Photo Patrick Batard / ABACAPRESS.com

Ces élections surprennent non pas par le classement mais par l‘ampleur de l’écart existant entre les candidats du podium de tête (Macron 27,84% des voix, Le Pen 23,15 %, Mélenchon 21,95%) et les autres.

À croire que la multiplication des sondages et surtout la place qu’ils occupent dans les médias, finissent par supplanter l‘analyse des candidats et des programmes. Oui, ces estimations à répétition influent notablement sur le vote des citoyens dont, rappelons-le, près d‘un tiers ne savait même pas pour qui ils allaient voter le jour même des élections.

Le vote dit utile a joué à plein. Ainsi, nombre d’électeurs prêts a voter Pécresse par exemple auront voté en final Macron, le même processus a du jouer de Zemmour vers Le Pen, ou d‘Hidalgo vers Mélenchon. Chaque citoyen ne veut pas compter pour du beurre et veut que son choix soit prégnant en final. Pourquoi voter Dupont-Aignant même si on l’apprécie alors qu’on nous assène qu‘il n‘a aucune chance d’accéder au second tour.

Si on analyse succinctement le score de chaque candidat. Que peut-on dire à chaud sur chacun d‘entre eux ?

Macron : après le Covid, il peut remercier Poutine. Grâce a lui, on a davantage parlé, dans les trois dernières semaines de campagne, d‘Ukraine que de son bilan. Il a un vrai talent de communicant, et la posture présidentielle semble lui aller comme un gant malgré certains excès d’arrogance ponctuels.

Dommage simplement qu‘il ne soit ni souverainiste ni d’avantage actif sur le champ régalien (insécurité ou contrôle de l‘immigration). S‘il l’avait été, il n’y aurait plus de match. Une réélection dans un fauteuil malgré toutes ses impérities dans le cadre du redressement des comptes publics. Un autre vrai grand sujet, n‘est -ce pas chère Agnès Verdier-Molinié ? (Lire sa chronique mensuelle dans le magazine Entreprendre)

Le Pen : ce n‘est plus la même candidate qu‘en 2017. On nous l‘a changée. Le mensuel VSD parlait à juste titre de métamorphose. Malgré les nombreux départs en direction de « Reconquête « , elle a su garder son calme durant la tempête. Son sourire et sa capacité à se mettre au niveau de ses compatriotes a fait le reste. Un élan de sincérité bienvenu dans ce type de campagne électorale où les communicants s’escriment à vouloir tout maîtriser. Marine Le Pen ne fait en cela que récolter tout le travail et l’expérience engrangée en 3 campagnes présidentielles. Ce n’est pas donné à tout le monde. À 55 ans, Marine en a vu d‘autres. Tout résidera, d’ici le second tour, sur sa capacité à pouvoir faire l‘alliance des patriotes (avec des élus LR comme Éric Ciotti, Julien Aubert, Nadine Morano ou Jacques Myard), dans un esprit de concorde et de réformes fermes sur les sujets régaliens. Un défi d‘autant plus ardu que personne n‘a réussi à le faire depuis des lustres…



Mélenchon : le leader des « Insoumis  » excelle dans l’art oratoire. Dans ce domaine, il est au dessus du lot. Dommage, que l’ancien ministre de la formation professionnelle de Lionnel Jospin ait cru devoir se mettre au service de causes ambiguës (l’islamophobe-gauchisme, le désarmement des forces de l’ordre, ou la spoliation des hauts patrimoines) qui ne sont guère porteuses pour l’avenir de notre pays.

S‘il avait été de droite ; Il aurait plié le match depuis longtemps. Si au lieu de parler de « créolisation « , il avait insisté sur le souverainisme, Eric Zemmour n‘aurait pas pu réussir sa percée. C‘est d’ailleurs à Trappes ou en Seine-Saint-Denis que Jean-Luc le Rouge réalise ses meilleurs scores. C‘est dire ce qu‘il est obligé de promettre pour arriver à de tels niveaux. Il est toujours aussi repoussant sur ses thèses économiques visant à exproprier carrément des riches qui ont pourtant gagné leur patrimoine en toute légalité. S’il gagnait un jour, ce qui n‘est pas à souhaiter, il ferait à coup sûr le bonheur de nos voisins suisses ou luxembourgeois.

