Comment les trois entrepreneurs français sortent tous gagnants de l’affaire Lagardère ! Et n’oublions pas le rôle joué en coulisses par Nicolas Sarkozy.


Les propre des grands dirigeants n’est- Il pas de savoir s’entendre au moment où il le faut ? Dans l’affaire Lagardère, on pensait que le trublion des médias, Arnaud allait finalement devoir passer la main à 60 ans. Après avoir cherché à sceller plusieurs alliances successivement, d’abord avec Vincent Bolloré, puis ensuite à la surprise générale avec Bernard Arnault (Financière Agache) dans son holding de tête (Lagardère Capital), nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Y compris celle d’une OPA que pourrait lancer prochainement Vincent Bolloré. Mais il y a désormais d’autres scénarios sur la table.

Après le passage du statut de commandite par actions (SCA) à celui de société anonyme classique, l’avenir du groupe Lagardère va peut-être donner lieu à un épilogue singulier. Un scénario où Il n’y aura probablement pas de bataille boursière au grand dam des petits porteurs. Et où un gentleman agreement avec Vincent Bolloré pourrait bien être passé. On connaît les qualités de négociation et de séduction du flibustier breton, patron de Vivendi. Après tout, le milliardaire de Canal a tout intérêt à s’entendre avec le fils du fondateur de Matra. Avec plus de 29% de Lagardère ,(Arnault en a 9,97%) peu de choses peuvent se faire sans lui, d’autant qu’il est allié au fonds Amber Capital du français Joseph Oughourlian qui en détient 19,93 % des parts.

Concernant les médias, les manœuvres en cours pour rapprocher les rédactions d’Europe 1 et de CNews semblent se passer sans encombre malgré les soubresauts bruyants. En interne, les démissions de journalistes d’Europe 1 ne peuvent qu’arranger le management heureux d’alléger les effectifs et de laisser partir les journalistes les plus politisés. C’est déjà ce qui s’était passé avec Canal quand Bolloré avait voulu s’occuper de ce qui était encore I télé. Arnaud Lagardère lui-même y est désormais favorable.

Dans une interview accordée au JDD, il ne tarit pas d’éloges sur les avantages d’un tel accord entre CNews et la radio fondée par Sylvain Floirat et son père. Au plan éditorial, l’idée est de restaurer la crédibilité sur l’information. Quant à la présence polémique d‘Éric Zemmour, Arnaud Lagardère fait habilement remarquer que le possible prochain candidat aux élections présidentielles était il n’y a pas si longtemps, commentateur régulier de RTL, première radio de France.

Reste aussi la conduite des deux fleurons de la presse que constituent le Journal du Dimanche et l’hebdomadaire Paris Match. Deux médias qui ont leur importance à quelques mois d’une élection présidentielle restée largement incertaine. Dans le landernau politique, on suspecte même l’Élysée d’être à l’origine de l ‘arrivée surprise de Bernard Arnault en soutien d’Arnaud Lagardère pour éviter une mainmise de Bolloré sur l’ensemble. L’hypothèse est probable. On semble depuis avoir trouvé un terrain d’entente.

Pas de changement éditorial sur les journaux, d’autant que le JDD semble d’une ligne assez macroniste, en revanche possibilité de mise en place de synergies avec CNews tant les pertes d’Europe 1, plus de 25 millions d’euros annuelles, commencent à faire désordre. Fort de l’appui de CNews, Arnaud Lagardère pense pouvoir revenir à l’équilibre financier dès cette année. Il est vrai qu’Europe 1 ne peut sur se permettre de rester isolé, sans s’appuyer sur une chaine télévisuelle comme le font toutes ses concurrentes ; RTL avec M6 et bientôt TF1, RMC avec Altice et BFMTV ou France Info avec France Télévision. Il peut aussi compter sur l’appui efficace de Constance Benqué, une femme publicitaire efficace devenue présidente de Lagardère News.

