Par Jean-Charles BOUCHER, Associé RSM et Membre du Collège de l’Autorité des Normes Comptables

Qu’ils dirigent une grande multinationale, une entreprise de taille moyenne ou une société familiale, tous les dirigeants en France ressentent les effets de la crise sanitaire. Tous se posent la même question essentielle pour la pérennité de leur activité : comment conserver ma solvabilité dans une crise qui perdure ?

La planification de trésorerie : le nerf de la guerre

La gestion du cash a toujours été au centre de la stratégie de l’entreprise, mais avec la crise, elle est revenue au tout premier plan des préoccupations. Certaines sociétés sont aujourd’hui « sonnées » par les difficultés, et sont confrontées à une double, voire triple peine liée à la baisse des rentrées d’argent, la poursuite des dépenses et les nouvelles échéances à rembourser à moyen terme.

L’objectif est donc de tenir le choc et maintenir sa trésorerie à flot pour éviter le dépôt de bilan ; le directeur financier d’une grande entreprise doit donc suivre l’évolution de la trésorerie au jour le jour, et au travers de prévisions, anticiper pour actionner les leviers clés. Dans une entreprise plus petite, c’est souvent l’expert-comptable qui accompagne le dirigeant pour l’aider à piloter et à solliciter les différentes aides d’État (PGE, report de charges, etc.), sans oublier les efforts que doivent consentir les bailleurs sur les loyers suite aux différentes mesures proposées par le Ministère de L’Economie et des Finances. Mais, il faut pousser l’analyse plus loin sur ses prévisions de trésorerie en évitant certains pièges, tels que le montage (ponctuel) d’un plan de trésorerie lorsque des problèmes se posent déjà ou la surestimation des recettes et des délais de paiement.

Le danger des retards de paiement

En effet, les retards de paiements sont, dans la crise, l’un des risques majeurs qui pèsent sur les entreprises. Avec une moyenne de 13 jours de retard en 2020, ces derniers sont un frein à la reprise : 55 % des PME refusent même de répondre aux appels d’offres par crainte de ne pas être payées ou de subir des délais de paiements trop longs.

Ces tensions proviennent notamment d’une détérioration de la trésorerie des clients de l’entreprise, des process trop longs de validation des factures, voire de blocage délibéré des factures par les clients. Et ce, malgré les réglementations qui encadrent cette problématique au niveau de Bercy et de la DGCCRF, chargée de contrôler le respect des règles du code de commerce relatives aux délais de paiement.

Face à cela, des solutions s’offrent néanmoins aux entreprises, notamment au plan opérationnel, à l’instar de la dématérialisation des factures entre entreprises du secteur privé, du déploiement de solutions de paiement à distance sur Internet ou de solutions d’intelligence artificielle pour optimiser leur crédit management.

Au plan législatif, des leviers peuvent également être activés. Par exemple, le renforcement du principe « name and shame ». Bercy n’est d’ailleurs pas opposé à rendre obligatoire la liste des acteurs affichant des retards de paiement sur une plateforme qui serait mise à disposition par le Ministère de l’Economie. Les entreprises, notamment les PME, devraient y être favorables car elles ont un réel besoin de visibilité sur les délais de paiement de leurs partenaires.

Le bon sens des décisionnaires sur le terrain  

Au-delà de ces outils, c’est avant tout le bon sens des dirigeants qui doit primer pour préserver la trésorerie et, à cet égard, les bonnes pratiques issues du terrain ne manquent pas.

Ainsi, dans le cas des retards de paiement, il est nécessaire, comme beaucoup d’entreprises, de relancer les clients avec bienveillance, sans altérer la relation. Cette relance doit être stratégique : les plus gros clients dont la capacité de trésorerie est la plus importante sont ceux à solliciter en premier. L’important est de se prémunir contre les risques de défaillance. C’est ainsi, par exemple, que le groupe de conseil Wavestone a eu recours à des bases de données référençant les scores de solvabilité de ses clients.

En termes de pilotage financier, il est utile de relancer intelligemment les investissements et évaluer les risques du gel ou du report des investissements, comme l’ont fait certaines sociétés des secteurs les plus affectés, en s’appuyant sur les aides du gouvernement (PGE, fonds de solidarité pour les TPE … qu’il ne faut pas manquer de solliciter). De même, il est important de garder en tête l’option de report d’échéances et prioriser les dépenses à court terme.

In fine, c’est le bon sens (gestionnaire) et la capacité des dirigeants à bien s’entourer (Comex, conseils …) qui permettront aux dirigeants de préserver leur trésorerie et de traverser la crise sans que ses conséquences n’entrainent de défaillances de leur activité.

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