C’est une histoire incroyable. Sans formation, sans vocation et sans argent, Jacques Bouthier est devenu, en 40 ans, l’un des premiers courtiers en assurance et aussi l’une des 500 premières fortunes de France. Aujourd’hui, à 72 ans, à la tête d’Assu 2000 (185 M€ de CA, 350 boutiques, 19 sociétés, dont AB Courtage et Vousfinancer), on a l’impression, à l’écouter, qu’entreprendre c’est facile. Et on va finir par le croire…

Quelle est l’origine de votre envie d’entreprendre ?

Jacques Bouthier : Mon contexte familial ne m’a pas particulièrement poussé vers l’entreprise. J’ai commencé à entreprendre quand j’étais jeune. À 20 ans, vous êtes le plus beau, le plus fort, le meilleur. J’ai commencé dans le pétrole au sein d’une société (Trapil, entreprise fondée en 1950, qui existe encore aujourd’hui — ndlr) qui avait en charge le pipeline Le Havre-Paris. Intellectuellement, c’ était intéressant. Je gagnais très bien ma vie.

Et puis, j’ai postulé à un poste de responsable de la sécurité, mais on m’a dit que j’étais trop inexpérimenté… L’entreprise était récente, les cadres avaient 40 ans, je ne me voyais pas attendre si longtemps. J’ étais trop impatient pour attendre 20 ans qu’on me donne la possibilité d’évoluer. J’ai décidé de me débrouiller et de créer mon poste par moi-même. Voilà comment je suis parti dans l’assurance.

Vous vous êtes lancé par hasard ?

Totalement. J’ai répondu à une petite annonce. J’ai démarré en 1973 comme agent d’assurances au sein d’une compagnie qui a disparue depuis. Je me suis vite rendu compte que c’était un métier très contraignant, je suis alors parti dans le courtage, et j’ai créé ma société en 1975.

La légende dit que vous avez commencé avec un bungalow en bois dans votre jardin de banlieue, à Noisy-le-Sec (93)…

(Rires) C’ est vrai ! J’ avais acheté ma maison à crédit. Mon chemin donnait sur la rue et j’avais au bout une petite excroissance de terrain. J’y ai installé un bungalow en bois de 9 mètres carrés avec une secrétaire et une ligne téléphonique. En parallèle, je continuais à travailler dans le pétrole en trois-huit.

Avec le recul, referiez-vous la même chose ?

J’ étais plutôt ambitieux et prétentieux (rires). Mais je n’ai rien fait d’anormal : j’étais fait comme ça.

Comment s’est déroulé le lancement d’Assu 2000 ?

J’ai fait un peu de pub pour attirer les clients. C’était assez original pour l’époque. Dans l’assurance, la communication était surtout institutionnelle. Moi, j’ai fait de la communication promotionnelle comme un distributeur. Ce n’était pas forcément bien vu. Par la suite, j’ai rapidement acheté une boutique à côté de chez moi. Les clients ne voulaient pas faire 50 kilomètres pour un produit assez peu attractif. Puis, j’ai monté une deuxième boutique, et ainsi de suite. On a rapidement couvert l’Île-de-France. On est ensuite allé dans le Nord, puis à Lyon et Marseille.

À vous écouter, on a l’impression que réussir est à la portée de tous. Avez-vous connu des périodes difficiles ?

Non. À une époque, j’ouvrais pratiquement une boutique par semaine. Au début, j’allais les visiter régulièrement. Puis, j’ai fini par être un peu blasé. J’ai même failli vendre…

Pourquoi ?

Nous n’étions pas un courtier mais un distributeur de produits Axa. Ils concevaient le produit, on travaillait sur leurs machines… D’ailleurs, Axa disait un peu partout qu’Assu 2000 était à eux. J’ai pris la décision de faire du courtage classique. On a construit notre propre système informatique, et j’ai commencé à travailler avec d’ autres compagnies, Allianz et Generali.

On a pu concevoir nos propres produits. J’ ai retrouvé un intérêt à faire ce métier. On est presque devenu une compagnie d’assurances, nos partenaires n’étant que des réassureurs.

À quel moment êtes-vous arrivé sur leWeb?

