Nous avons une tradition familiale de l'artisanat, du travail par soi-même ou le capital est entendu comme le savoir-faire et le travail de chacun. Nous avons toujours aimé et honoré ces valeurs au sein de notre famille. Ce fut pour moi une source d'admiration au cours de mon enfance et de mon adolescence de voir cette entreprise familiale de quatre personnes qui faisait tourner une boucherie-charcuterie le dimanche, les jours fériés et même durant les vacances.
Cela respirait le plaisir de faire ensemble, même si ce n'était pas toujours facile… Le monde de l’entrepreneuriat appartient ainsi à mon univers personnel. C’était donc un vieux rêve personnel, qui se réalise maintenant.
J'étais alors rapporteur dans l’optique de faire bouger les choses. Le système brisait des vies d'entrepreneurs, d'artisans et de commerçants. Au Gouvernement plus tard comme Ministre de l’Economie et du Redressement Productif, je me suis battu pour sauver le plus possible d’outils industriels et d’emplois menacés, j’ai lancé les 34 plans industriels du renouveau de notre industrie dont certains connaissent aujourd’hui un grand succès (chimie verte, véhicule autonome, satellites électriques, biotech, cloud numérique), j’ai lancé la bataille culturelle du Made in France, et notamment créé la BPI.
J’ai volontairement pris ce risque. Il était donc acté que je ne reviendrais pas à l'Assemblée nationale comme député à l'image de beaucoup de ministres lorsqu'ils sortent du gouvernement. Je savais exactement quel était mon sort puisque j'en avais décidé ainsi. Mon choix fut de m'obliger à écrire une nouvelle page personnelle comme je l’avais fait après avoir été avocat en devenant jeune député à l'âge de 30 ans.
Nous n'étions que quatre Français dans la promotion, ce qui me permit de sortir du débat franco-français. J'ai donc dispensé plusieurs cours dont un sur l’utilité des nationalisations (!) car je pense que l'État doit être souverain, fort et exercer la défense des intérêts industriels de sa population. Mes cours ont rencontré un franc succès auprès des participants allemands, américains, chinois, africains et asiatiques, à l’exception des Anglais tout de même qui m’ont traité de socialiste, ce qui n’était pas une injure à mes yeux.
Les apprenants issus du monde de la finance étaient les libéraux les plus radicaux mais tous les autres étaient des interventionnistes de mon acabit. Plonger dans cet univers mondialisé fut passionnant et c'est à cet instant que mes projets ont germé.
Les incubateurs que l’on nommait précédemment « pépinières » sont également présents dans les milieux ruraux. Mon idée est d'aller plus loin : je vais chercher de l'argent pour financer, piloter, monter l'équipe et m’investir dans le cadre de projets « made in France » pour les conduire le plus loin possible. Ce sont des incubateurs activistes !
Nous apportons du capital et les agriculteurs apportent leur travail afin de créer une alliance productive vertueuse. Ainsi, leurs exploitations sont moins endettées, leurs revenus sont meilleurs. Ce sont des investissements au long cours. Nous plantons des vergers d’amandiers pour les 25 prochaines années et nous investissons en long terme dans les extraordinaires savoir-faire de nos apiculteurs.
Nous montons des fermes qui ont des tailles suffisamment importantes, selon un modèle économique innovant que nous cofinançons, pour avoir des exploitations solides, durables et qui assurent une meilleure rémunération aux agriculteurs en les mettant à l'abri.
Ces agriculteurs sont confrontés à des cycles de revenus extrêmement violents et des revirements de cycles brutaux dans la mesure où il existe désormais une spéculation sur leurs produits, considérées comme des matières premières. Il n'existe plus de protection ni de régulation des prix car la politique agricole commune est en train de disparaître, et il n'y a presque plus de soutien et de protection des agriculteurs, de leurs revenus, ni même des cours alors que nous avions créé il y a presqu’un siècle les Offices du blé et du vin pour les réguler.
Les agriculteurs évoluent désormais sur des marchés violents et cruels. Le système de l'entreprise agricole dans lequel la dette est la seule source de financement n'est pas tenable.
