Par Jean-François Marchi

Quelle déception que cet éloge au rabais dédié à Napoléon par ceux qui nous dirigent, à reculons, presqu’en s’excusant.

« Faites excuses euh m’sieurs-dames, faut qu’ je dise du bien mais chais pas quoi dire vu j’va m’faire critiquer ». Et voilà l’affaire: adieu Balzac et L’histoire de Napoléon racontée par un vieux soldat dans une grange qui est un des plus beaux textes de l’immortel auteur de La Comédie humaine, et sans doute de la littérature française, adieu Hugo, adieu Vigny, adieu Musset, adieu Léon Bloy et son épitre:  L’âme de Napoléon , adieu tous, adieu Tolstoï, adieu l’anglais Antony Burgess, qui en plus d’une prophétique orange mécanique nous a laissé une magistrale  Symphonie Napoléon , adieu Bethoveen et sa  Symphonie héroïque , adieu David, adieu Vernet, adieu  baron Gros, adieu Gérard, adieu Isabey, mais adieu la France aussi, et vive la pègre qui fraternise sur sa dépouille. Sainte Hélène ne suffit pas. Il a connu la trahison des maréchaux, de ses ministres, les Fouché,  Talleyrand et consorts, il récolte aujourd’hui le reniement, la dernière  épine.

Comme la mode est également au caviardage mémoriel, biffons du souvenir des hommes illustres  le fait que Rossini avait le buste de Napoléon dans son  salon de la rue de la Chaussée d’Antin, interdisons la lecture du  morial  , et chassons Tulard de l’Institut tant que nous y sommes . « Sagesse et beauté aux êtres vils semblent viles, l’ordure ne peut goûter que l’ordure » fait dire le grand Will au roi Lear. C’est bien ça! Et pendant ce temps on brûle des femmes vivantes au nom de la diversité et on ajuste les forces de police au revolver ou au mortier, quand par devoir ils tentent d’arraisonner la vraie délinquance, celle des dealers de dope et pas les bourgeois qui dinent au restaurant en cachette pour s’évader du carcan de la norme étouffante de nos bergers cagots. Un éloge, ce qu’on a entendu? Du rap, oui, et rien d’autre! Quo usque tandem?

Reprenant la lecture d’Anatole France, pour parler d’un écrivain encore, je suis tombé sur  Les Dieux ont soif . « Comme c’est bizarre », eut susurré Louis Jouvet. Il y a comme un air de prémonition dans ce texte que je recommande à ceux que le futur inquiète. Ils y trouveront de quoi ne pas se laisser rassurer par la parole trompeuse et narcotique de ceux qui veulent nier le réel afin de demeurer en place. Un hommage, ces pauvres paroles excusantes et évasives? C’est bien de Napoléon qu’on parle ainsi? Nous lui devons l’état moderne et Paris tel qu’il est avec ses perspectives et ses avenues, oeuvre poursuivie par son neveu avec opiniâtreté et disons le génie!

Et l’on va dans l’ignorance jusqu’à lui opposer la République quand c’est lui qui l’a installée dans ses principes contre l’Europe coalisée?

Mais quelle est donc cette Europe d’aujourd’hui qui semble absoudre cet horrible procès, si elle ne le suscite pas ?

Certes pas la sienne! Un hommage non, un procès donc fait au pied du grand homme pour profaner sa mort. Il n’est que l’homélie de Monseigneur de Romanet, Evêque aux armées qui fut à la hauteur pour une fois cette semaine! (on la trouve sur internet)

On l’aura bien compris, c’est parce que la lecture se perd que les références culturelles manquent aujourd’hui. L’histoire c’est aussi la littérature, la poésie, la peinture et plus généralement les arts. Une population déculturée est impropre à comprendre l’enchaînement des circonstances de ce qui forme la trame de la nation. Qui attaque la culture attaque la nation. Le libérateur des peuples d’Europe l’avait compris qui a inventé le lycée et institué le baccalauréat, pendant évident du Code civil. Le contraire c’est la rue et ses désordres.

A cela il n’existe hélas qu’un seul remède, la volonté politique.

Jean-François Marchi

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