Agé de 78 ans, Jean-Pierre Bansard a entrepris toute sa vie. Du transport aux hôtels, en passant par les vélos électriques et la politique, cet entrepreneur hors pair a démontré sa faculté à faire émerger les projets les plus divers. Dans cet entretien, le propriétaire du groupe immobilier et hôtelier Cible revient sur son parcours atypique d’entrepreneur global et d’humaniste convaincu.

Pourquoi êtes-vous devenu entrepreneur ?

Jean-Pierre Bansard : On ne choisit pas. L’entrepreneuriat s’impose à vous comme une évidence. Il existe deux raisons d’entreprendre : soit par nécessité, soit par opportunité. Dans mon cas, j’ai entrepris pour la première fois par nécessité. Après avoir grandi en Algérie, je suis arrivé en France. J’étais jeune et sans un sou en poche. J’ai commencé à travailler dans une société, mais j’ai rapidement pris conscience que le salariat ne me correspondait pas. Je travaillais beaucoup plus que les autres et j’y consacrais mes soirées et mes week-ends sans compter.

Ce surinvestissement dérangeait mes collègues, et je déstabilisais mon patron en voulant trop en faire. J’ai vite compris que je devais travailler pour moi-même. J’ai alors démissionné pour créer ma première entreprise de transports et de transit avec ma femme, à l’âge de 23 ans.

Bansard International a connu une très forte croissance et, en l’espace de cinq ans, l’effectif est passé à 350 salariés. J’avais en moi cette envie de réussir. Je n’aspirais pas à une réussite matérielle, je souhaitais mesurer ce dont j’étais capable et tester mes limites. J’ai donc travaillé sans relâche avec une détermination indéfectible afin de m’auto-évaluer. J’étais heureux et j’ai donc compris assez naturellement que j’avais fait le bon choix en entreprenant.

Apprend-on de ses erreurs ?

Jean-Pierre Bansard : J’ai toujours observé une règle fondamentale dans mes investissements immobiliers : le loyer devait toujours rembourser l’emprunt. Mais à la fin des années 1980, en pleine bulle immobilière à Paris, je me suis un peu éloigné de ce principe et nous en avons souffert. Je n’ai jamais oublié cette expérience dont j’ai su tirer des enseignements positifs. L’erreur fait partie du parcours entrepreneurial, seules importent les leçons que l’on en tire pour rebondir et construire l’avenir.

La réussite ne se conçoit qu’en acceptant la possibilité d’un échec et le risque associé. Entreprendre exige d’accepter le facteur risque. Prendre des risques et accepter de se mettre en danger suppose une certaine insouciance. Nous avons toujours fait preuve d’ambition en gérant des projets qui dépassaient nos possibilités et notre audace a été récompensée.

« Il n’existe pas de réussite individuelle, la réussite est toujours le fruit d’une œuvre collective »

Quelle est votre définition de l’entrepreneur ?

Jean-Pierre Bansard : C’est une personne qui a la volonté de réussir, le courage d’avoir un peu d’insouciance et une résilience à toute épreuve. Sans cette disposition à se battre, il est préférable de s’abstenir, l’entrepreneuriat ne supporte pas le découragement et le manque de combativité.

Quels sont les facteurs clés de la réussite ?

Jean-Pierre Bansard : L’entrepreneur doit avant tout être un acharné de travail. Le travail est la clé de voûte de la réussite. La réussite repose également sur la connaissance du métier et la chance. L’insouciance éclairée, la volonté et la pugnacité sont les maîtres mots de la réussite.

Quelle est votre conception de la réussite ?

Jean-Pierre Bansard : Il n’existe pas de réussite individuelle, la réussite est toujours le fruit d’une œuvre collective. La réussite est comparable à une petite graine qui ne peut grandir et s’épanouir sans être entretenue et arrosée par les collaborateurs de l’entreprise.

Jean-Pierre Bansard, fondateur du groupe Cible et ancien sénateur.

Quel type de manager êtes-vous ?

Jean-Pierre Bansard : Je suis un manager assez paternaliste. Cette philosophie managériale est assez naturelle dans la mesure où mes trois filles travaillent à mes côtés, mais elle s’étend plus largement à l’ensemble de mes collaborateurs. Je considère mes filles comme les autres salariés et elles sont très attachées à ce traitement équitable.

Je m’intéresse beaucoup à mes collaborateurs, à qui ils sont, et à ce qu’ils font. Je me préoccupe de leur bien-être, je prends des nouvelles de leur famille et je prends leurs attentes en considération. Il est essentiel d’être aimé de ses collaborateurs et qu’ils sentent qu’on les aime en retour.

Le célèbre adage « une main de fer dans un gant de velours » illustre parfaitement mon mode de fonctionnement. J’agis paternellement tout en étant très ferme, l’alchimie subtile entre cet « amour » et une exigence élevée prenant tout son sens. J’attends de mes collaborateurs qu’ils me donnent le meilleur d’eux-mêmes, mais il est plus facile d’être exigeant lorsque l’on est proche de quelqu’un.

« Il est essentiel d’être aimé de ses collaborateurs »

L’autorité est-elle un levier de management efficace ?

