L’échec de Macron signe-t-il la fin de la 5e République ?

Photo Pool/ABACA

Par Emmanuel JAFFELIN, Philosophe, conférencier, auteur de Célébrations du Bonheur (Michel Lafon, 2021), Eloge de la Gentillesse (François Bourin, 2010) et Apologie de la Punition (Plon, 2014).

En relisant Aristote, je redécouvre la classification que le philosophe (384-322 av.J.C) faisait des régimes politiques dans son livre les Politiques[1] . Un premier classement, des régimes politiques rationnels, va ainsi du bon au mauvais, c’est-à-dire de la Monarchie à la Démocratie en passant par l’Aristocratie. Un second classement montre comment la première triade peut dégénérer en une seconde : la Monarchie peut dégénérer en Tyrannie, l’Aristocratie en Ploutocratie et la Démocratie en… Anarchie ! 

Résumé des classements :

1ere triade politique: Monarchie- Aristocratie- Démocratie

2e triade politique: Tyrannie- Ploutocratie- Anarchie

Relisons la vie politique Française de 1958 à 2022 : d’abord le gaullisme est un mouvement politique qui régénère la République en la faisant passer de la IVe à la Ve et en redonnant au Président un pouvoir quasi-monarchique, certes discret, mais patent. Ensuite le socialisme  de1981à1995 «sous» F. Mitterrand et de 2012 à 2017 «sous» F. Hollande.

Disons que ces 19 ans de pouvoir socialiste correspondent à une légère décentralisation du pouvoir (accroissement du pouvoir des régions et des départements) qui rapproche donc ce type de Gouvernement de l’Aristocratie aristotélicicienne consistant à partager le pouvoir parmi une élite (donc au P.S. parmi des … élus) et non plus à en laisser le monopole au président (occupant, symboliquement et de manière non reconnue, la fonction de roi). Enfin au 3e millénaire, de 2017 à 2022, puis de 2022 à 2027, le passage à un jeune président élu dont personne ne sait (même lui-même) s’il est à droite, à gauche ou au centre. Un président purement opportuniste qui fait donc glisser la France, au pire, dans l’Anarchie, au mieux, vers la Démocratie[2] !

Pensons désormais au maître philosophique d’Aristote, un certain Platon qui, dans sa Lettre VII raconte qu’il avait eu, lorsqu’il était jeune, l’intention de se consacrer à l’activité politique, mais qu’il fut déçu par la tyrannie des Trente puis par la restauration de la Démocratie et qu’il se tourna avec bonheur et lucidité vers la philosophie et la sagesse, activité et but qui lui apparurent les seuls capables d’apporter des remèdes aux maux de la cité (polis).

La conclusion de Platon est claire : « Le genre humain ne mettra pas fin à ses maux avant que la race de ceux qui, dans la rectitude de la vérité, s’adonnent à la philosophie n’aient accédé à l’autorité politique ou que ceux qui sont au pouvoir dans les cités ne s’adonnent véritablement à la philosophie, en vertu de quelque dispensation divine [3]». Par conséquent, sans philosophie, la politique tend vers le chaos !

Macron fit donc l’inverse de Platon : ne trouvant pas dans la philosophie un chemin vers la vérité[4], il se rua vers la politique comme chemin de la vraisemblance. Et, contribuant à la décadence des partis politiques, il profita du chaos plus qu’il ne rechercha l’ordre.

Ainsi, étant réélu comme président de la République, force est de constater que Macron est le premier président de la  Cinquième République élu ou réélu qui perd les élections législatives dans la foulée de l’élection présidentielle et qui fait donc plonger la République vers un changement de régime.

Si Macron n’était que l’expression d’un mouvement financier, il est aisé de comprendre que, sous sa présidence, la république soit passée de la démocratie à la ploutocratie[5] (régime des riches). Mais les pauvres ont pris conscience de cette injustice à la suite de sa réélection et n’ont pas validé celle-ci par celle des parlementaires (les députés) de son parti politique, La République en marche » qui devrait être rebaptisée « la république en chute[6]» ! Telle est l’issue de cette république traitée de manière micronscopique !

 


[1]– Livre écrit entre 330 et «323 avJC. et, publié notamment en France en GF (1990)

[2]il ne faut certes pas confondre la démocratie antique, qui est un régime où le peuple dirige l’Etat-Cité., et la démocratie moderne où le peuple est (plus ou moins bien)représenté par des élus.

[3]– Platon, Lettre VII  , 326a/7 – b4

[4]– Il échoua au concours de l’Ecole Normale Supérieure et se rabattit sur une autre école, l’ENA, qu’il supprima !

[5]Ploutocratie vient du grec antique : de Proutos, dieu de la richesse, et de kratos, le pouvoir.

[6]– Avec 234 sièges obtenus, sur 577. La République en marche n’obtient pas la majorité de 289 sièges.

Emmanuel JAFFELIN
Philosophe, conférencier, auteur de Célébrations du Bonheur ( Michel Lafon, 2021), Eloge de la Gentillesse (François Bourin, 2010) et Apologie de la Punition (Plon, 2014).

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