Pourquoi Bruno Le Maire doit refuser le rachat de 40 % par le fonds américain GIP. L’accord Suez-Veolia à peine scellé que se profile déjà l’irruption d’un troisième larron dans l’opération et qui ne présage rien de bon du point de vue de la souveraineté économique française. En s’apprêtant à accepter l’arrivée du fonds d’investissement américain GIP pour reprendre 40 % du nouveau Suez, initialement réservée au fonds hexagonal Ardian (qui s’est finalement défaussé), c’ est un nouvel cheval de Troie que Bercy s’apprête à faire rentrer de manière conséquente dans le capital de l’un de nos plus beaux fleurons industriels.

Entrée que l’on pourrait payer très cher à l’avenir à la faveur par exemple d’une nouvelle augmentation de capital ou, autre hypothèse, s’il advenait que le fonds français Meridiam, actionnaire aux côtés de la Caisse des Dépôts pour un total cumulé de 60 % des parts, décidait un jour de recéder ses actions moyennement une belle plus-value à la clé. C’est la vocation de ce type du fonds, et on ne voit pas comment demain il pourrait refuser une belle offre financière si l’occasion se présentait.

Le fonds américain GIP détenu par le milliardaire nigérian Adebayo Ogunlest ne passe pas pour faire dans la dentelle. Fort de ses 71 milliards de dollars d’actif en Europe, il a largement les moyens de se montrer persuasif et de pouvoir faire monter les enchères. C’est donc un véritable piège qui est à nouveau tendu sur l’avenir de l’une de nos plus belles entreprises.

Bruno Le Maire serait bien avisé de s’en apercevoir avant qu’il ne soit trop tard, comme il l’a fait en s’opposant courageusement, et contre l’avis de l’actionnaire Bernard Arnault, à la prise de contrôle de Carrefour par le canadien Couche-Tard. Il doit bien y avoir d’autres solutions, quitte à faire appel à l’épargne des Français sur le marché boursier d’Euronext Paris.

Cet épisode illustre à merveille, une nouvelle fois, la cruelle absence de fonds de pension à la française, qui sur ce dossier stratégique aurait pu s’avérer être bien utile pour pouvoir investir et préserver la nationalité de Suez. Il n’est pas encore trop tard. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Encore un petit effort, Monsieur le ministre !

Robert Lafont

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