L’hommage de Robert Lafont à Bernard Tapie : « Entreprendre est fier d‘avoir été toujours à ses côtés… »

Il fait partie de ces hommes qui ont profondément marqué notre société depuis 40 ans. Bien plus que certains ministres ou dirigeants dont on a déjà oublié le nom et l‘action, quand elle existe.

Bernard, lui, a l‘immense talent, si rare, de pouvoir entraîner autour de lui autour d’un projet, galvaniser et dynamiser des hommes d‘une manière unique. L‘OM aurait- Il gagné la coupe d‘Europe des Champions sans l’état d’esprit de ce gagneur sans pareil ? On peut en douter. Idem quand il est allé chercher Bernard Hinault au moment où le « Blaireau  » voulait tout arrêter.


Pas la peine de l’avoir rencontré pour tomber sous le charme de ce séducteur énergétique. Il suffisait de le voir quelques minutes à la télévision pour comprendre que son magnétisme n’était pas comme les autres. Son ami Jean-Louis Borloo peut en témoigner, lui qui le
premier, est allé le chercher au début des années 80, alors qu‘il était inconnu, pour tenir des conférences à HEC. Avec sa formidable émission  » Ambitions“ sur TF1, il a transformé chaque Français en apprenti entrepreneur. Je peux témoigner qu’à l’époque des dizaines de jeunes venaient nous voir directement au Journal Entreprendre pour pouvoir monter leur boîte.

Ils avaient vu Bernard Tapie à la télé. Ils voulaient faire comme lui. Le magazine Entreprendre aurait-Il existé sans lui. C‘est peu probable. Lorsque nous avons lancé avec une petite équipe, dont Eric Roquebert, en octobre 1984 le premier numéro d‘ Entreprendre, c‘est lui que nous avons mis en couverture sans hésiter. À l’époque, aucun magazine n’avait mis en une ce jeune bretteur de La Courneuve, apprenti homme d‘affaires et qui prétendait vouloir récupérer pour la France les châteaux « volés  » de l’empereur de Centre-Afrique, un certain Jean- Bedel Bokassa.

Déjà le sens du panache. Je me souviens qu’à l’époque nous avions eu beaucoup de mal à nous procurer une photo de lui. Pour le premier numéro d‘ Entreprendre, nous n‘avions pu trouver à l’AFP qu’une simple photo en noir et blanc. Cela tombait bien, le magazine  fut lancé avec presque rien et justement en noir et blanc. Très vite, le succès ne se fit pas attendre. En misant sur cet essor de l‘esprit d‘entreprendre, nous collions parfaitement à une attente, et Tapie l‘incarnait à merveille. Nous en avions profité, tant mieux, lui aussi. Je me souviens par exemple de l’accueil enthousiaste de sa fidèle collaboratrice, la dévouée Noëlle Bellone, chaque fois que nous sollicitions un rendez—vous. En tout et pour tout, Bernard Tapie a du faire 8 fois la une de notre magazine. Un record ! Notre ami, Bernard Pace, est allé l’interroger à son hôtel particulier rue des Saint-Pères à Paris le premier lorsqu’il est sorti de prison ! Nous l’avons toujours défendu. Il a imprégné profondément l’évolution de notre magazine, toujours aux côtés des entepreneurs. Même quand ils ont des déboires.


Ne nous y trompons pas, l’irruption sur le devant de la scène d‘un personnage aussi romanesque n‘est pas seulement, comme l‘ont dit certains bien pensants tels le journal Le Monde, la consécration des « années fric « . Tapie exhortait aussi les gens à réussir leur vie. Il avait trop vu en banlieue la misère sociale et psychologique pour ne pas vouloir redonner confiance et ambition à toute une génération. Et il y est arrivé. C‘est cela son principal apport. Ne l‘oublions pas, en cela il est unique, et tout le monde de gauche ou de droite peut lui dire merci. Même Xavier Niel reconnaît aujourd’hui avoir été fortement inspiré par le parcours de Tapie comme le révèle Franz- Olivier Giesbert dans son dernier livre consacré à Nanard.


Alors quand ce dernier a voulu bifurquer en politique, Mitterrand, en vieux renard madré, cornaqué par Jacques Séguéla, a vite saisi qu‘il tenait un talent rare sur lequel il allait pouvoir miser. La vérité est que c‘est le PS et ses principaux dirigeants, à commencer par Dominique Strauss-Kahn, qui ont tout fait pour lui mettre des bâtons dans les roues. Le repreneur de Wonder était trop brillant, trop dangereux, trop énergisant. Il allait leur prendre la place. Se souvenir de son score phénoménal aux élections européennes quand il a fait mieux que Rocard avec le simple Parti radical de gauche. Les ennuis allaient commencer. On ne lui a fait aucun cadeau. Il n’est certes pas  » blanc-bleu « mais au moins avançait-Il dans la bonne direction : celle du développement économique. Je me souviens qu‘il y a quelques années quand je j’interrogeais sur ses procès, il me répondait en me disant : « Ecris bien que jamais je n‘ai dépensé de l’argent public, dans toutes mes affaires, c‘est uniquement de l’argent privé que je suis allé chercher… » (sic)

Tout le monde ne peut en dire autant. Il a quand même ramené l’une des plus grandes marques mondiales de sport, Adidas, dans le giron national. N’oublions qu’après, lorsque le Crédit Lyonnais, a revendu l‘affaire, bien plus chère qu’il ne l’avait payée. Certaines commissions ont été virées discrètement dans certains paradis fiscaux. Entreprendre en a parlé mais visiblement, ce n‘est pas ce scandale qui intéressait nos confrères.
La politique le passionnait. Deux anecdotes a ce sujet. Le jour où il est devenu ministre de la ville, il m‘ a clairement avoué que : « C’était le plus beau jour de sa vie.»  Et c‘est moins connu, lorsque Trump a été élu aux États-Unis, il m‘a clairement fait comprendre qu‘il pourrait devenir une sorte de Trump a la française. Ses ennuis de santé en ont décidé autrement.


Tapie n’était pas un saint mais il n’était pas non plus le monstre qu‘on a décrit. Son combat contre la maladie, son courage et l’empathie et la dignité dont il a fait preuve avec des messages formidables a la télévision en direction des malades marquent durablement
sa force humaine et sa dignité dans l’épreuve.


La longueur inimaginable de procès interminables auxquels il a été confronté ont dû être un enfer. Là aussi, Tapie aura fait preuve d‘un stoïcisme a nul autre pareil. Une force de la nature dont nous avons peu d’équivalents. Sachant nous en souvenir dans nos petits tracas quotidiens. Tel le Comte de Monte-Cristo, Tapie le magnifique aura-t-il toujours fait front sans discontinuer, sans se décourager et toujours avec beaucoup d’ambition. Pour lui, pour les siens, pour Marseille et aussi pour la France. C‘est pour cela que nous sommes si fiers à Entreprendre de ne l‘avoir jamais lâché en quelques quarante ans. Merci Bernard

Robert LAFONT

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