La France est devenue la seconde puissance maritime mondiale et pourtant, elle a, comme l’on dit, « frisé la correctionnelle »

Le 10 décembre 1982, sous l’égide de l’ONU, une convention sur le droit de la mer, désignée sous le nom d’accords de Montego Bay (ville de Jamaïque) a été signée. Premier accroc : appliquée à partir de 1994, elle n’a été signée par la France qu’en 1996. Rôle important que celui de cette convention, car il délimite les zones maritimes qui bordent les états côtiers, détermine, aprés accord amiable entre les parties, les limites entre états voisins qui devaient être déposés devant la commission de l’ONU avant une certaine date butoir. Le cas de désaccord entre voisins devait être réglé par une commission arbitrale internationale. Chaque partie concernée s’engageait par avance, à adopter et respecter la décision arbitrale.

La France a lancé une première opération : Saint-Pierre-et-Miquelon/ Canada, elle a malheureusement accepté que l’instance arbitrale soit américaine et se tienne à New-York, la décision bien sûr lui a a été défavorable et l’autorité française chargée de suivre le dossier a simplement oublié la date pour faire appel, mais non seulement, la défense de nos intérêts n’a pas été à la hauteur de ce que nous pouvions espérer. Aussi, douché par cette affaire, les dossiers semblent être restés dans des tiroirs ; les campagnes de recherche pour ce qui concerne les fonds marins (point de base etc) n’avaient pas été effectuées.

Nous avons réussi, à l’époque, à faire sortir par hasard les dossiers. Ainsi, la France a pu devenir la seconde puissance maritime mondiale. Il reste encore, dans ce domaine, quelques dossiers à traiter qu’il faudrait mener à terme rapidement, afin que le prochain accord sur la haute mer ne nous soit pas défavorable dans certains secteurs.

Grâce à ce travail, la France est aussi 1ère puissance mondiale par sa diversité et sa biodiversité

C’est désormais sur la seule France que le soleil ne se couche jamais (France sur mer, l’empire oublié, Ph. Folliot et Xavier Louy) et c’est justement une partie des domaines qui sont en cours de négociation. Autre épreuve à surmonter : les manies de certains présidents qui veulent à toute fin offrir nos territoires à ceux qui les réclament : Tromelin à l’Île Maurice, Clipperton au Mexique, les Iles Eparses à Madagascar, raison pour laquelle, avec le député de la 2ème circonscription de Mayotte, Mansour Kamardine, avec Jacques Myard, membre honoraire du Parlement, nous avons lancé un appel en faveur du rattachement de 4 des 5 îles Éparses au département de Mayotte afin de les préserver.

Il s’agit des Glorieuses, de Europa, de Bassa de India, et de Juan de Nova, toutes les quatre installées dans le canal de Mozambique. La 5ème des Iles Eparses, celle de Tromelin, étant située dans l’Océan Indien, nous pensons qu’elle devrait être rattachée directement au département de la Réunion. Nous nous demandons encore si, sans notre intervention tonitruante de l’époque, certains dossiers n’auraient pas, tout simplement été oubliés. Nous nous demandons encore pourquoi lors de la négociation entre Vanuatu et la France au sujet de NOS îles Matthew et Hunter, ce n’est pas Paris mais Nouméa qui a négocié (affaire toujours pas résolue, alors que Vanuatu a besoin de la France, sauf à tomber dans les bras que lui tend la Chine). Aujourd’hui, se lève un nouveau problème : après le droit de la mer, voici un autre dossier qui semble lui aussi, plus fréquenter les fonds des tiroirs que les dossiers des négociateurs : la haute mer.

Fin 2020, doit être signé, toujours à l’ONU, un accord qui imposera un instrument juridique contraignant afin de couvrir les zones situées au delà des ZEE et qui échappent donc aux juridictions nationales. Énorme affaire, la Haute Mer, (où eaux internationales) couvrant plus de la moitié de la planète. C’est 95% de l’espace habité par des formes de vie. C’est l’eau dont nous aurons besoin demain et qu’il nous faudra dessaler. Qui sait qu’aujourd’hui, 7,5 milliards d’êtres humains se partagent 2,5% de la masse d’eau existante dans le monde et que cette masse ne suffit plus. 80% des maladies qui touchent le monde proviennent d’absorption d’eaux impropres à la consommation et elle l’est de plus en plus.

