Présidentielles : « Ne demandez pas le programme, s’il vous plaît ! »

Tribune. La campagne présidentielle a donc été lancée bel et bien par le débat télévisé Zemmour-Mélenchon.

Celui-ci au demeurant a été d’une excellente tenue, et pour une fois on a appris des choses. Les autres compétiteurs devraient s’en inspirer. J’entendais un commentateur se désoler que l’argumentaire ait été porté par les protagonistes à un haut niveau de connaissances, selon lui. Quelle erreur, et comment se permettre de jauger le niveau de qui parle! Aurait-on peur que la marmite ne déborde?  Ce qui désole c’est la faiblesse des connaissances, et certes pas le contraire.

Comme le disait avec justesse le philosophe Fontenelle, l’argumentaire des sots est compris dans la proportion de l’individu située entre la hanche et le genou. Il est à souhaiter que l’exemple de ce débat serve et que par une émulation vertueuse les concurrents naturels de nos compétiteurs voudront se situer à la même hauteur dans les mois qui vont suivre.

Ça nous changera de la récurrence sportive et des approximations sémantiques, parfois hélas en provenance de notre grand allié américain, si riche en bons conseils et leçons de morale et souvent si  pauvre au plan du vocabulaire. Pour donner des leçons il faut des mots, c’est encore mieux que des idées reçues. Pour dire le vrai, la machine à faire des procès en permanence aux morts comme aux vivants, ça finit par lasser. N’en jetez plus, la coulpe est pleine! Le programme dans tout ça? Justement, on n’a pas besoin de programme! « Demandez le programme! », c’était avant comme le dit la publicité. Tout programme rédigé en fonction d’événements à venir que l’on ignore encore est nécessairement un tissu d’inepties et toujours un piège à dupes.

L’élection présidentielle qu’a voulue le général De Gaulle, c’est la désignation d’un homme choisi pour sa qualité à surmonter l’imprévu . C’est cela diriger, en aucun cas prévoir l’avenir, car nul ne peut prétendre avoir ce talent, hors les menteurs, les escrocs et les fous. Bien connaître l’histoire de son pays, enchaîner des raisonnements en sachant les rendre compréhensibles au tout- venant, voilà me semble-t-il la condition préalable qu’exige la direction des hommes.

Vouloir  que  quiconque brigue la charge suprême  se lie les mains par l’élaboration d’un catalogue d’actions destinées à répondre à des circonstances qu’il ignore, c’est vouloir lui tendre un piège pour pouvoir ensuite le manoeuvrer, par le chantage à la trahison des promesses. La ruse est grossière et elle se voit de loin. Quand il fut élu en 1958, le général De Gaulle n’a certes pas dit à son électorat qu’il allait rendre l’Algérie indépendante, pour la bonne raison qu’il n’en savait rien à l’époque. Il reste qu’il a su réagir à l’événement, qu’on s’en félicite ou qu’on s’en plaigne.

De son côté, propulsé au pouvoir par une combinaison improbable de robespierristes et de thermidoriens menés par l’abbé Sieyès et les membres les plus avertis de l’Institut, regroupés dans un club quasi secret nommé Les idéologues , le général Bonaparte n’a certes pas claironné qu’il allait mettre un terme à la Révolution, et c’est ce qu’il a fait pourtant. Ce qui a primé c’est le choix de l’homme, ce n’est pas son programme, au pire un handicap, au mieux un voeu pieux. La joute a commencé, espérons que ce qui va suivre ne nous décevra pas .

Le peuple est le roi nous dit-on. Il fut d’usage à Rome que les gladiateurs allassent saluer l’Empereur avant le combat en ces termes : « Ave César, ceux qui vont mourir te saluent ». Voilà le hic comme l’a fait dire Shakespeare à Hamlet. Le pire serait qu’avant de succomber ils ne fassent mourir d’ennui l’électeur par un tissu de fadaises dénonciatoires et reprocheuses : il faut continuer à viser haut.

Alors peut-être le résultat sera-t-il à la hauteur précisément. Cela suppose également pour bien faire que l’attente d’une compétition de qualité soit relayée par les commentateurs professionnels, toujours prompts à faire étalage d’une pseudo commisération populaire, en demandant par pure démagogie aux orateurs d’estropier la langue pour mieux se faire comprendre d’une population qu’ils présument avec désinvolture, ignorante et « mal-comprenante ».

Soyez grands mesdames et messieurs, c’est ce qu’on attend de vous. On ne mendigote pas le suffrage, quand on le mérite, on le réclame!

Jean-François Marchi

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