Zemmour : la Reconquête devra encore attendre. Telle une comète, l‘ex polémiste de CNews a du retomber sur terre après avoir tutoyé les étoiles. Certains sondages le propulsaient avant les fêtes même au second tour. Sa fulgurante progression à ce moment-là témoigne que ses idées répondent à une véritable attente dans la population. Rien ne sera plus comme avant. Grâce à lui, on peut désormais ouvrir les débats relatifs au « grand remplacement  » ou à « l’insécurité et l’immigration“. Tant mieux, car ce n‘est pas en faisant la politique de l’autruche qu’on règle des problèmes aussi essentiels. Il aura quand même manqué à Éric Zemmour certaines qualités d’empathie et d’ouverture pour réussir à transformer l’essai. On ne passe aussi facilement du statut d’écrivain à celui d’homme d‘Etat et en quelques mois. Cela suppose un minimum d’expériences et de vécu qui visiblement lui ont fait terriblement défaut. Sans même parler de ses bévues impardonnables sur des sujets aussi sensibles que le statut des Juifs. Dommage, son programme économique semblait excellent.

Jadot : le héraut de l’écologie politique aurait pu être l’une des belles surprises de cette campagne. Tiraillé entre les outrances de la sulfureuse Sandrine Rousseau (au passage toujours vice-présidente des l’université de Lille, malgré ses absences répétées) et les aberrations économiques d‘un parti toujours aussi obnubilé par le gauchisme ou des thèses contestables relatives au wokisme voire au féminisme militant qui n’ont plus rien à voir avec le combat anti -pesticides par exemple. Parti attrape-tout, les Verts n’attrapent qu‘une frange très politisée des écologistes. La défense de l‘environnement reste pourtant un enjeu qui dépasse les clivages politiques traditionnels. Yannick Jadot en bon politicien ne semble guère avoir d’idéal. Ancien patron de Greenpeace, derrière son visage avenant de fils de paysan de la Somme, il glisse petit à petit vers la pente d‘un ambitieux comme un autre. Rendez-nous Brice Lalonde !

Pécresse : on ne tire pas sur une ambulance tant la présidente de la Région Île-de-France semble avoir confondu élection locale et candidature à la magistrature suprême. On n’est pas là pour entendre des mesures techniques ou catégorielles. Les électeurs attendent un programme d‘envergure nationale qui les fassent un minimum vibrer. Surtout dans un pays comme la France, pays le plus politique du monde. D’autant plus quand on s’est l‘ héritière du parti gaulliste. Un parti, les LR qui, précisément, semble avoir perdu ses fondamentaux en la matière. Que ce soit sur la souveraineté politique ou sur la relance des entreprises et des entrepreneurs. Après tout, ce n‘est peut être pas de sa faute si ce parti devient chaque jour un peu plus un syndicat d‘élus en mal de réélections. On est loin du courage et de la rupture gaulliste originelle.

Pour les autres candidats, jean Lasalle créé la surprise avec plus de 3,2% des voix. Sans aucun soutien, éliminé du débat de TF1, cet homme courageux a trouvé visiblement un écho dans nos terroirs oubliés de la République. Son bon score résonne comme un avertissement aux élites qui snobent la France profonde. Déception aussi pour Nicolas Dupont-Aignant, avec 2,1%, même si beaucoup de nos concitoyens semblent l’apprécier pour son bon sens et son réalisme. Victime lui aussi du vote utile comme Fabien Roussel, le neo-communiste paye peut être, avec 2,3 % des voix, son incapacité à se détacher clairement du stalinisme. Allez savoir.

Hidalgo, elle, avec un score de 1,8 %, malgré le soutien du PS, devrait songer à démissionner de son mandat de maire de Paris. Ce n‘est plus un désaveu, c‘est une Berezina !

Robert LAFONT

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