L’agriculture 1ère consommatrice d’eau, est menacée, mais aussi l’industrie qui consomme 23% de l’eau. Il va falloir aller chercher l’eau salée et la rendre consommable. La France est un acteur important dans ce domaine, ne laissons pas nos entreprises passées, elles aussi, sous des bannières étrangères. Le Général de Gaulle, à Brest un 1er février 1969 a dit (France sur mer, l’Empire oublié) : « L’activité des hommes se tournera de plus en plus vers la recherche de l’exploitation de la mer. Et naturellement, les ambitions des états chercheront à dominer la mer pour en contrôler les ressources .»

Une fois encore, le Général avait vu juste, malheureusement, la France n’a pas suffisamment avancé ses pions dans ce domaine alors qu’elle avait pratiquement toutes les cartes en main. Première chose : les ambitions des Etats. Pour certains, ils se sont depuis longtemps lancés dans la bataille – des îles artificielles ont été construites sur l’espace des autres. Ils ont déposé des millions de brevets afin de se préserver un meilleur avenir. Ils protègent aussi leurs lignes d’approvisionnements qui sont le plus souvent situées en haute mer. Les couloirs d’acheminement sont jalousement gardés, des forces armées installées, quelques-uns comme la Chine et la Turquie fouillent même dans des fonds marins qui ne leur appartiennent pas, déjà pour marquer leurs ambitions.

Secondement : l’activité des Hommes. L’eau, la nourriture, la recherche de matières premières, les fabrications, la nouvelle industrie, les services (assurances, banques etc) des millions d’emplois, des milliards de chiffre d’affaires, de cotisations sociales, fiscales et autres – la recherche, le nouveau pli à rendre pour la politique étrangère. Voilà nombre de secteurs il faut que l’état s’il veut rester grand, doit s’investir. Valorisation des déchets, développement des algues : le phytoplancton produit 50% de notre oxygène, nous devons donc en assurer la survie, et le développer, car en avalant du CO2, il piège les métaux lourds rendant ainsi la vie possible.

La culture des algues, qui représente une partie de la nourriture de demain proviendra des algues. Ce phytoplancton par ex peut être transformé en bio carburant, le monde a déjà un énorme besoin de ce produit, or malgré notre savoir faire, ce sont la Chine et le Japon qui produisent des millions de tonnes d’algues cultivées dont le monde a besoin dans divers domaines, allant de la cosmétique au médicament, en passant par la nourriture ou le bio carburant. Matières premières, alimentation, eau, carburants, énergie, les nodules polymétalliques, l’hydrate de méthane et hydrogène, demain nous chercherons tous ces éléments qui se trouvent aujourd’hui au fond des mers et des océans. C’est dire l’importance qu’il y a de prendre en compte ces accords sur la haute mer et de mesurer l’impérieuse nécessité qu’il y a d’investir dans ce domaine de la Haute mer.

Que constatons nous ? Que des millions de brevets ont déjà été déposés par les USA, par le Japon, par l’Allemagne, par la Chine bien sûr, le Canada et l’Australie, mais peu de traces de ceux déposés par des entreprises françaises. Là, nous devons lancer un cri d’alarme. Il faut investir dans le domaine de la Haute mer. Demain, il sera trop tard, car les places seront prises. Concernant les négociations, c’est une fois de plus c’est l’UE qui est à la manœuvre. 10 employés du Quai qui restent à Paris sont en charge de l’ouverture du courrier en provenance de Bruxelles, pour le transmettre à un ambassadeur Français en charge des Océans.

Qui le connait, qui lui donne des directives, a qui rend t-il compte ? Nul n’en sait rien, divers ministères sont en charge d’une partie du dossier alors que jamais, aucune d’entre eux ne l’ait évoqué. Une fois de plus, la France est aux abonnés absents ; Seconde puissance maritime mondiale, elle occupe un simple strapontin. Il existe depuis peu un ministère de la mer, il doit être désigné comme seul responsable, et mener les négociation au nom de la seule France afin d’y défendre nos intérêts.

Du fond du navire France nous entendons monter de sinistres craquements avait dit un président du Conseil. Aujourd’hui, nous n’entendons plus rien du tout. Alors sonnons le tocsin, rien n’est encore perdu pour la France et ses territoires maritimes.

Henri Fouquereau

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