Pour la troisième fois, le chef de Debout La France se lance dans la bataille pour la conquête de l’Élysée. Convaincu qu’il représente la seule alternative crédible face au duel annoncé par les sondages entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, fort des 7 % d’intention de votes dans les enquêtes d’opinions, affiche son ambition et ses convictions souverainistes. Pour le député de l’Essonne, les électeurs ne doivent pas se laisser dicter leurs choix par les médias. Dans ce grand entretien qu’il nous a accordé au siège de son parti, dans le 15ème arrondissement de Paris, Nicolas Dupont-Aignan l’affirme haut et fort : il peut gagner en 2022 et provoquer la surprise à laquelle personne ne s’attend. Entretien avec un homme déterminé, qui se décrit lui-même, avec humour, comme « un énarque défroqué », et qui en appelle au sens des responsabilités des Français.

Nicolas Dupont-Aignan, est-ce que votre troisième candidature aux présidentielles de 2022 ne va pas ressembler à une simple candidature de témoignage ?

NICOLAS DUPONT-AIGNAN : Non, je ne le crois pas. C’est une candidature pour gagner. Aujourd’hui, il y a 7 % des Français qui se disent prêts à voter pour moi alors que j’ai très peu de temps d’antenne et de présence dans les médias. Je suis donc convaincu que je suis tout à fait capable d’être présent au second tour et de battre Emmanuel Macron. C’est mon objectif. Le Président a montré son incompétence et a gravement divisé les Français. C’est un gâchis immense pour la France.

Comment jugez-vous l’affirmation de Marine Le Pen qui déclare : « Je vais gagner la prochaine élection présidentielle » ?

C’est normal qu’elle le pense. Mais 70 % des Français ne veulent pas d’un nouveau duel Macron- Le Pen. La question est très simple : est-ce que nous sommes encore en démocratie ? Est-ce que ce sont les médias qui décident de l’élection présidentielle ou est-ce que ce sont les Français qui choisissent ? Je suis candidat parce que j’estime que j’ai un projet de redressement national qui peut rassembler les Français.

Après, c’est aux Français de choisir mais ce que je refuse, c’est cette espèce de chape de plomb instaurée par les médias avec ce duel  Macron-Le Pen, avec un second tour obligatoire rêvé comme en 2017 pour permettre la réélection de Macron. Je ne veux pas polémiquer avec Marine Le Pen mais je doute de la capacité de Marine Le Pen à gagner. J’estime que j’ai un véritable projet patriotique, sérieux et crédible pour l’économie, l’immigration ou l’ordre public et je le présente aux Français. Mais je ne me pose pas la question tous les matins pour savoir si j’ai la chance ou pas de l’emporter en 2022.

Donc, vous ne dites pas, contrairement à Marine Le Pen: « Je vais gagner en 2022 » ?

Non, je ne suis pas un enfant, j’ai passé le stade de l’enfance ! Je dis par contre que je peux gagner. Le projet patriotique que je propose est à la fois adapté à notre époque et aux souhaits des Français. Et je suis convaincu qu’on ne battra Emmanuel Macron que si on propose un programme économique très solide et qui ne fait pas peur à nos concitoyens. Et si ce projet est porté par une personnalité capable de gouverner et de rassembler.

J’estime que je peux représenter ce choix et que j’ai le droit de l’exprimer, si je suis à armes égales avec le système médiatico-politique.

Pensez-vous que dans le contexte politique actuel Les Républicains ont de leur côté une possibilité de l’emporter en 2022 ?

Le problème des Républicains, c’est d’abord leur manque d’idées et leur projet. Et il y a une grande partie des Républicains qui sont proches d’Emmanuel Macron et une autre partie qui me soutient. Mais c’est la même chose avec le Parti Socialiste dont beaucoup de membres soutiennent le Président de la République.

