« Eco-responsabilité, développement durable, zéro déchet » sont dans toutes les bouches et ont des conséquences concrètes, y compris dans les rayons des magasins, petits et grands. Le vrac fait partie de cette nouvelle tendance sur laquelle misent de plus en plus d’entreprises. Enquête sur un phénomène de consommation.

Dans la filière alimentaire, le vrac existe depuis longtemps en fruits et légumes, même si certains produits restent préemballés. Il en va de même pour les produits vendus à la coupe, tels que les fromages, la viande, etc. Mais le vrac aujourd’hui concerne désormais bien d’autres produits : céréales, boissons, épices, mais aussi l’hygiène et l’entretien.

Des obstacles à l’achat

En 2013, le marché du vrac hors frais ne s’élevait qu’à 100 millions d’euros. Il a passé la barre des 500 en 2017 pour atteindre 850 millions en 2018. Pour autant, seuls 0,5% des Français sont des consommateurs réguliers de ce type de produits. La faute à qui ? En fait, différents éléments jouent contre le vrac. Le premier obstacle est que si le développement des épiceries en vrac prend de l’ampleur, elles sont loin de couvrir le territoire dans son intégralité. D’autres solutions existent cependant, comme le e-commerce, encore peu développé.

Le second élément est que tout ne peut être vendu en vrac, pour de simples raisons de conservation. L’huile d’olive par exemple est interdite à la vente en vrac en Europe. Enfin, de nombreux clients sont réticents pour des questions d’hygiène. En fruits et légumes, le phénomène est bien connu, de nombreux clients achètent du pré-emballé afin de ne pas se retrouver avec des produits abîmés par les dizaines de mains qui les ont déjà manipulés.

Vraiment moins cher ?

Le vrac est 10 à 15% moins cher que le produit emballé. Cependant, le tableau est souvent brouillé du fait qu’une partie des produits est vendue en bio, avec des prix plus élevés. Un élément est essentiel : acheter en vrac, c’est prendre ce dont on a besoin, ni plus, ni moins. On gâche moins, donc on réalise des économies. Le circuit de distribution joue également un rôle, la petite épicerie spécialisée de proximité étant normalement moins bien placée en prix que la grande surface, le circuit de livraison est plus coûteux.

Enfin, les livraisons en vrac exigent de transvaser les produits dans des contenants qui doivent être nettoyés à chaque changement de lot, contrôlés régulièrement, sans oublier les frais de personnel qui ne sont pas quantité négligeable.

Un vrai problème marketing

Si la grande distribution se lance vraiment dans la danse du vrac, la tendance va évidemment changer d’ampleur. Cependant des freins existent, notamment chez les fabricants. En effet, les chaînes de fabrication ne sont pas prévues pour le vrac. Cela exige de modifier les équipements des usines, ce qui représente des investissements considérables. D’autre part, comment un industriel peut-il mettre en avant ses innovations s’il n’a plus la possibilité de communiquer directement sur le produit ?

Les multinationales peuvent investir en publicité audiovisuelle, ainsi qu’en meubles dédiés dans les points de vente, mais de nombreuses PME peineront à mettre en avant leurs nouveaux produits. Or les clients ont confiance et sont fidèles à certaines marques. Il s’agit de ne pas rompre ce lien. De même, les dates de péremption tout comme les numéros de lots doivent systématiquement être apposés sur les achats en vrac. La démarche s’avère donc complexe pour parvenir à une part de marché significative. Les obstacles doivent d’abord être levés un à un.

Besoin d’une réglementation

Le vrac a nécessairement besoin d’un cadre réglementaire afin de professionnaliser les pratiques. Le consommateur doit être assuré lorsqu’il achète un produit vrac que celui-ci est sain. La crainte de la contamination est évidemment plus élevée sur ce type de produits non protégés par un emballage. On le voit, la conversion au vrac va nécessiter de la réflexion, des adaptations, des investissements, mais le mouvement semble répondre à des attentes environnementales profondes. Les parts de marché devraient donc continuer à progresser, mais à un rythme modéré.

A.F.

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