Par Jacques Myard

Tribune. La politique étrangère n’a jamais réellement surpassé dans l’intérêt de l’opinion publique française les enjeux de la politique intérieure, en dehors, il est vrai, des temps de fortes tensions qui ont conduit à la guerre.

La politique étrangère est, comme le soulignait August Strindberg au 19ème siècle, une coopération entre les classes supérieures des différentes nations, dont les opinions publiques n’ont cure.

Ce que décrit Strindberg nous ramène en fait au temps de l’âge d’or de la diplomatie qualifiée par Napoléon  » de police en grand costume « .

Toutefois aujourd’hui la politique étrangère dans notre village planétaire est fortement liée aux situations intérieures des pays et réciproquement, il est parfois difficile de faire le partage entre les deux.

Politique étrangère et politique intérieure sont désormais interactives grâce à internet qui crée l’immédiateté. Internet rapproche les hommes et donne un sentiment de proximité, parfois de solidarité, mais la toile rapproche aussi les haines multiples des conflits ouverts aux quatre coins de la planète. Il est indéniable que la France a importé le conflit du Proche et Moyen Orient !

Dans ces conditions, il est impératif de savoir agir pour éviter que le pays ne soit entraîné dans des crises internationales, soit par idéologie soit par le jeu mécanique des alliances, véritables machines infernales.

J’en viens maintenant à la politique étrangère du Président de la République dont les actions traduisent une double faute entre illusions et vassalité.

Illusions

Emmanuel Macron est pétri d’euro-béatitude et ne jure que par l’Europe. Il prône même une souveraineté européenne. Or les faits sont bien loin de cette utopie, qui suscitent les ricanements de nos partenaires européens.

Ainsi, l’épitre de Jupiter publiée dans tous les médias d’Europe a provoqué la réponse cinglante d’Annegret Kramp-Karrenbauer ( AKK ), ministre de la défense de l’Allemagne, s’inscrivant en faux contre les propositions de E.Macron.

Relations avec la Russie : c’est le grand écart avec l’Allemagne, les Etats baltes , la Pologne , si E. Macron a eu raison de recevoir V. Poutine à Brégançon, il souscrit  » dans le même temps  » aux sanctions, ce qui mène à une impasse.

En règle générale, la politique des sanctions multilatérales conduit à une impasse car il est toujours très difficile d’y mettre fin, elles provoquent plus de tensions que des solutions.

Relations avec la Turquie : E. Macron attend toujours le soutien effectif de l’Allemagne à l’égard de la Turquie. Berlin poursuit ses relations privilégiées avec Ankara qui remontent au soutien de Guillaume II à l’Empire Ottoman , lors de la Première Guerre mondiale.

Passons sous silence les relations très étroites germano-turques lors de la Seconde Guerre mondiale, c’était l’œuvre des nazis…

Sahel : la France porte seule et à grands frais – un milliard d’euros par an – la lutte contre les djihadistes et tel Godot, elle attend l’arrivée sur le terrain de ses partenaires européens ; Berlin ne veut pas s’en mêler !

OTAN : E. Macron, qui a le génie des formules à l’emporte pièces, jugeait du temps de D.Trump que l’alliance était en « mort cérébrale », provoquant la colère de nos partenaires européens – Angela Merkel, nouvelle maitresse d’école, l’a fermement morigéné, en lui signifiant qu’il ne faut pas dire des choses pareilles…

Aujourd’hui avec Joe Biden, l’OTAN revient en odeur de sainteté dans l’esprit de Jupiter, comme si les Américains avaient fondamentalement changé. L’OTAN est la première organisation politique en Europe et elle est américaine pour le très grand plaisir de nos partenaires… c’est la réalité !

Coopération en matière d’armement ( avion SCAF et char MGCS ) : c’est la douche froide des illusions macronniennes. L’Allemagne exige d’accéder aux savoir-faire français, notamment en matière aéronautique; Christian Saint-Etienne dans un gazouillis dénonce l’illusion de la coopération franco-allemande et affirme : « Il faut avoir l’intelligence et le courage d’arrêter avant un désastre total ».

Et on apprend, cerise sur le gâteau, que l’Allemagne ne prend pas de gants pour fermer sa frontière avec la France – département de la Moselle -. Elle prend sa décision sans en informer au préalable le gouvernement français ; coup dur pour l’euro-béatitude…

Ce n’est pas la première fois que la chancelière Angela Merkel, prend des décisions de manière unilatérale, sans en informer la France et ses partenaires de l’UE : on se souvient de sa négociation avec Erdogan pour accueillir en 2015 800 000 migrants !

Algérie : la faute des bons gestes. E.Macron n’a de cesse de vouloir faire des bons gestes à l’égard d’Alger en frappant sa coulpe :  » La colonisation a été un crime contre l’Humanité  » formule qu’il a répétée à plusieurs reprises.

Nouveaux bons gestes en renvoyant en Algérie les restes des combattants indigènes lors de la conquête de l’Algérie, en commandant à Benjamin Stora un rapport pour réécrire l’histoire entre la France et l’Algérie, rapport qui est une charge incroyable contre la France.

Le résultat est édifiant : l’Algérie exige encore davantage de la France, la politique des bons gestes, comme toujours, est un leurre, une faute diplomatique majeure.

Vassalité

Dans la suite des illusions euro-béates le Président de la République s’aligne systématiquement sur les positions allemandes, sacrifiant toutes les conceptions françaises et interêts nationaux pour rechercher le nirvâna , la béatitude européenne dont le couple franco-allemand serait l’incarnation !

Le fameux accord UE-Chine voulu par l’Allemagne pour son industrie, en est un exemple parfait. la France était très réticente et voulait des garanties sur les lois du travail protégeant les enfants ou les prisonniers. Eh bien, pour maintenir le tandem avec Berlin, Paris s’est couché.

Mieux encore, E. Macron a  » fait tapisserie  » en étant présent à la vidéo conférence de la signature de cet accord. Pour ceux qui connaissent l’histoire des relations franco-allemandes, on a le sentiment de toujours se battre pour le Roi de Prusse…

Au Proche et Moyen-Orient, Jupiter a chaussé les bottes de F. Hollande et suit en tout point la politique américaine. La France a ainsi dilapidé des siècles d’influence dans les pays arabes ; elle n’est plus la puissance dont l’indépendance tenait à distance les Anglo-Saxons et les Russes. Ces derniers l’ont même supplantée dans la protection des Chrétiens, victimes répétées des islamistes, un comble !

L’Histoire retiendra avec une ironie lourde et méprisante la condescendance de Trump qui époussette le jeune Macron à Washington. Scène étonnante qui fait suite à celle, où lors d’un sommet du G 20 E. Macron, tel Daisy bouscule tous les chefs d’Etat pour aller se placer auprès de Donald… sans commentaires !

Tout cela est de l’amateurisme pétri d’idéologie. La politique étrangère du Président de la République est dangereuse pour la France, dont Jupiter n’a cure, enfermé dans ses utopies estudiantines !

C’est un échec sans appel !

« Le temps des utopies ne dure jamais longtemps « 

Monique Larue

Gageons en conséquence que Macron apprenne un jour prochain que « Les Etats n’ont pas d’amis « ( Charles de Gaulle)… sans doute lorsque les Gaulois réfractaires l’auront renvoyé à ses études.

C’est bientôt et certain !

Jacques MYARD
Membre Honoraire du Parlement
Maire de Maisons-Laffitte
Président du Cercle Nation et République
Président de l’Académie du Gaullisme

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