Il y a 15 ans. On y est arrivé un peu par hasard. On a repris Euro-Assurances, un courtier spécialisé dans le deux-roues, une catégorie de produit qu’on ne maîtrisait pas du tout. Nous avons développé notre offre autour de leur activité Internet sur le deux-roues. L’Internet représente aujourd’hui plus de la moitié de notre production.

Nous possédons même deux pure players sur le Web : Euro-Assurances et Assuréo. L’Internet nécessite de gros investissements pour acquérir la compétence et développer des plateformes de distribution. Devant les coûts élevés, nous avons dû implanter notre plateforme au Maroc pour répondre à toutes les demandes de devis et tarifs de nos clients.

Quel regard portez-vous sur cette formidable trajectoire d’Assu 2000 ?

Du petit bungalow en bois à aujourd’hui, c’est une suite logique, un chemin cohérent. Quand vous avez mis le doigt dedans, il faut avancer.

Vous intéressez-vous à d’autres secteurs ?

On s’intéresse un peu au courtage de crédits. Ce sont des métiers similaires qui se rejoignent. Il y a beaucoup de synergies à trouver.

À l’instar du secteur bancaire, l’assurance subit elle aussi de plein fouet l’arrivée des start-up qui bouleversent le métier. Que vous inspire ces changements ?

On est monté à 420 boutiques ; aujourd’hui, on en a 350. La tendance est plutôt à la fermeture. Le métier de banquier est lui aussi en train de changer. Ils délèguent par exemple le crédit à des intermédiaires. Quand j’ai démarré dans l’assurance, les banques étaient en avance en matière d’informatique et de digital.

Mais aujourd’hui, les banquiers sont plutôt en retard par rapport aux assureurs. Dans la banque, de nombreuses start-up essaient de bouleverser le secteur. De notre côté, on observe d’ éventuelles opportunités autour des agrégateurs. Il faut être à l’affût, attentif aux tendances. Le monde évolue. Le client a raison. C’est lui qui nous oblige à évoluer. Soit vous l’intégrez, soit vous disparaissez.

Ces jeunes pousses de l’assurtech menacent-elles votre groupe ?

Pour l’instant, ça ne bouleverse pas beaucoup le secteur. C’est très sectoriel, notamment sur la santé, qui est un domaine très particulier. Mais sur l’automobile, il n’y a pas grand chose. Cela ne me fait pas peur. Si ça bouleversait le secteur, on se jetterait dessus. Dans nos métiers, on joue beaucoup à se faire peur… On a une bonne équipe informatique chez nous, et nous n’avons pas peur de copier une bonne idée trouvée ailleurs.

Et si une opportunité se présente ?

Je regarde les belles idées. Et si on peut mettre un ticket dedans, on le fera. Je pense notamment aux produits d’assurance autour des nouvelles formes de mobilité. Il faut garder les yeux et les oreilles ouverts, sinon vous risquez de rester sur le bord de la route.

Votre développement international semble à l’arrêt. Pourquoi ?

On a fait quelques tentatives. A l’époque où on implantait des boutiques dans toute la France, on a eu l’idée de reproduire ce succès à l’étranger. On a essayé en Espagne et en Italie. Mais il faut être honnête : on a dû fermer car le modèle qu’on avait développé en France n’était pas économiquement rentable dans ces pays. Aujourd’hui, on regarde plutôt vers les pays de l’Est, la Pologne notamment. Mais nous avons tellement de choses à faire en France que nous n’avons pas l’intention de lancer de projet dans l’immédiat.

A l’avenir, que changerez-vous à votre stratégie ?

On optera pour un schéma différent. On partira sur des modèles Internet avec des pure players. C’est dans l’air du temps.

Propos recueillis par Thibaut Veysset

1 COMMENTAIRE

  1. j ai bien connu assu 2000 comme entreprise en 1980 je pense que cela a ete pour moi une opportunite pour y travaille comme je l avais toujours pense une sorte d epicerie de l assurance ou chacun pouvait trouver son produit de base ou de qualite superieure j aimais le commerce de detail et les contactes humains alors j ai pu mettre en exergue mes compétences pendant 35 ans dans cette entreprise merci a jacques bouthier.

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