L’épilogue semble en bonne voie d’autant que pour la branche édition d’Hachette sur laquelle lorgne également avec gourmandise Bolloré pour un éventuel rapprochement avec Editis, dirigée de main de maître par l’ancienne dirigeante de Presstalis, la pugnace Michèle Benbunan ; l’affaire semble entendue. Puisqu’un tel rapprochement s’il avait lieu, pourrait être rendu difficile par les règles de la Concurrence. Les deux hommes d’affaires ont donc tout intérêt et en bonne intelligence à faire alliance implicite dans l’édition sans trop le claironner. Arnaud Lagardère conservant le contrôle de sa branche livres tout en restant en contact étroit avec le PDG de Vivendi, Maxime Saada.

Rappelons qu’Hachette Livres ne chôme pas. Outre l’arrivée récente des best sellers Guillaume Musso et Asterix, la célèbre maison d’édition, dirigée désormais par le fidèle Pierre Leroy, vient juste de boucler le rachat de l’éditeur américain Workman Publishing pour quelques 250 millions de dollars.

Reste l’activité commerce dans les aéroports, (le « travel retail » comme on dit en bon Français), une branche qui intéresse de près justement Bernard Arnault. Selon nos informations, le patron de LVMH n’aurait guère goûté le récent rapprochement décidé avec les groupes chinois JD.co, le grand challenger d’Alibaba qui acquiert 18,63% de Lagardère Travel Retail Asie aux côtés du groupe public de Pékin, China Jianyln qui en prendra 3,73%.

Le géant mondial du luxe, première capitalisation boursière d’Europe, aurait sans doute apprécié d’être d’avantage associé aux négociations. Cette activité internationale de distribution est assez stratégique pour les les produits maison (Louis Vuitton, Dior, Hublot, Céline..) et devrait normalement finir dans le giron du patron de Dior. D’autant plus que Vincent Bolloré n’y a pas d’intérêt stratégique dans le luxe, ce qui n’est pas si fréquent.

Tout est donc en place pour que l’imbroglio Lagardère se termine par un bel accord industriel entre trois de nos plus grands entrepreneurs du moment, à savoir Bernard Arnault, Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère. Un tycoon qu’on a sûrement enterré un peu vite dans le microcosme parisien des affaires ( » ma gentillesse a été prise pour de la désinvolture et de la faiblesse « ) et qui détient toujours 11% du groupe. Un manager devenu plus mature et à qui le milliardaire breton pourrait donner un nouvel élan pour en faire à l’avenir pourquoi pas un de ses meilleurs bras droits. Quel retournement de l’histoire. Mais le propre des grands entrepreneurs n’est-il pas de savoir tirer profit des opportunités qui se présentent. Et après tout, Arnaud Lagardère en est une opportunité ; il n’est pas dénué de qualités, comme nous l’écrivions ici même dans le magazine Entreprendre il y a quelques mois.

Quant à Nicolas Sarkozy, ce n’est pas parce qu’on ne l’entend pas qu’il n’a pas joué un rôle majeur dans ce rapprochement inédit. Merci à lui, l’ancien président de la République pourrait a l’avenir continuer à jouer ainsi les entremetteurs de référence pour tenter de remettre à flot certains pans de l’industrie française aujourd’hui en difficulté. On pense aussi bien sur à Air France (rapprochement avec Accor ?), au nucléaire, Orano, Atos (alliance avec Orange ou Cap Gemini ?), EDF, voire à la reprise de la branche française de General Electric.

Rien ne serait pire pour notre économie que de voir ses grands talents inutilisés ou rester au bord du chemin. Je pense aussi par exemple à d’anciens patrons comme Loik Le Floch Prigent, Didier Lombard (Orange, ST Microelectronics) voire Xavier Fontanet (Essilor). Des dirigeants émérites que nos belles huiles de Bercy seraient bien inspirés de consulter plus souvent.

Robert Lafont

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