La décision de l‘Allemagne d’acheter 35 avions de combat F-35 à l’américain Lockheed-Martin met un coup de poignard à l’idée d’une Europe de la Défense, précisément celle que veut promouvoir avec énergie le président Macron.

Cette décision symbolique intervenant au moment même où l’invasion de l‘Ukraine met en lumière les failles d‘une Europe politique libre et souveraine, même si les 27 semblent conserver au total une posture assez unie. La question reste d’ailleurs posée par beaucoup d’observateurs et non des moindre à commencer par Hubert Védrine ou Dominique de Villepin. Vladimir Poutine se serait- Il lancé à marche forcée dans une telle expédition criminelle en Ukraine s’il avait eu en face de lui des dirigeants autonomes, et non sous tutelle du grand allié américain ?Les États-Unis n‘ont pas à trop souffrir du conflit ukrainien   pour l’instant, tirant même un certain profit de cette union sacrée autour de l‘Otan, renforçant encore les liens d‘une Europe et affaiblissant singulièrement les économies continentales, sans même parler du détachement Europe -Russie qui en résulte, rapprochement qui n‘a jamais été bien vu, c’est un euphémisme, par Washington.

Bizarrement, la décision allemande venant mettre un véritable coup d’arrêt à ce début de conception d‘une armée européenne n‘a été que peu critiqué par notre classe politique dans son ensemble. Excepté quelques-uns comme Éric Ciotti, Luc Ferry, Éric Zemmour ou Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignant ou Jacques Myard. Sur le sujet, on attend encore la réaction de Valérie Pécresse, Yannick Jadot voire du président Macron.

Avaient-ils déjà intériorisé la décision ? Car, l’occasion était idéale pour pouvoir lancer l’Europe militaire. Avec sa décision de consacrer 2% de son PIB, soit 100 milliards d’euros, le chancelier Olaf Scholz avait la possibilité de marquer un grand coup en direction d’une souveraineté industrielle européenne. Il en a été décidé autrement. L‘Allemagne en renonçant de s’équiper d’avions français Rafale-Dassault, tout aussi performants. La Bundeswehr a préféré commander des avions américains, un contrat de 6 milliards d‘euros, qui permettront certes de transporter les équipements atomiques des USA comme l‘exige l’OTAN. Il n‘en a rien été. L‘occasion est manquée. Berlin choisit l‘oncle américain au détriment de l’industrie française tout en prenant soin de confirmer en même temps l’acquisition de 15 Eurofighter fabriqués par Airbus permettant d’assurer la mission de guerre électronique. Il n’empêche, ce nouveau pas de clerc d’achat des F-35 au lieu des Rafale de Dassault met un refroidissement à la relation franco-allemande, déjà écornée après le renoncement au nucléaire.

Beaucoup estiment que le programme du Système de combat aérien du futur (SCAF) vise simplement à piller la technologie et le savoir-faire hexagonal de Dassault au profit d‘Airbus qui représente aussi les intérêts allemands et espagnols.  Décidément, Emmanuel Macron va avoir de plus en plus de mal à expliquer à ses compatriotes que l‘Europe est en bonne voie et notamment celle de la Défense. Sans parler du spatial, où l’on voit l’allemand OHB préférer, pour le lancement des satellites Galiléo, opter pour l’américain SpaceX, au détriment d’Ariane 6, alors qu’il est actionnaire d’Arianespace. C’est incompréhensible.

Robert Lafont

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