Mourir pour Marioupol, Odessa où Kiev ? Ces images inimaginables de guerre, qui défilent de manière ininterrompue sur nos écrans interposés créent désormais une fracture à nulle autre pareille dans nos consciences humaines d’occidentaux apaisés et repus. Depuis 1945, nous croyions vivre en paix, or nous voilà confrontés, même si nous ne sommes pas belligérants et ne devons pas le devenir, désormais avec un conflit militaire se déroulant à deux heures de Paris.

Comment est-ce possible, comment le maître du Kremlin, celui-là même, qui en 2018 pénétrait dans les vestiaires des Bleus vainqueurs de la Coupe du monde pour féliciter Didier Deschamps, semble être arrivé à une telle extrémité. Oublié le Covid et sa drôle de guerre qui, du coup, paraît si dérisoire et lointaine en regard des bombes bien réelles qui frappent aujourd’hui Kharkiv ou Odessa. Comment a-t-on pu en arriver là ? Le déchirement est d’autant plus profond qu’il frappe l’Europe occidentale et ses confins. Une zone dite développée et civilisée et qui, pour l’instant excepté les actes désespérés des croyants du Djihadisme islamiste, avait su échapper à la recrudescence de tels conflits militaires.

Comment un grand pays comme la Russie, le pays de Saint-Pétersbourg et de Soljenitsyne peut-il accepter une telle invasion ? Son nationalisme est tel qu’il semble pouvoir s’allier avec tous les extrêmes, y compris comme en 1939 avec Hitler.

Est-il encore temps de sortir d’un tel guêpier malgré les maladresses de la part de l’OTAN, le non respect des accords de Minsk, les livraisons d ‘armes en Ukraine, autant de faits interprétés par Moscou comme d’authentiques provocations sans même parler des évictions humiliantes de la Russie des organisations internationales, ou des embargos économiques de toutes sortes ? Tout cela ne facilite pas les choses avec Vladimir Poutine.

Comme le dit Hubert Védrine, il sera un jour temps d’évaluer les responsabilités de chacun même si ce moment n’est pas advenu. Pour l’instant, il y a mieux à faire. Il s’agit d’arriver à stopper l’irréparable drame qui est train de se mettre en place sous nos yeux impuissants. Tous ceux qui arment et poussent les Ukrainiens à résister militairement, ont sans doute les meilleures intentions du monde, sauf qu’ils les poussent dans un piège, celui imaginé par Poutine. Celui-ci a intérêt à créer le désarroi et il ira jusqu’au bout. Il faut donc tout faire précisément pour éviter qu’un tel massacre ne se poursuive, d’autant qu’au total, il ne servira à rien si ce n’est à amplifier le désastre. Cela n’est pas du pacifisme et n’a rien a voir avec les accords de Munich.

Avec une situation économique et sociale désastreuse, Poutine n’est fort que s’il y a un conflit. Imposons-lui donc au contraire un cessez le feu. Donnons à Poutine ce qu’il souhaite. Une Ukraine démilitarisée et sans influence extérieure. Imposons lui simplement l’organisation d’un référendum d’autodétermination sous contrôle international à organiser dans les dix ans comme nous l’avons fait pour la Nouvelle Calédonie. Il faut calmer le jeu.

Cela ne plaira pas trop aux Ukrainiens sur le moment. Leur courage et leur bravoure fait apparaître et suscite un sentiment patriotique rarement connu. Il n’empêche que cette trêve et ce type d’accord est le seul qui soit de nature à pouvoir faire sortir le monde d’un conflit fratricide d’un autre âge menaçant même l’équilibre de toute la planète. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Vive l’Ukraine en paix et démilitarisée dans un accord global de défense européenne. Une grande conférence organisée à Paris devrait chercher à organiser au plus vite ce type d’accord de défense et de sécurité pour l’ensemble du Continent de l’Atlantique à l’Oural. C’est la mission qui incombe au président Macron. S’il y réussit, il passera dans l’histoire et sera réélu dans un fauteuil.

« Vu du dehors, le mal appelle le châtiment : vu du dedans, la pitié. » Gustave Thibon

Robert LAFONT

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