En France, ce Y définit les personnes nées entre 1978 et 1994. Le terme est apparu dans un magazine en 1993, même si la véritable invention est plus ancienne avec la Génération X qui désignait la classe 1965-1977.
Ce code a été inventé par Douglas Coupland dans l’un de ses ouvrages. Ce Canadien a en effet écrit « Génération X : Tales for an accelerated culture » en 1991. Dans son livre, il mettait en exergue trois points spécifiques à cette classe d’âge : la saturation des médias, l’absence de valeurs religieuses et l’instabilité économique. X, Y, Z… Le Y fait référence au mot Why qui se prononce comme la lettre en anglais et signifie pourquoi.
On a rajouté à cela le fait que ces jeunes ont toujours leurs écouteurs sur la tête, ce qui forme un Y jusqu’au téléphone. On en entend parler pour la première fois en 1993 dans le magazine Advertising Age. Ces enfants des baby-boomers ont bénéficié du fait que leurs parents ont pu progresser dans leur vie grâce à la croissance et ont cocooné leurs enfants. Il est donc normal qu’ils considèrent être spéciaux et mériter un traitement privilégié.
Pour comprendre ce phénomène sociologique, il faut définir les caractéristiques propres à cette génération.
Démographiquement, cela représente en France quelques 13 millions de personnes, la génération la plus nombreuse depuis le baby boom d’après-guerre. trer rapidement dans l’âge adulte. Comme toujours, il ne s’agit que de tendances évidemment, les exceptions existent, mais les témoignages pleuvent de ces jeunes adultes qui veulent rester dans le monde de l’adolescence. Ils mettent des mois avant de commencer à étudier le code et passer leur permis de conduire, sortent fréquemment, boivent beaucoup, prévoient leurs sorties deux heures avant, ne sont pas particulièrement pressés d’entrer dans le monde du travail et encore moins dans le cercle routinier du « métro-boulot-dodo-impôt ».
Jusqu’à un âge relativement avancé (du moins de l’avis de leurs parents), ils souhaitent continuer à vivre librement, avec le moins possible d’attaches et la possibilité de continuer à sortir et s’amuser comme à 20 ans. Cela ne les empêche absolument pas de s’établir en couple, ni d’avancer dans la vie par ailleurs. Si un problème survient, il savent pouvoir compter en partie sur le système social comme sur leurs parents qui les récupèrent souvent à la maison la trentaine venue pour des périodes plus ou moins longues.
La génération Y ne fait pas preuve de mauvaise volonté, mais souhaite savoir pourquoi on lui demande de faire une série d’actions qui paraissaient auparavant évidentes. Pourquoi apprendre les maths, pourquoi aller au lycée, pourquoi attendre, pourquoi s’abstenir de fumer, pourquoi travailler, pourquoi en faire plus ?
Dans un monde où certaines libertés ont disparu, comme le fait d’avoir des relations sexuelles sans préservatif, ou fumer sans culpabilité, où les contraintes il est vrai sont de plus en plus nombreuses, où les permis sont à point, où la pollution s’étend et les contrôles de tout poil incessants, ils refusent que l’on vienne un peu plus entraver leur liberté sans que l’on ne soit à même de les convaincre que cela vaut effectivement la peine.
Il est clair qu’internet et toutes les nouvelles possibilités de communication ont une influence déterminante pour la génération Y, que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle. Les enfants jouent sur les écrans de plus en plus tôt, et ils communiquent en ligne dès 13 ans, et souvent avant. Ce phénomène est très certainement le plus marquant pour cette génération, car il marque un changement de mode de vie, sans retour en arrière possible.
Le Y se promène les écouteurs dans ou sur les oreilles, télécharge illégalement à tout-va, adore la musique et ignore quasiment ce qu’est un CD. Connectés et mobiles, les Y sont ouverts au monde, mais loin d’être révolutionnaires. Au Etats- Unis, on qualifie parfois les Y de « Digital natives » car ils sont nés en sachant tapoter sur leur petit clavier ou presque. Cela a modifié en profondeur les modes de communication, mais n’a pas pour autant supprimé le besoin de se voir.
Les adolescents s’envoient des messages multiples, se mettent en scène par des photos prises très fréquemment (en particulier les filles), mais cela ne vient pas remplacer le besoin de se voir, au collège, au lycée, au bureau ou en soirée. Ce besoin d’être connecté en permanence est nouveau, et concerne également les parents qui utilisent leurs cordon ombilical permanent vis-àvis de leur progéniture, provoquant de ce fait eux-mêmes une attitude de dépendance inconsciente. La génération Y n’est pas spontanée, ses différences résultent en effet de nouveaux moyens technologiques, mais elle est aussi le reflet du comportement parental face à cette nouvelle donne.
Ce besoin de concret peut être lié au point précédent. On pourrait en effet penser que les écrans poussent ces jeunes à être de plus en plus dans le virtuel, ce qui n’est pas faux si l’on pense à certains jeux vidéo par exemple. Pourtant, la génération Y ne renie pas le concret, bien au contraire, elle adore tous les nouveaux gadgets, connaît l’utilité de l’argent, elle n’est pas plus éloignée des réalités que la précédente en dépit des apparences. Avec les écrans et les nouvelles émissions, ils ont vu et revu qu’il était finalement facile de devenir riche et célèbre y compris sans qualités extraordinaires.
