Flat-lay of red, rose and white wine in glasses over grey concrete background, top view. Wine bar, winery, wine degustation concept

L’avènement du vin rosé est un véritable phénomène de société. Et pas seulement en France. C’est en tous les cas une véritable locomotive pour nos vignobles, d’autant que cela touche toutes les régions, bordelais compris. Jusqu’où ira cette ascension ?

Le petit rosé qui pique et promet des matins difficiles est à présent oublié. Le vin rosé est de plus en plus consommé depuis plus de dix ans, un cycle suffisamment long pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un simple effet de mode, mais d’une clientèle qui a trouvé des vins à la hauteur de ses goûts et de ses espérances.

Une bouteille sur trois

La France a multiplié les volumes par 2 de 2002 à 2012, et même par 3 sur les 25 dernières années. En effet, au début des années 2000, le rosé représentait environ 15% du marché (hors vins effervescents), aujourd’hui, le chiffre est d’environ un tiers des ventes.

Un phénomène d’abord français

Le rosé a longtemps eu très mauvaise presse auprès des amateurs. Après le « vrai » vin, c’est-à-dire le rouge, le blanc seul faisait bonne figure. Le rosé, ni rouge, ni blanc, restait un petit vin, de pauvre qualité la plupart du temps pour les non-connaisseurs. D’ailleurs, si la consommation a connu une très forte croissance dans le pays depuis 2000, ce mouvement n’a pas été forcément suivi par les autres grandes nations consommatrices de vin. Les marchés européens et américain restent stables globalement. La France n’est cependant pas totalement isolée dans ce phénomène. Nos voisins Britanniques, tout comme une partie des Scandinaves, les cousins Québécois et, plus exotiques, les habitants de Hong- Kong ont cédé à cette lame de fond dont l’origine est bien française.

150 000 euros par hectare

Les installations de viticulteurs jeunes ou proches de la retraite foisonnent en France et à l’étranger, car ce monde passionne. En fonction des moyens disponibles, l’investissement se fait dans des régions différentes. Pour ce qui est du rosé, le prix des hectares, en Provence notamment, peut monter très haut avec des pointes dans le Bandol à 150 000 euros.

Une opportunité pour l’export

On peut sans conteste affirmer que la tendance est sérieuse grâce à une information : certains pays champions de l’exportation viticole, tels l’Afrique du Sud, le Chili, l’Australie et l’Espagne ont misé sur le rosé et en produisent de plus en plus. Quant à la France, si elle a beaucoup investi, elle reste importatrice, la consommation évoluant plus rapidement que la production. Elle est même le premier importateur en volume devant l’Allemagne et le Royaume-Uni, sur des produits peu chers, souvent en vrac, que l’on trouve en entrée de gamme. En valeur, ce sont en revanche l’Allemagne et les Etats-Unis qui arrivent en tête. On retrouve le même phénomène en matière d’exportations : la France est le premier exportateur en valeur, avec des vins de qualité et bien positionnés, et le second en volume, très loin derrière l’Espagne.

Une réussite marketing ?

Le vin rosé n’est pas un vin de tradition pour le grand public, cet engouement rapide est en majeure partie le résultat de deux éléments : la qualité de l’offre et la mise en avant des moments de consommation. En effet, le positionnement des vins produits en France est celui du milieu et haut de gamme, avec une grande variété en matière de goût, de couleurs, de puissance aromatique en fonction des terroirs. Les producteurs et groupes viticoles ont su présenter le rosé comme un vin de consommation facile et agréable. D’abord mis en valeur comme un vin de l’été, dans lequel les glaçons ne sont pas une hérésie, ce produit est finalement de plus en plus acheté hors saison estivale et connaît un succès grandissant notamment grâce à des flacons parfois très sophistiqués, de belles étiquettes, une robe souvent claire et attirante.

Vin des jeunes et des femmes ?

15,7 litres annuels par habitant en France, et 36 millions de consommateurs, voici qui vient mettre à mal la réputation de ce vin, qui ne serait consommé que par des femmes et des jeunes, avec parfois comme sous- entendu : « pas de vrais amateurs ». On se permet même de le mélanger à du pamplemousse, à le noyer de glaçons pour les « piscines » d’été, comme pour le champagne. Il est exact que le positionnement du rosé se veut accessible à tous, y compris à ceux qui ne sont pas familiarisés avec le monde de l’œnologie dont les codes peuvent être ressentis parfois comme pesants. Cette orientation a permis d’attirer une nouvelle clientèle vers le vin : celle des millennials, les 18-35 ans, qui ont et continuent à jouer un rôle primordial dans l’essor de ce vin. Un breuvage sans « chichis », dont la couleur rose est la préférée de cette génération pour de très nombreux produits, de bon augure pour le futur.

Terre de Provence, terre de pionniers

Si le Languedoc est leader en matière de production, avec quelques 320 000 bouteilles, soit deux fois plus qu’en Provence, il faut reconnaître que la région provençale a su la première donner à ces vins leurs lettres de noblesse. Ses producteurs ont proposé des vins haut de gamme tout en devenant champions de l’exportation, le résultat du travail des professionnels en matière d’image et de savoir-faire, deux éléments inséparables. Donald Trump ne s’est pas encore penché sur la question, mais le premier client à l’exportation des Vins de Provence sont : les Etats-Unis qui absorbent plus de 40% du volume vendu à l’étranger. A noter que la tranche d’âge qui consomme le plus de vin dans ce pays est justement celle des 18-35 ans.

Une vinification traditionnelle

Le rosé est vinifié de façon traditionnelle, soit avec une vinification de type vin rouge. Dans ce cas, le moût du raisin (le jus frais non fermenté) macère avec les peaux des raisins noirs qui contiennent des colorants naturels, les anthocyanes. Il convient donc d’arrêter ce processus afin de stopper la coloration pour procéder à la fermentation. Dans le cas d’une vinification de type vin blanc, il arrive souvent que la couleur soit suffisamment forte dans le moût, et que l’on passe directement à la fermentation, comme pour le blanc. C’est d’ailleurs le cas des rosés à la robe pâle.

Et le bio dans tout cela ?

La réponse se trouve dans la clientèle : si les millennials sont la cible préférée de ce marché, il est clair que la préoccupation environnementale devient un impératif. Le dernier salon de Montpellier, Millesime Bio, a confirmé la tendance, et en dépit de prix plus élevés de l’ordre de 30%, une large partie de la clientèle souhaite consommer éthique et environnemental. Pourtant, si la production biologique semble indispensable, les viticulteurs mettent en avant certains écueils techniques notamment pour les vins bios sans sulfites dont la couleur a tendance à se modifier dans le temps.

Une voie royale pour l’avenir

Si le marché est plus tendu depuis deux à trois ans, les perspectives semblent toujours très positives pour l’avenir. Du moins, c’est l’avis des experts de l’Observatoire du Rosé qui estiment que la part de ce vin devrait rapidement gagner 5%. Le rosé a également quelques voies royales qui s’ouvrent à lui. Ainsi, les vins de garde restent totalement méconnus, tout comme les millésimes. Ce segment de marché reste à explorer et ne demande qu’à se développer à présent que les consommateurs sont là et lui restent fidèles. La belle aventure du rosé français ne fait que commencer. Ce n’est pas nous qui nous en plaindront !

A.F.

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