Il a beau être né avec cuillère dorée dans la bouche, l’héritier de l’empire Petrus (une des plus belles appellations des vins de Bordeaux, à Pomerol), Jean Moueix cultive des rêves de grandeur et d’entrepreneur. Il investit à tout va. Après l’hôtellerie, la restauration (L’écluse…) où le whisky français Bellevoye, c’est l’eau minérale savoyarde Bonneval sur laquelle il jette son dévolu !

Jean Moueix a l’instinct dans son ADN pour héritage, mais pas seulement. Avec un grand-père, Jean-Pierre, qui a eu une passion pour la peinture, et pas n’importe laquelle, Dufy, Bacon, de Staël, et l’incroyable épopée de Petrus, devenu une icône mondiale du monde du vin, la transmission est d’importance. Un domaine incroyable de 11,5 hectares évalué à plus d’1 milliard d’euros dont il est cohéritier avec son père, ses sœurs et Alejandro Santo Domingo, milliardaire new yorkais de la bière d’origine colombienne qui a racheté 20% des parts du domaine en 2017.

Une dynastie familiale qui cultive la discrétion

Cette quasi dynastie fait peu parler d’elle, bien que les deux fils, Jean-François et Christian, gèrent des pépites chacun de façon indépendante. Car si l’on évoque bien évidemment le Petrus en premier lieu de par sa notoriété, la famille a commencé l’aventure viticole par le Château Fonroque, un Saint-Emilion Grand Cru. On peut donc dire que le jeune Jean Moueix, fils de Jean-François, n’a pas eu une enfance difficile. Certains deviennent des enfants gâtés, lui n’a eu au contraire de cesse de multiplier les créations d’entreprises à travers la mise en place de sa holding, Imagine.

Un multi-entrepreneur sur tous les fronts

Jean Moueix, 35 ans cette année, a déjà fort à faire. Il a été nommé il y a deux ans à la direction opérationnelle de l’affaire Duclot, une des affaires les plus connues de Bordeaux en matière de négoce. Elle dispose d’un stock de plusieurs millions de bouteilles pour une distribution en réseau traditionnel, à l’export et en vente directe en France. Il serait pourtant dommage de résumer ce trentenaire à ses activités familiales. Sa holding personnelle rassemble diverses activités, souvent liées aux boissons, avec ou sans alcool.

Des vins mais aussi des alcools

Jean Moueix a ainsi lancé le whisky français triple malt « Bellevoye » avec Alexandre Sirech en 2018, un produit mûrement réfléchi qui a été récompensé dès son lancement par 9 médailles d’or. Une belle réussite pour la jeune entreprise dénommée « Les Bienheureux ». Sur sa lancée, les cofondateurs ont poursuivi leur chemin en proposant d’autres perles rares, comme un rhum d’origine guatémaltèque, « El Pasador de Oro », « l’Embargo » des Caraïbes, ou un gin français biologique. Ils ont lancé l’an dernier « Thoreau », 70% rhum, 30% cognac VSOP, mais qui ne titre que 30°.

Sans oublier l’hôtellerie-restauration

A travers sa holding Imagine, Jean Moueix n’a eu de cesse d’investir dans des affaires parisiennes, dans le domaine de la restauration, comme Castel, l’Ecluse et une trentaine d’autres. Dans l’hôtellerie, c’est l’hôtel Bachaumont, toujours à Paris, qui fait partie du portefeuille, cette fois-ci en association avec Experimental Group. Il le dit lui-même, mais les circonstances familiales rendent cela parfois inaudible, il se sent entrepreneur avant tout, il s’agit à son avis d’une formidable opportunité pour développer des qualités telles que rigueur et méthode, cependant il ne se lance qu’à la seule condition de se sentir totalement concerné par le projet.

Sa dernière trouvaille

Cette fois-ci il n’y aura aucun degré d’alcool dans les nouveaux produits de Jean Moueix. Bonneval, nouvelle marque d’eau minérale originaire de Savoie va bientôt être sur les rayons. Elle va devenir le nec plus ultra de l’eau minérale. Pour mener à bien ce projet, le copropriétaire de Petrus s’est associé à David Merle, ingénieur des Ponts et Chaussées devenu entrepreneur. Ils vont investir plus de trente millions d’euros pour créer une usine et une marque. Leur préoccupation numéro un est de respecter l’environnement et d’obtenir pour cette eau minérale l’empreinte carbone la plus réduite possible, de la source au magasin.

Un vrai marché d’avenir

L’affaire s’annonce sous les meilleurs auspices, et le marché est d’avenir. Le projet a démarré en 2017, pourtant d’autres s’y étaient déjà cassées les dents. Il a fallu trois ans d’efforts pour rendre disponible cette eau en France et à l’export. Une eau de plus de deux mille ans, assez difficile à extraire, dont on dit qu’elle dispose d’une minéralité exceptionnelle. La rentabilité se fera attendre, tout n’est pas inscrit dans le marbre lorsque l’on se lance dans une aventure de ce type. Les investissements sont élevés, même si le business de l’eau est généralement considéré comme plutôt juteux. Jean Moueix a de qui tenir, le monde du vin lui a beaucoup appris, l’eau Bonneval sera donc positionnée sur le segment haut de gamme, et il sera possible de la découvrir chez Monoprix. Quant à l’exportation, elle est déjà programmée tant vers les Etats-Unis que vers la Chine. Les affaires peuvent donc avancer rapidement.

Des associations toujours réussies

Jean Moueix se lance généralement en association. Après tout, pourquoi pas, l’histoire familiale a commencé ainsi. Edmonde Loubat, propriétaire de l’hôtel éponyme, la meilleure table de Libourne, achète la propriété Petrus en 1923. Elle avait fort à faire, mais c’est via une association que l’affaire va prendre sa tournure : en 1947, elle s’associe à Jean-Pierre Moueix, négociant en vins à Libourne également. A eux deux, ils vont faire reconnaître ce vin dont ils sont certains de la qualité.

La reine Elizabeth en aura sur sa table de mariage, tout comme Albert Einstein, puis la famille Kennedy. Edmonde meurt sans enfant en 1961, son neveu et sa nièce vendront leurs parts par la suite à Jean-Pierre et Jean-François Moueix. Nouvelle non pas association, mais collaboration fructueuse, celle des Moueix et d’un jeune basque Jean-Claude Berrouet. Le jeune œnologue restera 44 ans fidèle au Petrus, jusqu’à sa retraite et Olivier son fils a pris la suite.

Le désir de changer le monde

Jean Moueix a une apparence plutôt cool, mais il ne faut pas totalement s’y fier. Il estime que les entrepreneurs sont bien plus utiles que les politiques pour changer le monde en profondeur et sentir les nouvelles tendances. Cela explique certainement sa fascination pour Elon Musk. La famille dans son ensemble a fait preuve d’une sorte de génie dans les affaires, le petit-fils a donc de qui tenir, l’héritage est à la fois lourd et léger à porter.

E.S.

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