Manque de transparence de l’Inserm, élevages de visons potentiellement meurtriers, réactions violentes aux vaccins… En direct de l’IHU Méditerranée Infection, le Professeur Didier Raoult fait le point sur l’épidémie de Covid qui a déjà causé près de 100 000 morts en France.

Professeur Didier Raoult, que pensez-vous de la situation concernant les vaccins et la vaccination qui commence et qui est en cours dans les différents pays dans le monde ? 

Je n’ai pas changé d’avis Je pense que compte tenu des circonstances, les uns et les autres ont pensé qu’il fallait aller très vite, plus vite d’ habitude. Nous n’avons pas eu le temps d’évaluer comme nous le faisons d’habitude. En réalité, le temps de l’expérimentation ou le temps de l’évaluation commencent maintenant.  Je ne porte pas de jugement de valeur sur le fait qu’il fallait précipiter les choses ou pas…

Nous voyons des choses qui sont inattendues. En tout cas, selon moi, avec le vaccin AstraZeneca, il y a des réactions très violentes, particulièrement chez les jeunes. Chez les jeunes, il y a une proportion incroyablement fréquente de gens qui ont 40 de fièvre  et qui sont KO pendant 3 jours. Ce sont des réactions que l’on n’a pas l’habitude de voir avec les vaccins. 

Le bon côté des choses c’est que les sujets âgés ne sont pas soumis à des réactions aussi violentes. Cela confirme que les réactions à ce vaccin chez les sujets jeunes sont très marquées et nous n’avons pas eu l’impression que c’était la même chose avec le vaccin Pfizer, selon notre expérience. 

Nous verrons bien le degré de protection de ce vaccin, puisque les cibles de ce vaccin sont les gens qui usuellement ont cette chance de pas avoir des réactions violentes, mais qui ont la malchance de ne pas avoir une très bonne réponse protectrice vis-à-vis des virus. 

Il y a des choses que l’on ne peut pas prédire actuellement. Par ailleurs, nous avons des phénomènes qui sont nouveaux, en particulier l’apparition des variants qui sont plus ou moins sensibles aux vaccins. Par exemple, la majorité des variants qui circulent actuellement à Marseille ne sont pas sensibles en culture aux anticorps monoclonaux qui sont distribués actuellement. Aucun des variants n’est sensible à ces anticorps monoclonaux.

Il y a donc une variabilité de ce virus qui fait que l’on ne peut pas prédire ce que va être l’efficacité à moyen terme des vaccins.  La seule chose que l’on voit pour l’instant dans ces variants, c’est une moindre efficacité sur le virus Sud-Africain. Pour faire le bilan de tout ça, il faudra un peu de temps, pour voir si ça diminue le nombre de morts et le nombre de cas. 

Comment évolue l’épidémie de coronavirus en ce moment ? 

L’épidémie de coronavirus, comme je l’exprime depuis très longtemps, est faite de multiples épidémies.  Il y a une première épidémie avec le virus issus de Wuhan, qui a présenté presque tout de suite une mutation et qui a marqué pratiquement toute l’Europe. Ensuite, ça se stoppe puis ça repart, c’est le fantasme du rebond qui a marqué un certain nombre de modalisateur. Il faut arrêter avec ça, ce ne sont pas les mêmes virus. 

Il y a des pays, en particulier les îles, qui ont réussi à contrôler les entrées et qui n’ont pas eu de deuxième épidémie.  Ils n’ont pas eu deuxième vague car ce n’est pas le virus qui a muté lui-même, c’est une source différente. 

Il y a eu le virus que l’on a appelé le Marseillais  et qui a fait l’objet d’une publication. Ensuite, il y a eu le virus qu’on a appelé Marseille 4 , qui a envahi l’Europe et qui a fait des milliers de morts. Et maintenant, le virus dit Anglais  a pratiquement remplacé le virus Marseille 4 . Il y a également le virus Sud-Africain , puis un nouveau qui apparaît qu’on appelle Marseille 501, qui a fait plus d’une centaine de cas. Le Marseille 501 est un variant assez résistant aux anticorps. Nous ne savons pas ce qu’il va advenir de celui-là, il y a des cas qui ont été trouvés et qui ont été séquencés à l’Institut Pasteur, en partie chez des gens qui venaient des Comores. 

