Tribune. Ô Campagne première, où sont passés ta grâce et ton paysage ombragé ? « Tityre tu patulae recubans sub tegmine fagi… ». Eh oui ! Tityre peut bien se reposer sous son hêtre, ça va recommencer cette infernale période électorale. La funeste modification du calendrier qui a raccourci les échéances en imposant le quinquennat prouve sa nocivité une fois encore en installant de nouveau dans le pays les tréteaux de la compétition.

Les chevaliers reviennent en lice! Ils vont s’affronter pour le meilleur et bien sûr le pire, ils vont promettre, donc ils vont mentir. Et sans rougir! Quel sera l’élu? Saint-Charybde ou Sainte-Scylla? Les juges vont s’en mêler, bien sûr, s’emmêler les pinceaux, biaiser les coups bas et tenter d’influencer le suffrage. C’est un métier! On votera malgré tout mais peu ou prou. Il va falloir écouter. A long ramage, fromage, eut pu dire Jean de la Fontaine, le fabuleux fabuliste. L’abstention étant devenue le premier personnage du Royaume, il serait bien hardi de pronostiquer les chances aussi bien des favoris que de la prétendante (vous me pardonnerez j’en suis sûr d’éviter l’horrible mot « challengère », avec son e muet caudal évidemment bien en place). Ah! la fortune! Le sort! Audaces fortuna juvat, comme l’a si bien dit Virgile (la chance favorise les audacieux) . Est-ce bien si sûr? Quelle faveur serait capable de distinguer les incompétents des peureux? Nous voilà rendus une fois encore à la croisée de chemins qui sont de moins en moins les nôtres pour arbitrer des choix qui de plus en plus nous indiffèrent.

Quand j’avais dix-sept ans, un malheureux rat de mon école fut surpris dans le couloir menant à la chapelle par l’un de mes camarades et futur confrère. Il savait tout ce rat de ce que savent les rats, j’en suis sûr, sauf ce qui allait lui arriver au pied de l’autel. La religion, les élections, c’est pareil en somme, c’est de la dévotion, sauf qu’il y a de l’abstention, de moins en moins de contrition et de la surprise. Il y eut poursuite et mort du rat. Horrible spectacle. Pauvre électeur! Et tout ça pour du beurre? (si j’ose dire). Oublions le rat, nous allons voter, et pour nous y préparer, nous allons devoir écouter comme je l’ai dit précédemment . Retour du sacré:les sermons, les homélies, la messe quoi! Tout ça pour faire revenir les mêmes? Plus d’argent liquide dans les fouilles? Masque obligatoire? Et piquouze comme aurait dit Audiard. C’est la France, ça, ou plutôt les jolies colonies de vacances de Pierre Perret? Armé du sacro-saint « manuel des castors-juniors », le sagace « Riri » (neveu préféré d’Onc’ Donald) ne va-t-il pas nous trouver de quoi nous égarer plus fort encore qu’aux précédentes élections présidentielles? La Tour prend garde! Ce serait plus prudent.

En résumé, comme le disent nos contemporains , »c’est pas gagné ».

Les champions vont rentrer en lice: caparaçonnés, chamarrés, couleurs arborées, armures rutilantes, en main la lance pour la joute, et coiffant la cuirasse le heaume qui abrite et protège le chef, qui se dit aussi la tête en langue ordinaire. C’est là que ça se gâte. Le chef c’est aussi le cuisinier, le coq, celui qui fait cuire. Comme Cornelia et Silvia, les empoisonneuses de Rome qui faisaient coquere les poisons. Allons-nous rissoler après ces élections à deux votants contre huit abstinents ? « J’en vois qui ne sont pas là » comme avait dit l’abbé Debarge après le meurtre du rat.

En quo discordia civis produxit miseros commente Virgile:voilà où la discorde a conduit les (malheureux) citoyens.

Le Garde des sceaux mis en examen par ses propres juges:on croit voir rejouer le désopilant film de Jean Yanne Deux heures moins le quart avant J.C. quand Michel Serrault jouant Caesar glapit au comble de l’énervement: »Gardes!Arrêtez ces gardes! » en désignant la milice de Cléopâtre qui s’oppose à la sienne.

Pour finir en musique, j’ai regardé avec intérêt et sans masque bien sûr, nanti d’un bon cigare de havane et d’un verre de fine Napoléon, le concert du 14 juillet donné par le maire de Paris à la Tour Eiffel, et j’y ai vu et entendu une jeune et jolie trompettiste jouer pieds nus. Fort jolis pieds ma foi, à n’en plus écouter la musique. Ah!les rêves! Et si toutes ces histoires n’étaient en somme que des histoires de pieds, si haut qu’ils puissent trôner.

Jean-François Marchi

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