Ces deux partis ont tout simplement été vampirisés par Emmanuel Macron. Moi, j’ai toujours été clair, net et précis dans mes convictions depuis 20 ans. Maintenant, c’est aux Français de savoir s’ils veulent se comporter en citoyens adultes et ne pas accepter le système médiatique qui veut imposer sa préférence. Est-ce que les Français veulent être les maîtres de leur destin en 2022 ou bien subir la machine médiatique ? C’est ça le choix ! Et vu la gravité des circonstances, je crois qu’un sursaut démocratique est possible. Je dis aux Français : Réveillez vous ! Sortez de votre torpeur !

Vous faites partie des dirigeants politiques qui ont fait l’ENA. Quel est votre jugement sur le discours anti-énarques ?

Je suis un énarque défroqué, puisque je ne suis resté que 4 ans dans l’administration et que je n’y appartiens plus depuis 1995. Je n’estime donc pas être le représentant des énarques. Mais le vrai problème n’est pas dans l’ENA, c’est dans le fait que le gouvernement a abandonné son pouvoir aux technocrates, et en particulier à ceux de Bruxelles. C’est une réalité.

Le problème, c’est la démission politique, le pouvoir n’appartient plus à ceux qui ont été élus ou qui nous gouvernent. On l’a encore vu récemment avec Bruno Le Maire qui a cédé aux exigences de Bruxelles dans le dossier de l’assurance-vie. Donc, l’ENA n’est vraiment pas le principal problème. Nos élites ont simplement cédé devant Bruxelles et la bureaucratie galopante. Tout le thème de ma campagne sera celui là : je vais proposer aux Français de reprendre le contrôle de leurs affaires !

Imaginons que vous êtes élu Président de la République en mai 2022, quelles seraient les trois premières mesures que vous décideriez dans les premiers jours de votre prise de fonctions ?

Ma première mesure sera le contrôle des frontières et la fin des accords de Schengen, sans négociation. Pour en finir avec l’immigration sauvage. La deuxième mesure, ce sera la baisse de moitié de l’impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis sur le sol français et la suppression des droits de succession sur la résidence principale et sur les PME. C’est-à-dire lancer le processus de relocalisation pour la création d’1 million d’emplois, et donc récompenser le travail.

Et la troisième mesure sera que pour toute allocation sociale distribuée par l’État doit correspondre une journée de travail pour la collectivité pour mettre fin à l’assistanat. Et j’en rajouterai une quatrième : c’est l’instauration du RIC, le référendum d’initiative citoyenne afin de débloquer la société en offrant aux citoyens le droit de s’exprimer et de décider sur différents thèmes. Les Français ne veulent plus d’un roitelet qui décide de tout, ils n’en peuvent plus. Il faut donc redonner la voix au peuple et le RIC le permettra. Je pense qu’il faudra instaurer une dose de 10 %  de proportionnelle.

Et toujours dans cette même optique de redonner le pouvoir de décision aux Français, j’organiserai un référendum par an : un sur l’Europe, un sur l’immigration, un sur la justice pour un nouveau Code Pénal, un sur l’éducation et autre sur l’assistanat. Je veux mettre le peuple à l’Élysée. C’est l’essence même de la Vème République et du projet du général de Gaulle. Il faut mettre fin à l’oligarchie française, s’appuyer sur les Français et débloquer notre société. La France est en train de crever parce qu’une minorité médiatique et financière a pris en otage la France.

Et si vous êtes élu à l’Élysée, où se déroulerait votre premier voyage à l’étranger ?

Ce sera au Maghreb. Si on ne traite pas le problème du développement économique et démographique au Maghreb, c’est-à-dire en Algérie, en Tunisie et au Maroc, ainsi qu’en Afrique, l’Europe sombrera comme  jadis Rome face à l’immigration sauvage. L’Afrique va doubler sa population dans 30 ans, avec 1 milliard supplémentaire d’habitants. C’est colossal, c’est un tremblement, c’est un tsunami démographique.

