Vin de corbieres

Ils sont de plus en plus nombreux à apprécier les vins de l’Aude, autour de Carcassonne et Narbonne. Résultat d’efforts d’entrepreneurs vignerons bien décidés à rattraper leurs voisins languedociens.

Lorsque l’on évoque les grandes régions vinicoles, le nom des Corbières ne vient pas forcément à l’esprit de tous, surtout vu de Paris. Pourtant la région est l’une des grandes zones de vignobles français avec ses quelques 17 000 hectares de vignes. Si le volume est bien entendu un atout, la qualité se veut aussi désormais au rendez-vous.

En plein cœur du Languedoc

Si l’on parle volume dans le secteur viticole, il convient de mettre en avant le Sud-Ouest de la France et tout particulièrement le Languedoc. Or, les Corbières représentent à elles seules le tiers du total. Comme dans toute la région, les Corbières ont produit un vin anonyme pendant près d’un siècle, après la reconstitution du vignoble suite au phylloxera fin XIXe. Depuis une à deux générations, le retour de la qualité est devenu l’objectif N°1 de la profession.

Différents terroirs à découvrir

Le Massif des Corbières est une moyenne montagne qui descend jusqu’à la Méditerranée vers Narbonne. Région très touristique notamment grâce au magnifique site classé de la cité de Carcassonne et aux châteaux cathares, les vignes y ont été plantées depuis des lustres, dès le second siècle avant Jésus-Christ. Introduit par les Grecs, le développement du vignoble dans cette région de soleil et de vent date de l’époque romaine.

Après bien des hauts et des bas au fil de l’histoire, c’est au cours du XXe siècle que la profession s’organise, d’abord en syndicat de défense pour aboutir en 1985 à une entrée officielle dans la famille des AOC. La région est une spécialiste du vin rouge, dont la production représente quasiment 90% du volume total de vins.

Des cépages méditerranéens

Les grands cépages des Corbières rouges sont comme les Trois Mousquetaires, c’est-à-dire au nombre de quatre : Syrah, Grenache, Carignan et Mourvèdre. La Syrah est d’origine… inconnue. Ce cépage pourrait venir des îles grecques comme du Dauphiné, le mystère demeure. Le grenache noir est quant à lui bien connu de tous les vignerons méditerranéens. Il s’est répandu à partir des terres espagnoles, lors de l’existence du Royaume d’Aragon. Le Carignan vient lui aussi de l’autre côté des Pyrénées, et fait partie des cépages de la région depuis plus de 200 ans. Enfin, le Mourvèdre est également d’origine ibérique et a essaimé en Corbières comme en terre provençale.

Le choix volontaire du bio

Bio et Corbières font bon ménage depuis longtemps. En effet, dès les années 80, le vin des Corbières a commencé à s’exporter, ce qui explique un intérêt précoce pour le biologique dont la demande croissait à l’étranger plus rapidement qu’en France. Depuis plusieurs années, les démarches sont le résultat de réflexions plus individuelles de la part des vignerons : volonté de réduire les intrants et de bâtir un modèle économique plus rentable sont souvent à l’origine des procédures de conversion. Mais ils sont de plus en plus nombreux à raisonner au-delà du biologique.

L’œnotourisme, au cœur du succès

Pour découvrir les vins d’une région, rien de tel que d’attirer les touristes qui au gré des pérégrinations peuvent découvrir des merveilles. Pour les domaines viticoles, l’œnotourisme est une voie royale, d’autant plus « facile » à exploiter dans les Corbières que la région est gâtée en termes de richesses naturelles. Les vignobles sont partout, près des châteaux cathares, de la cathédrale de Narbonne, du beau village de Lagrasse, randonnées au cœur de paysages sauvages, Carcassonne l’incontournable…

Une façon bien agréable de découvrir les différentes zones des vins des Corbières : Sigean, Durban, Fontfroide, Saint-Victor, Lézignan, Boutenac, Quéribus, Termenès, Lagrasse, Serviès, Montagne d’Alaric.

AOC Corbières Boutenac : 15 ans déjà

En 2005, cette appellation communale devient une AOC, réunissant 28 producteurs sur une dizaine de communes ce qui en fait la première AOC du Languedoc, et la 4ème de France en superficie. Proche de Lézignan-Corbières, elle est aussi le siège de l’appellation et fait alors mentir ceux qui gardent une image peu favorable des vins du Sud-Ouest. Décrocher une zone AOC était indubitablement un pas important dans l’esprit du public et de l’image.

Vin & rugby : le duo gagnant

Comme tous les réseaux, celui du rugby a été fort utile à toute la filière viticole des Corbières. Les rugbymen du Sud-Ouest se sont rassemblés pour mieux « attaquer » la grande distribution ensemble et leur vendre leurs produits : cassoulet Spanghero, pruneaux de Sella, vins de Bertrand… Le club des « Gastronomes du Rugby » a su agir et cela a porté ses fruits.