Que l’on parle de Nabila, Zahia, ou de tel rappeur qui sort de sa cité sans compétences réelles, il semble possible de gagner des millions, même fugitivement. Le fait d’avoir un CDI et de faire son bout de chemin paraît alors bien terne par rapport à ces exemples porteurs de frustrations. Si le concret reste bien présent dans leur vie, c’est qu’en dépit d’exemples tendant à leur prouver qu’il est finalement facile de devenir « star », les difficultés qu’ils peuvent constater autour d’eux, directement chez leurs parents ou chez leurs proches leur rappellent que tout n’est pas si simple que dans certaines émissions télé. Une fois adultes, ils n’ont aucun mal à faire la différence entre ce qui est mis en scène et la réalité quotidienne.
Les enfants Y ont été chouchoutés par leurs parents, et ils entendent continuer à l’être. Ils ambitionnent de devenir de vrais chefs d’entreprises, ou d’être riches, et peut-être certains se lanceront plus aisément dans la création d’entreprise que les plus âgés. Disposer d’une information immédiate, pouvoir suivre l’activité de ses amis au jour le jour et presque heure par heure n’éduque en rien. La génération Y a moins d’opportunités que les précédentes de laisser aller son imagination et de laisser la place à la réflexion. Ingérer une série d’informations plus ou moins intéressantes ne galvanise en rien l’esprit. Un peu comme la génération X qui a rencontré de grandes difficultés par exemple dans la vie professionnelle à gérer le flux d’emails (quelle priorité, quelle importance, comment traiter l’essentiel, comment le classer ?), la génération Y ploie sous les visions d’écrans sans que ceux-ci ne provoquent forcément une maturation de l’esprit.
Les vieux sages de l’éducation insistent encore sur le fait qu’il ne faut pas culpabiliser de laisser son enfant parfois s’ennuyer. A lui de trouver une solution au problème et de réfléchir de temps à autre, même forcé, à ce qu’il a vraiment envie de faire. On peut dire que la génération Y est la première à avoir autant de facilités à subir la tyrannie de l’écran. Déjà à l’époque des baby boomers, certains craignaient que l’impact de la télévision, en dépit du progrès qu’elle représentait, ne produise des générations d’enfants fixés sur les émissions jeunesse.
Aujourd’hui, le phénomène est accru du fait que les écrans nous suivent partout. Pourtant, le problème de fond n’a pas changé : les parents doivent toujours éduquer leurs enfants afin que leurs intérêts soient variés. Et s’ils s’occupent en effet de les inscrire dans telle activité sportive, il arrive souvent que le reste soit abandonné au milieu scolaire uniquement, supposé savoir les faire progresser par ailleurs. Une bien grande responsabilité pour des professeurs qui n’ont pas à être des parents !
Même si cela reste peut-être anecdotique par rapport au reste, force est de constater que la génération Y est en grande majorité… nulle en orthographe. La faute à la façon dont ils apprennent à lire, ou à intégrer la grammaire française sans doute, car il serait un peu léger de faire por ter cette responsabilité aux simples messages SMS.
L’orthographe se doit en effet d’être intégrée dès le primaire, or ce n’est plus le cas, y compris chez des élèves qui ne rencontrent pas de vraies difficultés. Une désolation pour tous les amoureux de la langue française, d’autant qu’à l’oral cela n’est pas vraiment non plus la fête. Une phrase bien troussée, un vocabulaire quelque peu élaboré, rien de tel pour se distinguer et se retrouver isolé d’une bande de « potes ». Un véritable problème actuellement en particulier pour le monde du travail qui garde des codes stricts en cette matière, mais doit s’adapter à des profils aujourd’hui différents dans ce domaine.
Les années soixante ont été celles d’une formidable croissance où le chômage était réservé ou presque à ceux qui ne voulaient pas travailler comme l’on disait à l’époque. Depuis le début des années 70, l’économie a vécu plusieurs crises et la possibilité du chômage a été intégrée dans l’esprit des citoyens. Il faut ainsi se souvenir de certains éléments, par exemple que les lycéens qui passaient leur bac en 1977 le désignaient en riant comme le « Brevet d’Aptitude au Chômage ».
La politique en revanche représentait encore un espoir, et l’on peut dire qu’aujourd’hui cet espoir a en grande partie disparu chez les Y. Non pas qu’ils ne veuillent plus voter ou ne puissent soutenir tel ou tel candidat, mais ils ne pensent pas que cela changera vraiment la donne. Quel dommage de ne pas avoir le temps de les attirer sur la philosophie ancienne en terminale pour leur apprendre tout ce que la vie de la Cité peut représenter !
Les spécialistes du recrutement et des relations humaines se sont intéressés à cette fameuse génération Y et tous s’accordent sur un point : il est impossible d’appliquer les règles du management traditionnel avec ces jeunes. Les modèles ont totalement changé, les outils également, il est donc normal que des adaptations soient nécessaires pour coller à l’époque. Il faut donc modifier son discours, mais aussi savoir gérer le fossé qui se creuse souvent entre les plus jeunes et les plus âgés. Professionnellement, la génération Y a bel et bien une approche quelque peu différente, et les sociologues ont repéré les points suivants :
Ils travaillent donc plus efficacement en groupe tout simplement, car il est moins facile de passer du temps sur des écrans personnels. Or cette discipline ne leur est pas familière, voire ils ne comprennent pas qu’on les empêche de consulter leurs écrans privés. Les patrons doivent souvent leur apprendre quelles sont les limites acceptables en ce domaine.