comme un seul homme ? Et, de s’adresser aux 48 millions d’électeurs ? Puis, de leur demander : « Suis-je la plus belle ? »

Antoine Bordier

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