Tout concourait pour qu’elle fasse un gros score. Faits divers en cascades, policiers agressés, dérives de l’islamisme, rendant plausibles une exaspération légitime dans les urnes de nos concitoyens vis-à-vis des problèmes d’insécurité ou d’immigration non contrôlée. Et voilà que le FN, rebaptisé Rassemblement National se prend les pieds dans le tapis.

Enregistrant même lors de ces élections régionales un score bien plus faible (18,9 %) que celui record obtenu cinq ans plus tôt, avec 30% en 2015. Le RN n’est plus en position de l’emporter dans aucune des régions  où on l’annonçait en tête  . Seule incertitude,  en PACA  , où le maintien inattendu de la liste écologiste de Jean-Laurent Felizia (15 % )rend encore plausible la victoire de l’ancien ministre des transports de Nicolas Sarkozy , Thierry Mariani  (35,9 % des voix ) face à son ami de toujours , Renaud Muselier (33% ).

Comment en est-on arrivé la ? Certes, le taux exceptionnel d’abstention (67,8 % contre 50,09 % en 2015) ne facilite pas l’analyse du scrutin. Beaucoup d’électeurs ont sans doute préféré prendre du champ avec les isoloirs pour célébrer le premier dimanche d’après déconfinement. Toujours est-il qu’en cette période particulièrement troublée, tout concourait à faciliter le succès du RN. C’est un grave échec pour Marine Le Pen qui, décidément à 52 ans, n’arrive pas à attirer à elle un nouveau volant d’électeurs malgré toute son expérience, un parti uni derrière elle et des circonstances politiques propices. Manque de crédibilité, équation personnelle peu rassurante, ton agressif, phrases à l’emporte-pièce, un nom, Le Pen, diabolisé, un programme économique incongru et quasi inchangé depuis 5 ans (lire à ce sujet l’excellente analyse d’Hervé Leblanc publiée le 16/01/2021 sur le sujet sur Entreprendre.fr).

Avec des propositions démagogiques (rétablissement de l’ISF et de la retraite à 60 ans…), et une dernière mesure sur la création d’entreprise qui allait dans le bon sens : en voulant développer l’esprit d’entreprendre mais qui a semblé improvisée. Pourquoi faire attribuer une aide financière de l’État alors qu’il aurait été si simple d’instituer, comme cela se pratique aux États-Unis, une déduction fiscale de tout investissement d’un particulier dans le capital d’une nouvelle entreprise. Passons.

Les Français voient bien que la solution à leurs problèmes ne passe pas par l’arrivée  au pouvoir du RN. Celui-ci ne peut se faire qu’en désespoir de cause, et il risque d’engendrer plus de problèmes qu’il n’est censé apporter de solutions (grèves, soulèvements en banlieues, tension dans la populations, crise financière…). Autant d’éléments que bien de nos compatriotes ont à l’esprit. Même si la manière dont beaucoup de politiques ou médias réduisant le RN à un parti d’extrême droite, anti-républicain, est outrancier eu égard à son programme, celui d’une droite classique et à son attitude car, depuis sa création, ce parti a toujours respecté la démocratie et le verdict des urnes. La ficelle est grosse mais elle continue de marcher. Elles assurent pour les partis classiques une rente de situation. Jusqu’à quand ?

Ne nous voilons pas les yeux. Beaucoup de nos compatriotes approuvent aussi sur le fond les mesures de Marine Le Pen en matière de contrôle strict de l’immigration, de renforcement des sanctions pénales contre les délinquants ou en matière de soutien aux forces de l’ordre, voire de souveraineté diplomatique vis-à-vis des deux blocs, y compris vis-à-vis des institutions européennes. Un européisme béat dans lequel notre président actuel s’est un peu trop imprégné justement !

D’où cette situation singulière au plan politique, où l’on voit des sondages à moins d’un an du scrutin décisif prévoir plus que jamais un affrontement Macron-Le Pen, tout en indiquant que personne ne le souhaite ! Un duel probable mais pas souhaité ! Les électeurs veulent un renouvellement ; une chance pour un candidat libre ; un grand entrepreneur, un penseur, un dirigeant expérimenté, voire un militaire…

Au-delà du score record d’abstentions, beaucoup estiment ne pas se retrouver dans les partis et les représentants classiques tels qu’ils sont proposés. Et le moins qu’on puisse dire est que le parti « En Marche », censé incarner une troisième voie, est avec 10 % des votes à l’arrêt. Nos concitoyens aspirent à une troisième voie, un peu comme l’avait esquissée avec talent Arnaud Montebourg. Une politique plutôt de droite sur le plan régalien et plutôt à gauche sur le plan social. Échaudés par les piètres résultats enregistrés par notre pays, les Français semblent avant tout en recherche d’ordre, d’efficacité, de calme, d’autorité, de prospérité et de justesse. C’est la raison pour laquelle ils avaient été prêts il y a cinq ans à faire confiance à ce fringant et entreprenant jeune homme qu’était Emmanuel Macron. Qu’on le veuille ou pas, il avait eut le mérite de redonner un peu d’espoir. Celui que la France soit de retour. Que de rendez-vous gâchés depuis cinq ans. Le bon score des LR avec 29% est certes encourageant, notamment pour Xavier Bertrand qui avec un score de 42,10 % dans les Hauts-de-France, vient conforter sa place de favori pour les présidentielles à droite. Mais il devra aussi savoir s’adresser au électeurs RN, même s’il n’en prend pas le chemin à l’heure actuelle.

Marine Le Pen pourra-t-elle comprendre qu’elle bloque plus qu’elle n’ouvre les perspectives du redressement. En capturant un quart des voix, son absence de crédibilité les stérilise, empêchant le pays dans ses profondeurs de disposer d’un candidat de redressement juste mais décidé, ferme mais ouvert, réaliste et entraînant. Si elle renonçait à se présenter, elle contribuerait à rouvrir un jeu politique bloqué, d’autant que la situation du candidat Macron n’est guère satisfaisante non plus.

Si on voulait être complet, on pourrait rajouter que la menace judiciaire qui plane sur les financements du RN donne au pouvoir en place une carte de dernière minute pour venir biseauter le verdict de suffrages qui la placerait de manière trop favorable. Depuis l’Affaire Fillon où le Parquet national financier a complètement bousculé les conditions mêmes du scrutin, peuvent laisser beaucoup d’entre nous méfiants à défaut d’être rassurés. Plus globalement, on ne va pas pouvoir laisser indéfiniment plus du quart ou du tiers de notre population dans une ornière, en les traitant de tous les noms. Car oui, les problèmes d’insécurité, d’immigration et d’assimilation sont désormais déterminants pour l’avenir de notre pays ! Et nous n’avons pas trois générations pour les régler. Cela va se passer en 2022 ! Après, il sera bien tard, comme le dit Houellebecq avec le talent qu’on lui connaît.

Robert Lafont

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