Jean-Pierre Bansard : Je suis ferme mais pas autoritaire. Je ne domine jamais quelqu’un. Je pars du principe qu’il ne faut jamais montrer à un collaborateur qu’on est le patron. Il faut au contraire qu’il se sente le patron. Si je le place dans cette position, il va puiser en lui tout ce qu’il a de meilleur pour me convaincre de ce qu’il fait, et pour me montrer que cela fonctionne.

Être un patron dominateur revient à déresponsabiliser le collaborateur qui n’agit que parce que le patron en a décidé ainsi. Cette obéissance contrainte est très néfaste car elle annihile toute initiative et démotive les collaborateurs. Je veux montrer à chaque acteur de l’entreprise qu’il joue un rôle important.

Comment parvenez-vous à gérer simultanément vos différentes activités ?

Jean-Pierre Bansard : Le groupe a une organisation en râteau, comparable à celle d’une armée : chaque collaborateur commande quatre collaborateurs, chacun de ces quatre collaborateurs en manage quatre autres et ainsi de suite. Il est indispensable, pour gérer un groupe, d’avoir un dirigeant, un directeur des ressources humaines, un directeur financier et un directeur commercial.

Chaque activité doit être pilotée par une femme ou un homme qui assure la gestion au quotidien de cette activité. Lorsque nous envisageons le rachat d’une entreprise, nous cherchons son futur dirigeant en amont. Un bon dirigeant saura nécessairement s’entourer de bons collaborateurs et créer un cercle vertueux.

Vous considérez-vous comme un entrepreneur comblé ?

Jean-Pierre Bansard : J’aime ce que je fais et je le fais avec passion. Je considère mes collaborateurs comme ma seconde famille. La famille est une valeur cardinale pour moi. Certains m’ont accompagné dans l’aventure durant 40 ans…

Je suis épanoui dans ma vie familiale, entouré de mes quatre enfants et de mes onze petits-enfants, même si j’ai parfois le sentiment d’avoir sacrifié ma vie personnelle à mon travail. J’ai toujours donné sans compter et je suis trop passionné par ce que je fais pour ralentir.

Quels facteurs guident vos choix entrepreneuriaux ?

Jean-Pierre Bansard : Je suis porté par un esprit très « cocorico », j’ai la France chevillée au corps. Mon amour pour mon pays a guidé chacun de mes choix : les immeubles parisiens, Drouant, les Puces, Solex… Mais aussi l’Alliance Solidaire des Français de l’Étranger dont la philosophie intrinsèque est de venir en aide aux Français demeurant hors de France. Tout ce que j’ai entrepris est en rapport avec la France, à la façon dont je la vis, à la manière dont je l’ai perçue depuis l’Algérie, et à ce que la France représente et incarne dans le monde.

« La réussite est un triptyque : un homme, des idées et des moyens »

Quels conseils donneriez-vous aux autres jeunes entrepreneurs ?

Jean-Pierre Bansard : La réussite est un triptyque : un homme, des idées et des moyens. Lorsque j’ai une idée, je me demande systématiquement si j’ai la ressource humaine pour la réaliser, si elle est bonne, et si je vais avoir les moyens de la mettre en œuvre. Une fois que ces trois questions fondamentales sont posées, je suis en mesure de prendre une décision avisée.

Je suis assez surpris par le discours que tiennent les jeunes aujourd’hui : ils ont tendance à penser qu’il était beaucoup plus simple de réussir avant. C’est totalement faux ! Chaque époque permet la réussite et chaque crise est une opportunité qu’il faut savoir saisir. Mes affaires ont décollé en mai 68, car j’étais le seul à traverser la France malgré les grèves pour livrer des pièces à des usines à l’arrêt. Il me semble essentiel de revenir à l’effort et à la rage de réussir ses projets.

Avez-vous d’autres projets en incubation ?

Jean-Pierre Bansard : Malheureusement, oui… Pourtant, si j’étais raisonnable, je m’arrêterais là ! Je suis toujours animé par l’envie de faire de nouvelles choses. Je suis insatiable. Dès que je rencontre quelqu’un qui porte un projet intéressant, j’ai envie de le réaliser avec lui. J’ai actuellement deux ou trois projets en tête, mais je ne vous en parlerai pas pour le moment, de peur qu’on me vole les idées (rires).

Avez-vous songé à lancer un incubateur de start-up ?

Jean-Pierre Bansard : J’y ai beaucoup réfléchi. Un de mes projets est de créer un prix de la deuxième chance destiné aux jeunes entrepreneurs français à l’étranger qui ne sont pas arrivés premiers aux concours d’entrepreneuriat. Le second projet est tout aussi intéressant et possède davantage de potentiel que le premier. Beaucoup de projets exceptionnels ne sont pas assez pris au sérieux, et c’est un sujet qui me tient à cœur.

1 COMMENTAIRE

  1. Belle interview pleine de sens d’un très grand entrepreneur. Jean-Pierre Bansard est un grand créateur d’entreprises : Usines Center, immobilier, Puces de Saint-Ouen (marché Paul-Bert et marché Serpette), hôtellerie, Solex…

    Ce sont des personnes comme ça que nous devrions célébrer et mettre en avant. Ils créent de la richesse et des emplois, tout ce dont la France a besoin. Et point positif : il n’a jamais quitté la France, contrairement à d’autres ! Il est également Président de l’Alliance Solidaire des Français de l’étranger (ASFE), et son engagement auprès des Français expatriés est salué par tout le monde. Il a également été sénateur.

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