Ludovic Roux, les Terroirs du Vertige

Ludovic Roux est président de la cave coopérative de Talairan qui produit des rouges haut de gamme tels le Roc de Bonelli ou le Corvaria, ainsi que des vins vendus en vrac. La question de sa vocation ne s’est pas vraiment pas posée, car la famille est dans le métier depuis plus de deux siècles et l’amour du vin était en lui dès son jeune âge. Installé à son compte depuis bientôt dix ans, il exploite aujourd’hui presque cinquante hectares.

Cette surface a été obtenue en réunissant de nouveau des vignes qui avaient été partagées par les grands parents pour leurs enfants. Un cas classique dans les exploitations agricoles, qui pose souvent problème ; la productivité étant de plus en plus difficile à atteindre sur de petites surfaces. Comme de nombreux vignerons de sa génération, il est sensible à l’aspect environnemental.

Il détient la certification HVE (Haute Valeur Environnementale) et est en train de passer tout le domaine en biologique. Cette conversion n’est pas une fin en soi, car Ludovic Roux n’a pas attendu d’aller vers le bio pour prêter attention à ses techniques de culture. Comme souvent dans la région, l’agriculture raisonnée y est pratiquée, mais tous restent à l’écoute des nouvelles pratiques de cultures.

Les Fabre : une saga depuis 1605

Difficile d’évoquer les vignobles des Corbières sans parler de la famille Fabre qui détient cinq propriétés dans les Corbières, le Minervois et le Biterrois. Aujourd’hui, ce sont 1 million de bouteilles par an qui sont vendues en majorité dans les pays européens voisins, surtout la Suisse, l’Allemagne et la Hollande. La vente sur le marché français n’a commencé qu’il y a moins de dix ans.

Les trois domaines des Corbières, les châteaux Fabre Gasparets, Coulon et de Luc représentent plus de la moitié des 350 hectares cultivés. Ici également, la production du vin, comme des autres cultures, est biologique. Louis Fabre, le pater familias, est convaincu que le projet régional en matière viticole doit être durable ou ne sera pas.

Pierre Bories & le Château Ollieux Romanis

Pierre Bories ne s’ennuie pas. Lui qui était destiné à une carrière dans la banque a rejoint ses parents en 2001 pour mettre en place le service commercial de l’exploitation. Il faut dire que le Château Ollieux Romanis est un domaine atypique, qui a retrouvé sa dimension d’antan et l’a même dépassée. Les soixante hectares sur lesquels travaillait Pierre Bories à ses débuts ne sont que ce qui reste d’un vignoble divisé par les successions. En 2006, il rachète les 100 ha qui avaient été cédés en 1872.

Un mouvement de taille sur la terre prisée de l’appellation Boutenac, suivi d’un autre achat, « Le Champ des Murailles ». Pierre Bories a décidé de conduire son exploitation en agriculture raisonnée et de continuer à mettre en avant le Carignan comme cépage phare du Boutenac. Voici un vigneron qui aime faire des expériences : nouvelles cuvées, cépages différents, vin nature. Toute la production est commercialisée en bouteilles soit environ 1,3 million de bouteilles qui partent pour moitié à l’étranger. En France, la distribution spécialisée se taille la part du lion. Et quelques bons restaurants, dont l’étoilé de Gilles Goujon, en voisin.

Maxime Magnon suit sa voie

Le domaine de 14 hectares des Corbières de Maxime Magnon se trouve à Durban. Installé depuis 2002, ce natif de Bourgogne a connu plusieurs terroirs avant de choisir et de produire des vins bios et naturels à partir des cépages locaux des Hautes Corbières. En lieu et place de désherbant, des animaux bien vivants, brebis, ânes et autres vaches, en charge d’une tonte on ne peut plus naturelle et de quelques bouses bien réelles. Il n’est pas perdu dans ce pays à part, et n’a rien du soixante-huitard éloigné des contingences économiques.

Il connaît les raisons pour lesquelles les produits chimiques ont envahi la vigne, mais il est certain que les bons gestes vont revenir d’eux-mêmes, et s’imposer à tous. De son côté, il travaille à la main et au chenillard, et sans pesticides, des vins bio et biodynamiques, en vinification naturelle sans intrants. Ses produits sont connus pour être d’une finesse particulière, ce qui n’a pas toujours été la caractéristique de la région.

Tous ces entrepreneurs font la preuve que la diversité des vins des Corbières est de bon augure pour l’avenir, avec l’objectif partagé de produire des vins de qualité à un prix accessible, dans ce terroir ensoleillé de caractère.

A.F.

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