Un premier ministre inconnu au mérite incontestable doté d’un sens de l’état et d’une volonté farouche !
Les coulisses d‘une nomination surprise.



Cela commence bien ! En occitan gascon, son nom signifie « château ». Si le pays pouvait renouer avec une politique d’ambition et de résultats, personne ne s’en plaindrait. Même ceux qui tombent déjà à bras raccourcis sur un homme qui n’a pas encore prononcé le moindre discours. Sauf pour remercier son prédécesseur, Edouard Philippe, ou pour visiter X-Fab une usine de semi-conducteurs ultra moderne de 1000 personnes dans l’Essonne, c’est un peu court. (même si on aurait préféré que le premier ministre choisisse pour sa première visite officielle une entreprise à capitaux tricolores, X-Fab étant détenue par le holding allemand Xtrion).

Pas besoin de connaître plus à fond ce Gersois bon teint, né à Vic-Fezensac, pour sentir qu‘avec lui cela va décoiffer. Amateur de rugby, c’est dans la charmante commune de  Prades (6000 habitants, Pyrénées-Orientales au pied du Canigou) où il est venu, jeune, pour respirer le grand air et soigner des problèmes d’asthme, (là où le violoncelliste de renom Pablo Casals s’était réfugié pour fuir le franquisme) que Jean Castex a rencontré son épouse (Sandra Ribelaygue avec qui il a quatre filles). Il y est aussi devenu maire en 2008 avant d’être réélu triomphalement en 2020. Castex n’est pas là pour faire de la figuration. Il l’a d’ailleurs très vite signifié dans son premier interview au JDD: « quand vous aurez appris à me connaître, vous verrez que ma personnalité n’est pas soluble dans le terme de collaborateur. » Bigre, cela promet ! On dirait du Raoult !

Le terme collaborateur n’est pas péjoratif, (excepté bien sûr pour la période funeste de la Collaboration) mais plutôt restrictif. Nous le verrons à l’usage.
Une chose est sûre, les traits et qualités du nouvel hôte de l’Hotel de Matignon semblent assez différents de celles du maire du Havre. Autant celui-ci semble en retenue, techno, administratif, pointilleux, intellectuel voire académique autant le nouveau chef de gouvernement apparaît offensif, concret, volontariste, ouvert et pragmatique. C’est de bonne augure, d’autant que ces qualités semblent mieux compléter celles du Président de la République. Bien plus qu’ Edouard Philippe en l’occurrence, dont les deux profils faisaient un peu doublon au sein de l’exécutif. Ce qui pouvait conduire à poser problème. Castex apporte a Macron cette touche provinciale, concrète et directe sans oublier le sens de l’organisation voire du management qui ne feront pas de mal.dans l’appareil d’Etat, on l’a vu lors des dernières gestions de crises, Gilets jaunes ou approvisionnement en masques.

Ce fils d’instituteur et petit fils de sénateur, Gascon de 55 ans est pourtant un pur produit de l’ascenseur social républicain à la Française. Après Sciences Po et l’ENA,. Il a connu toutes les étapes, de la Cour des comptes aux postes d’administration sociale sans oublier la Direction du Cabinet de Xavier Bertrand au ministère de la santé sans parler du poste de secrétaire général adjoint de la présidence Sarkozy. Un Nicolas Sarkozy que Jean Castex s’est empressé d’appeler en premier dés sa prise de fonction annoncée vendredi 3 Juillet. Un Nicolas Sarkozy qui a rencontré à déjeuner Emmanuel Macron le 8 juin dernier et qui aurait beaucoup poussé à sa nomination autant d’ailleurs qu‘un certain Francois Bayrou, toujours en cour auprès du président. Les deux hommes s’appellent chaque jour au téléphone.

Finalement, avec un tel parcours, on pourrait presque s’étonner que Le nouveau premier ministre n’ait jamais occupé de fonctions à responsabilité dans la sphère privée, même si son poste de Délégué a l’organisation des Jeux Olympiques de Paris en 2024 s’en rapproche. Cela lui aurait fait du bien même si cela semble désormais incompatible si l’on veut faire carrière dans notre administration d’Etat ! Le fait que Jean Castex ait fait sa première visite à une entreprise de production, même allemande, montre qu’il est prêt à endosser l’épineux sujet de l’impératif industriel. Tant mieux, tant il n’y aura pas de relance du pays sans relance effective de son appareil productif. Le choix du président s’il a surpris les observateurs qui attendaient plutôt Florence Parly, Jean-Louis Borloo voire Jean-Yves Le Drian, est sans doute avisé Car c’est un homme d’organisation qui connaît bien les rouages de l’administration qui arrive à Matignon. On ne la lui fera pas. Avec un président d’esprit plutôt conceptuel, la présence d’un premier ministre d’avantage porté au concret et manageur devrait contribuer à bien mettre en musique notre politique gouvernementale qui en avait  besoin… tant la complexité de notre système administratif semble désormais obsolète et démesurée.

Au delà de la popularité de son prédécesseur, qui récolte les fruits de la sortie de l’épidémie, bien des choix pouvaient prêter à contestation, à commencer par la réforme des retraites ou les 80 km/heure sans parler de la fiscalité ou des problèmes d’immigration et d’insécurité absolument pas traités. Les discours manquaient aussi d’envergure et de perspective malgré des traits d’humour jugés très british. Sans mettre en cause les qualités intellectuelles de son prédécesseur, gageons que l’autorité et l’élan que peut donner Jean Castex à la nouvelle équipe gouvernementale ne ne peut que faire du bien. Nous verrons dans les mois qui viennent.

Une chose semble rassurante est qu’il semble mener sa barque sans trop se préoccuper de ce qu’on dit autour de lui. Quand on ose écrire un livre sur le train et en particulier un livre sur « La ligne de chemin de fer de Perpignan à Villefranche « (écrit en 2017), on se dit avoir à faire à quelqu’un d’original qui ne cherche pas à se faire remarquer, qui mène sa barque comme il l’entend et qui ne peut qu’ affronter la tête haute bien des tempêtes. Et il ne manquera pas d’y en avoir tant sur les sujets de l’insécurité, de l’emploi ou du social.Autant avoir à la barre un capitaine au long cours. Castex peut être de cette trempe. Nous le saurons assez vite. La composition de son gouvernement sera également un bon indice. En cela, c’est peut être un nouveau Raymond Barre qui arrive à la tête de notre appareil d’Etat et cela ne peut que renforcer la confiance des Français dans leur pays… Ce qui est plus nécessaire que jamais !

Anecdote à ce sujet, j’échangeais hier avec un patron de tabac-presse à Lisieux (14) qui, assez défaitiste, me disait qu’ « un nouveau premier ministre, cela ne changerait rien, car c’était toujours le banquier (sic) qui dirigeait à l’Elysee… ». J’avais beau lui répondre qu’être banquier n’est ni insultant, ni rédhibitoire (Pompidou l’avait bien été aussi avant de s’avérer être l’un de nos meilleurs présidents avec le Général de Gaulle) et que si le Chef de l’Etat actuel a pêché, c’est plus par manque d’expérience et de connaissance du pays réel et de terrain. Rien n’y faisait, et j’avais du mal à calmer notre commerçant « insoumis »…

Comme si le scepticisme ambiant en matière politique semblait actuellement plus ancré que jamais. C’est peut être la chance de Jean Castex. Après tant de déconvenues depuis 30 ans, il ne peut que surprendre favorablement. Une bonne nouvelle n’est jamais à exclure surtout si elle concerne la France.

Robert Lafont

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