Sa réussite a de quoi en faire pâlir plus d’un ! Pur produit de la République, Aziz Senni est un de ses exemples de réussite sociale que l’Hexagone aimerait ériger en vitrine d’un modèle fructueux.
Et pourtant, ce jeune entrepreneur et homme politique de 39 ans est loin d’être tendre avec le système français. Né à Khouribga au Maroc d’un père cheminot et d’une mère femme au foyer, ce self-made-man a grandi dans la cité du Val Fourré à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, où il réside encore aujourd’hui.
Son BTS Transport et Logistique en poche, il crée à 23 ans Alliance, Transport et Accompagnement, entreprise de «taxis collectifs». Homme de convictions, porteur de valeurs républicaines et humanistes, il devient en 2006 conseiller de François Bayrou, en charge des questions de société.
Fort de ses succès entrepreneuriaux et de son engagement citoyen, il crée en 2007 Business Angels des Cités (BAC), devenu depuis Pacte Partenaires, le premier fonds d’investissement dédié aux zones urbaines sensibles, qui a déjà accompagné une quinzaine d’entreprises pour un montant de 3 M€. Aziz Senni a désormais soif de réussite pour tous les jeunes de banlieues et compte bien faire bouger les lignes.
Obtenir la reconnaissance sociale du statut de chef d’entreprise, gagner de l’argent, mettre mes proches à l’abri du besoin et aider davantage mon prochain est une victoire. Je n’ai pas le sentiment d’avoir fait quelque chose d’exceptionnel. J’ai beaucoup travaillé pour réaliser mon rêve et je ne me considère pas “arrivé”. La vie d’entrepreneur est un combat quotidien.
À mes yeux, le véritable sens de la vie reste l’engagement au bénéfice du bien commun. Ces valeurs me guident à travers chacune de mes entreprises, philanthropiques ou financières.
Ce territoire, à l’image de tous les quartiers populaires de France, m’a appris à me surpasser et à être persévérant. Il m’a fait grandir auprès de femmes et d’hommes formidables, debout malgré les difficultés, les relégations, les stigmatisations. Ma responsabilité est de contribuer à renvoyer l’ascenseur aux plus modestes et ils sont nombreux, afin qu’ils puissent réaliser leurs objectifs.
En tant qu’entrepreneur, j’ai proposé à plusieurs grands patrons tels Claude Bébéar, Éric de Rothschild, Gonzague de Blignières, Michel David-Weill, Patrick Sayer, Gilles Cahen Salvador... de soutenir ce projet socialement responsable pour aider les entrepreneurs issus de ces territoires ou souhaitant s’y implanter. Entrepreneuriat et emplois : voilà les solutions prioritaires pour ces territoires oubliés de la République.
C’est une immense fierté que d’avoir été le premier à amorcer l’idée de business angels à destination des banlieues. Aujourd’hui, lorsque je vois que d’autres entités telles que Planète Finance lancée par Jacques Attali ou la Caisse des dépôts et consignations nous ont emboîté le pas, je suis fier. Les nombreuses heures dépensées à convaincre mes investisseurs n’ont pas été vaines.
Comment peut-on développer un pays où les citoyens ne croient plus aux vertus du mérite mais davantage à celles du réseau, du piston et du profil “bien né” ? J’aspire à faire mentir cette réalité et je continuerai mon combat pour que nos enfants puissent ne plus avoir de doute : le travail finit toujours par payer !
Peugeot aurait-il fermé son site d’Aulnay ? Ces territoires souffrent d’un chômage 5 fois supérieur à la moyenne nationale, cela veut dire qu’il y existe une main-d’œuvre motivée et prête à travailler. Disponible, le foncier est peu cher. Avec des dispositions fiscales offensives, donnons de vrais intérêts aux entreprises de venir s’implanter en banlieue. Les pouvoirs publics doivent être facilitateurs sur ce dossier.
Le président de la République a annoncé la création d’une agence de développement des territoires, une perspective intéressante, à condition qu’elle soit une plate-forme de coordination et d’optimisation des moyens existant aujourd’hui éparpillé. Je suis candidat déclaré à la présidence de cette agence. Si le président de la République me faisait confiance, cette agence pourrait agir sur plusieurs segments, en concertation avec les collectivités locales et les acteurs existants.
Aziz Senni est l’auteur de “L’ascenseur social est en panne... : J’ai pris l’escalier !”, “Monte ton Biz. Les 10 commandements de l’entrepreneur des cités” et “L’ascenseur social est TOUJOURS en panne... il y a du monde dans l’escalier”.