Et je pense que nous avons un rôle fondamental à jouer pour que les Africains et les Maghrébins puissent se développer chez eux. Si on ne fait rien, l’Europe est foutue ! Et je ne ferai pas comme les autres Présidents qui se sont se précipités à Berlin le jour même de leur investiture. Avec moi, ce sera fini la génuflexion devant l’Allemagne. Le temps de la soumission française sera terminé ! Et j’irai aussi très vite rendre visite à mon ami Boris Johnson à Londres pour lui montrer que la France a, elle aussi, choisi de retrouver sa souveraineté et sa liberté.

Quelle décision prendriez-vous par rapport à l’Union européenne quand on sait vos positions souverainistes et votre opposition à la Commission de Bruxelles ?

Je proposerai immédiatement à nos partenaires européens un traité permettant de remplacer l’Union européenne, un nouveau traité des nations européennes. Il est prêt, nous l’avons rédigé et déjà présenté. On retrouve dans ce traité les libertés fondamentales de chaque nation comme le contrôle des frontières, on suspend les sommes allouées à Bruxelles et on n’obéit plus aux directives de la Commission européenne pour la politique industrielle, on met fin aux travailleurs détachés. Et si nos partenaires refusent ce nouveau traité, je leur dirai : la France quitte l’Europe.

Mais ils ne refuseront pas car si notre pays doit s’en aller comme l’a fait la Grande-Bretagne, il n’y aura plus d’Union européenne. Il ne s’agit pas d’un Frexit, mais d’une renégociation complète de tous les traités pour retrouver la seule Europe qui marche, celle des nations libres. Une Europe qui redonne là aussi le pouvoir aux citoyens et qui se muscle sur de grands projets, comme on l’a fait sur Airbus, mais en se basant sur 4 ou 5 grands pays, pas en cherchant l’accord impossible de 27 pays. Cela peut être sur la recherche médicale, l’économie quantique, l’intelligence artificielle, l’hydrogène ou l’aide aux pays du Sud. Une Europe forte, pouvant affronter la Chine et les USA, mais qui ne se mêlera plus des vies nationales de chaque pays. Ni le Frexit, ni la soumission actuelle !

Et quelle serait votre position sur ce qu’on appelle la dette Covid ?

La dette Covid, il faut la laisser à la Banque centrale européenne. Elle n’existe plus de fait, mais il ne faut pas dire : on va annuler cette dette ! Car cela fait peur, surtout quand on emprunte beaucoup. Cette dette, il faut la cantonner. Le vrai débat est comment la dette sert à investir et comment on peut réduire de 100 milliards d’euros la dépense publique pour les redéployer en trois parties : une pour la baisse des charges des PME et des droits de succession pour l’immobilier et les PME ; l’augmentation de 5 % du salaire net de tous les Français, en dessous de 5000 euros par mois, par la diminution des charges salariales et la lutte contre la fraude sociale quand on sait qu’il y a plus de 2 millions de fausses Carte Vitale qui circulent en France ; et enfin,  la reconstruction des services publics, principalement pour tout ce qui est régalien et les hôpitaux, avec la création d’un nouvel hôpital par région.

Pour terminer, croyez-vous à l’hypothèse d’une candidature d’Éric Zemmour ?

Je ne crois que ce que je vois, et pour l’instant, Éric Zemmour n’est pas candidat. Mais j’en doute un peu. Par contre, lui comme Michel Onfray, deux personnalités éblouissantes, peuvent jouer un vrai rôle durant la prochaine campagne. Ils pourraient d’ailleurs faire partie de mon équipe si j’étais Président tout comme lé député LR Julien Aubert, Natacha Polony, voire même Arnaud Montebourg ou Marine Le Pen. Ce sont tous des patriotes, qu’ils soient de droite ou de gauche. Avec la même vision que moi sur, l’indépendance de la France, l’effort et la justice.

Propos recueillis par René CHICHE

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