Être différent suppose de se dire que si on ne faisait pas ce que l’on fait, quelqu’un d’autre le ferait mais d’une autre manière. Lorsque l’on travaille dans un groupe, il en est autrement, même si je fais les choses à ma manière, si je n’étais pas là, un autre le ferait aussi. Je suis animé par l’envie d’être libre au sens où lorsque l’on monte une société, on est assez vite très occupé et plus maître de son emploi du temps, mais si on souhaite s’absenter une journée, c’est possible sans devoir rendre des comptes à son supérieur.
J’avais envie de créer quelque chose de nouveau et d’être utile, c’est un thème fort de ma nouvelle société. J’ai à cœur de laisser une trace positive sans pour autant faire dans les ONG comme ce fut le cas un peu avant. Je ne suis donc pas en train de remonter une ONG mais de créer une boîte dont j’ai envie qu’elle ait un impact et un ascendant positifs. En créant sa boîte, on peut choisir les personnes avec lesquelles on travaille, c’est un point très important.
Dans un monde idéal, il faut combiner les deux profils : des gens qui se sentent différents et acceptent cette différence en portant donc cette créativité en eux et en même temps, des personnes hyper rigoureuses, car monter une boîte est loin d’être la vie d’artiste. Il faut ce côté créatif un peu iconoclaste afin de voir ce que les autres ne perçoivent pas forcément et la rigueur dans le choix des personnes avec lesquelles on travaille, la façon dont on manage les équipes, les objectifs que l’on s’assigne et ce que l’on fait si on ne les atteint pas, etc. Il faut avoir une vision à long terme tout en gérant le quotidien de façon très concrète et précise.
Le profil est assez jeune mais le fait d’être sur des projets Web peut jouer. La majorité est plutôt masculine bien qu’il y ait également des femmes. L’âge moyen oscille entre 25 et 35 ans, ce sont généralement des personnes qui ont fait des études supérieures et ont souvent une première expérience dans un grand groupe ou une société de conseil. Nous ne sommes pas du tout dans le cas de figure de personnes qui arrivent en fin de droits (45-50 ans), cliché du créateur d’entreprise « forcé » tel qu’il existait il y a 15 ans. Il y a en a encore et c’est une bonne chose car leur expérience et leur vécu sont très utiles.
Plus spécifiquement, nous ne nous positionnerons pas sur un secteur si l’on pense qu’elle puisse atteindre cette taille. De mon expérience, il n’est pas beaucoup plus compliqué de monter une grosse boîte qu’une petite qui fonctionne. Monter une petite boîte qui vaut 100 millions ou 100 milliards ne change pas grand chose. L’enjeu est plus en termes de taille de marché et de forces en présence.
La question est plus de savoir si l’on est dans la tendance et si l’on s’inscrit que de savoir si l’on est bon. Il faut bien choisir son idée en amont. La troisième ambition consiste à avoir une idée utile pour les gens d’un point de vue sociétal et donc de rendre service. Le thème fédérateur du projet est « Nourrir la planète », je souhaite réfléchir sur ce thème dont je défends les valeurs. Il est vrai qu’en France, nous avons plus de scrupules et de freins psychologiques.
Une toute petite idée est galvaudée en idée globale, alors qu’il ne faut pas se mentir, certaines idées n’ont pas de vision globale. Il y a donc un peu de l’esbroufe dans la mentalité américaine mais en même temps, il est plus facilement accepté d’avoir de l’ambition. Cependant, chez ISAI, nous avons de moins en moins de personnes qui arrivent avec des idées locales, les projets sont de plus inhérents à une vision globale. Dans la plupart des boîtes dans lesquelles nous avons investi avec ISAI, il existe en effet une idée globale. Il y a parfois des cas exceptionnels où le marché est très grand au niveau local etc… Nous n’avons plus de difficultés à trouver des entrepreneurs qui pensent global, alors qu’il y a 15 ans, lorsque j’ai démarré PriceMinister, les gens nous disaient qu’une ambition nationale était déjà bien suffisante. Les mentalités ont évolué.
Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer comment nous faisions y a 20 ans. Les boîtes vont beaucoup plus vite et la démarche est résolument plus globale. Même lorsque l’on ne crée pas une boîte dans le secteur d’internet, il faut se poser la question des concurrents étrangers à moins d’un business très spécifiquement local. La circulation de l’information est incroyable, on accède directement à des informations sur les concurrents, sur les nouveautés dans notre secteur, sur ce qui marche et ce qui ne fonctionne pas.
Ce n’est pas pour rien que l’on parle de société de l’information. Nous avons tellement d’informations à disposition sur notre business, qu’avec une bonne intelligence, on peut être particulièrement efficace. Il existe aujourd’hui une capacité des entreprises à récupérer et à agréger des informations, à prendre des décisions de manière beaucoup plus intelligente que cela soit dans le domaine commercial ou marketing. On fait des choses incroyables sur internet. On connaît le coût d’acquisition de chaque client par canal et on sait targeter les gens au bon moment.
ISAI est actionnaire de Tinyclues, une société spécialisée dans le Big Data. Elle est composée de Normaliens qui font des algorithmes toute la journée et sortent des choses extraordinaires. A partir d’un historique d’achats sur plusieurs millions de clients, ils vous expliquent à quelle personne il faut envoyer tel mail et pour quel produit. Cela fonctionne. Le consommateur est surinformé et il s’en trouve donc complètement transformé quant à ses comportements d’achat. Il veut du retail, il compare tous les prix, il est très avisé et beaucoup plus intelligent, non pas au sens computing du terme, mais au niveau de l’information dont il dispose. Je pense que l’on peut voir ce sujet comme un sujet incrémental permettant à des boîtes d’être meilleures en marketing mais également d’imaginer des modèles qui n’existaient pas avant.
C’est précisément ce qui m’intéresse le plus dans Internet. La véritable nouveauté, c’est un PriceMinister qui met en relation des gens qui ne se connaissent pas dans une logique de place de marché. Internet ouvre les champs des possibles à des modèles et particulièrement à des modèles fondés sur la mise en relation qui se font à coup zéro. Certains modèles économiques se greffent ensuite dessus et monétisent cette mise en relation. Globalement, tout ce qui est mise en relation d’une offre et d’une demande sont des modèles assez fabuleux (modèle de Price, des sites de rencontres, du crowdfunding, de Facebook, des petites annonces). Le boncoin.fr en est le parfait exemple, il s’est construit sur le modèle de Paru Vendu mais avec une puissance bien supérieure car Internet rend la relation immédiate, gratuite et efficace.
J’évalue les évolutions et risques possibles à leur maximum en accordant une préférence pour les upside. Une bonne équipe et un solide projet peuvent m’enthousiasmer sans pour autant que celui-ci ait une envergure mondiale. J’éprouve un grand plaisir à participer à une aventure intéressante et à contribuer à des projets à travers des investissements.
En tant qu’entrepreneur, parler de ce que l’on fait peut avoir du sens car cela peut créer ou réveiller des vocations. Parler pour parler de moi ne m’intéresse pas. En politique, on s’exprime majoritairement pour parler de soi car les gens voteront pour vous s’ils vous ont trouvé bien à la télé. Lorsque vous montez une boîte, sa réussite n’est pas liée au fait que l’on vous ait apprécié à la télé, elle fonctionne si elle propose un bon produit à ses clients. Être jugé sur les faits me plaît. Je trouve qu’en politique, les gens ne sont pas tous d’un bon niveau.
On est dans un milieu très agressif et pour ma part j’ai envie d’énergie positive au quotidien, j’ai envie de passer du temps à rendre le monde meilleur et à être très utile. On rentre en politique par vocation, mais au quotidien, on passe beaucoup de temps à communiquer et à éviter les coups des autres. Mon but est de faire des choses utiles pour le reste du monde, et j’estime que la part du temps y étant consacrée est trop infime. Je souhaite consacrer le plus de temps possible à ce qui me passionne.