Raoult Covid 19 Coronavirus
Professeur Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses, directeur de l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection.

Pour le Professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection, la corruption liée à l’industrie pharmaceutique est une réalité. Pour lui, il est essentiel de « recréer de l’étanchéité entre les activités publiques et les liens d’intérêts avec l’industrie ».

« Ça m’amuse beaucoup d’entendre parler de complotisme. Les grands laboratoires comme Gilead, AstraZeneca, Pfizer ou GSK ont déjà tous été condamnés pour corruption. Peut-être qu’ils ne le font plus, c’est possible, mais… Gilead a été condamné à 97 millions de dollars, Pfizer a été poursuivi à hauteur de 60 millions de dollars pour des décennies de corruption et AstraZeneca a été poursuivi à 5,52 millions de dollars pour corruption à l’étranger. Quant à GSK, il a été condamné pour corruption en Chine.

« Il ne faut quand même pas penser que j’invente la corruption liée à l’industrie pharmaceutique ! »

Les publications scientifiques sont un secteur très rentable. Une partie extrêmement significative des recettes des journaux scientifiques vient directement de l’industrie pharmaceutique. La corruption est une mécanique des fluides : on ne donne pas d’argent à quelqu’un si on n’en attend pas un service. Donc, ceci existe et ça fait partie de la nature humaine. C’est la loi qui doit le régler et donc il faudra bien aller au bout de la loi. Cette notion-là se met peu à peu en place.

« Recréer de l’étanchéité entre les activités publiques et les liens d’intérêts avec l’industrie est une chose essentielle »

Il faut faire attention à la corruption des grands journaux, c’est un énorme problème. Les gens qui réfléchissent à ça en sont à dire : « Pour les essais thérapeutiques, il faut maintenant avoir des journaux à part entière ou pas de journaux du tout. » Recréer de l’étanchéité entre les activités publiques et les liens d’intérêts avec l’industrie est une chose essentielle.

La loi impose à chaque fois que l’on intervient sur un media de déclarer les conflits d’intérêts, y compris pour tous ces personnages qui passent sur les plateaux télévisés. Ils devraient à chaque fois dire : « Écoutez, j’ai un lien d’intérêt avec tel ou tel laboratoire. » Cela éviterait un mélange des genres et des suspicions justifiées. C’est un point qui est négligé en France, je pense qu’il faut arrêter de dire que c’est du complotisme parce qu’il y a des gens qui ont été condamnés à des sommes absolument colossales pour corruption. Il ne faut donc pas découvrir brutalement que les laboratoires peuvent corrompre les prescripteurs.



Personnellement, je ne trouve pas que de participer à des essais thérapeutiques dirigés par un laboratoire contribue à la connaissance spécifique. Si aucune équipe française n’avait évalué ni le Remdisivir, ni les médicaments contre le sida, ni les médicaments contre les hépatites, je ne crois pas que cela changerait quoi que ce soit aux recommandations.

Il y a donc une partie de ces essais qui sont faits parce qu’il faut que quelqu’un les fasse, que ce soit en France, en Angleterre ou en Espagne, et ensuite il faut que ce soit confirmé sur le terrain indépendamment de l’industrie pharmaceutique, de manière à ce que l’on puisse avoir une véritable évaluation. Plutôt que de se pencher sur la méthodologie, le comité d’éthique devrait se poser des questions sur la morale des essais thérapeutiques. »

L’intégralité de l’intervention du professeur Didier Raoult est à retrouver sur la chaine Youtube de l’IHU Méditerranée-Infection

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