Par Jean-François Marchi

Tribune. C’était un personnage que l’Oncle !

Avec son monocle et sa canne à pommeau, il en imposait au monde, et ce n’était pas pour lui déplaire.Toujours tiré à quatre épingles, guêtres recouvrant des chaussures toujours parfaitement cirées, l’oncle recevait le Tout-Paris de la littérature dans l’arrière salle du glacier « Le Napolitain » boulevard des Italiens, juste en face de l’appartement que Gioacchino Rossini avait habité pendant les travaux d’édification de l’Opéra de Paris. Le Napolitain lui appartenait et l’ancien journaliste qu’il était s’en servait pour faire le pendant à droite de ce que « Les Deux Magots » seront à gauche après guerre, un salon littéraire.

Là venaient les Jouhandeau, Chardonne, et tellement d’autres qui l’oublieront par la suite , pour déguster des pots-au-feu mémorables et pantagruéliques. La mémoire, c’est quelque chose!…La viande a mauvaise presse aujourd’hui, vegans obligent !! Et la littérature? Et la poésie? Assise la fileuse au bleu de la croisée …. pour parler pot-au-feu encore. C’est là que Beraud célébra  le Goncourt du Martyre de l’obèse! Oubliera-t-on jusqu’au souvenir de nos lettres sous les coups de hâchoir des terroristes? Il me souvient d’avoir lu que plus bas sur le boulevard , du coté de la rue Le Peletier où se trouvait sous le règne du roi Charles X l’Opéra Royal Italien que dirigeait Rossini, un jour on vit passer côtes à côtes Balzac (1m57) Rossini (1m69) et Hugo (1m80), l’escalier du génie en somme!

Et celà aussi il nous faut l’oublier???

Ah! Castex! Que se passe t-il aux Tuileries?

Le Palais est désert? L’Empereur est allé dormir? Même le Régent sut réagir quand le bandit Cartouche terrorisait les parisiens et donc la France toute entière. Et maintenant?

La littérature? La langue ? (la procureure…la docteure…l’auteure…la menteure…?l’imposteure! plutôt…). Rêvant aux somptueux dîners offerts à ses amis par l’Oncle, dans un passé pas si lointain, tandis que je me souviens des agapes miraculeuses que le sculpteur Benatov, cet autre Balzac de presque deux mètres de haut, nous avait si souvent offerts au Petit Colombier, rue des acacias, quelques amis haut-magistrats hommes politiques écrivains et avocats, je me dis que si la vie c’est la culture et l’émotion qu’elle suscite, c’est aussi la reconnaissance et la fidélité. Et que penser d’une époque qui oublie ses gloires et ses beautés! Peut être ne serons-nous pas nombreux le 5 mai devant le tombeau des Invalides pour célébrer la mort du « professeur d’énergie » que Maurice Barrès vint visiter il y a juste un siècle en compagnie de ses personnages du roman Les Déracinés,  Francois Sturel  et les autres.

Ne pas se souvenir de ce qui fut grand c’est préparer l’avénement d’une société marquée par l’insignifiance renouvelée tous les jours.

Les vins! Les alcools! Un marc de Gewurztraminer ! Un bel Armagnac! Une fine Napoléon! Un grand verre de Chambertin, un lièvre à la Royale à déguster à la cuiller, et des pâtisseries à s’en faire péter la sous-ventrière. Oui, Messeigneurs, oyez ce qu’il en adviendra de nous quand notre âme et nous ne seront plus d’accord que sur un point, la rupture, comme l’a écrit et chanté cet autre grand poète sétois Georges Brassens, trop jeune quant à lui pour avoir goûté les pots-au-feu de l’oncle Georges: il nous faudra partir…

Et que laisserons nous sinon le souvenir lamentable de nos abandons et de nos lâchetés ?

Dans le film La Voie lactée , à voir absolument et à revoir en boucle, l’Ange de la Mort monté dans une Ds Citroën qui s’est écrasée sur la route, tandis qu’on entend à  la radio la voix de Bunuel prononcer une homélie : Quand on a passé le dernier cap de la vie il est trop tard pour faire pénitence , dit aux deux clochards qui font le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle: Mais à la fin je crois que nous serons sauvés.

Est-ce bien si sûr ?

Qu’en pense la procureure ?

Jean-François Marchi

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