Quelle est l’origine de ces variants  ? 

Il y en a pour lesquels nous commençons à comprendre les choses. Ce que nous avons appelé un variant, c’est un virus qui n’a pas qu’une mutation, mais plusieurs mutations différentes. 

Et lorsque l’on voit apparaître toutes ces mutations d’un coup, c’est que ce virus s’est développé quelque part vous ne l’avez pas vu. Il peut y avoir des épidémies souterraines inconnues. Maintenant nous avons des exemples chez les animaux, comme les chauves-souris mais, en Europe, l’exemple que nous avons est celui des visons. 

Il y a eu d’énormes épidémies qui ont commencé en mai 2020. L’OMS, le 15 juin, a fait une alerte mondiale sur les visons – Faites attention, il y a des élevages de visons et des visons sauvages qui peuvent être à l’origine de mutants -. Moi, je suppose que le Marseille 4, celui qui a une telle diffusion est originaire de visons, voici mon hypothèse. Je dis cela car nous avons vu toutes les mutations apparaître en même temps. 

À un moment T en France, en juillet 2020, nous voyons qu’il n’y a plus du tout de cas, puis ça réapparaît en Mayenne. 
La Mayenne se situe juste entre 2 zones, une zone dans laquelle il y a beaucoup de visons et de furets sauvages. Il y a également des visons et des furet dans le sud-ouest et des cas sont apparus très précocement, pratiquement en même temps que chez nous. Tous nos génomes sont mis sur le site d’accueil de tous les génomes mais le génome du vison, nous n’arrivons pas à l’avoir. Ce génome est très important parce que si c’est effectivement ce génome qui est la cause de toute cette épidémie, il faudra bien expliquer… Il faut essayer de comprendre si la cause a été des animaux parasites qui viennent boire le sang d’autres animaux ou si c’est parti d’animaux qui ont été en contact avec cet élevage de visons. C’est une vraie question. 

Pour l’instant nous ne pouvons pas répondre car nous n’arrivons pas à avoir des données et c’est une chose assez choquante pour lequel j’ai protesté, l’objectif est de dire si oui ou non c’est le même génome que celui qui a provoqué cette énorme épidémie qui a touché toute l’Europe en faisant des milliers de morts. C’est une vraie question et j’espère que nous comprendrons car cela nous éclairera pour le futur. 

Je ne sais pas s’il reste actuellement d’autres élevages de visons mais c’est une bombe à nos portes. Nous savions depuis mai, que c’était transmissible à l’homme et qu’ il pouvait y avoir des transmissions interhumaines avec ces mutants de visons. Il y a une réelle question autour de cela qui est à analyser et à comprendre.

Il y a des domaines sur lesquels en France nous avons beaucoup progressé notamment sur la transparence, sur la santé publique, nous avons des chiffres, le nombre de cas estimés, les séquences etc… 

Mais j’ai été très choquée que les données des essais thérapeutiques dirigés par l’Inserm ne soient pas disponibles. Il a fallu 3 mois supplémentaires pour pouvoir simplement regarder les données. C’est très choquant. Ce sont des données qui appartiennent à l’état, ce n’est pas la propriété de qui que ce soit en personne. Et là je suis très choqué qu’effectivement on ne puisse pas avoir ces données qui concernent absolument tous les gens qui font de la recherche sur cette maladie et qui essayent de comprendre quelle est la source de cette énorme épidémie qui a ravagé l’Europe. 

Propos retranscrits par Angelina Hubner

L’intégralité de cet entretien est à retrouver sur la chaine Youtube de l’IHU Méditerranée-Infection

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