Nous avons résolu ce problème en prenant le risque de lever 50 millions d’euros pour 2 000 hectares en France représentant 60-70 fermes de 20 à 30 hectares dans toute la région méditerranéenne. Nous investissons aux côtés des agriculteurs en louant leur terre pour les exploiter avec eux. Nous ne sommes pas acquéreurs de la terre comme le sont les investisseurs chinois, parce que nous respectons au plus haut point le travail et le savoir-faire de l’agriculteur.
Nous investissons donc dans leurs fermes, à leurs côtés, nous plantons les arbres et nous partageons ensuite le résultat de nos efforts communs. C'est un modèle complètement innovant qui permet de reprendre une production qui a disparu. Nous avons regardé attentivement la carte du monde car il existe une géopolitique des produits agricoles.
L'amande est produite à 80 % par la Californie, à hauteur de 365 000 hectares. Ce territoire est en stress hydrique maximal (situation où la demande en eau dépasse les ressources disponibles, NDLR). Les Australiens l'ont compris : ils veulent désormais remplacer la Californie.
En 1948, il y avait 10 000 hectares d'amandiers en Provence mais nous avons abandonné cette production qui a désormais une offre mondiale inférieure à la demande. La demande est considérable et est structurellement en hausse mais il n'existe pas de produit français. Mon action présente à la tête de la Compagnie des Amandes fait partie de mon engagement en faveur du « made in France ».
J'ai rencontré plusieurs apiculteurs contraints de cesser leur activité suite à leur faillite. Dans mon livre programmatique sorti à l’occasion de ma candidature à la Primaire 2011, lorsque j'ai mis en ballotage M. Hollande et Mme Aubry, j’avais dédié un chapitre à la mort des abeilles. C’est un des grands sujets de notre société.
La chute du nombre d’abeilles est concomitante à la décroissance de la population apicole professionnelle, les apiculteurs de loisirs perdant ainsi leur cheptel car ils ne savent pas le reconstituer, faute de formation. Nous avons ainsi créé l'Ecole nationale des Hautes Études Apicoles, en partenariat avec l'INRA, le CNRS et le Museum national d'histoire naturelle, NDLR) dans laquelle nous recrutons et formons des hommes et des femmes en reconversion professionnelle qui veulent changer de vie et monter une ferme apicole de repeuplement.
Cette grande école professionnelle permet des reconversions dans ce métier magnifique qui cherche des talents et des personnes qui ont envie de se consacrer au repeuplement des abeilles avec des modèles économiques innovants, des stratégies d'élevage et de sélection comme on le fait dans les grandes exploitations apicoles de France et d'ailleurs.
L’école formera entre 10 et 20 apiculteurs chaque année. Nous allons par ailleurs lancer une marque de miel issu de ces fermes qui permettra de faire participer les consommateurs au repeuplement et de s'engager. Les apiculteurs ont besoin d'être soutenus par les consommateurs et nous souhaitons encourager une alliance entre eux pour repeupler ensemble la France en abeilles.
Selon une étude réalisée par l'Université de Reading (Angleterre) à laquelle l'Inra (Institut national de la recherche agronomique) a participé, il manque près de 13 millions de ruches en Europe et au bas mot plusieurs centaines de milliers en France. Cette marque, qui sera légèrement au-dessus du prix du marché, permettra de mieux payer l'apiculteur en contrepartie d’un miel tracé, d’origine France garantie, non mélangé et respectueux de la nature.
L'INRA a manifesté le souhait d'être dans le capital de notre entreprise et sera donc présent dans notre projet, y compris pour y mener de la recherche scientifique et technologique visant à rendre l’abeille plus forte.
J'ai toujours défendu cette vision patriotique de l'économie car il existe des forces dans notre pays qui doivent être soutenues - l'Etat ne le fait pas suffisamment avec les marchés publics, par exemple. La société s'emparant du sujet, cela devient une solidité de notre pays et nous devenons capables de reconnaître par nous-mêmes nos propres savoir-faire. Le bilan est donc positif culturellement mais aussi sur le plan économique car nous avons aujourd'hui des modèles économiques complètement innovants qui gagnent.
A titre d'exemple, le numérique favorise le développement du « made in France ». Quand vous fabriquiez des jeans, les distributeurs prenaient la marge du producteur vous contraignant à délocaliser la production hors de France pour des raisons de coûts. Aujourd'hui, lorsque vous vendez sur Internet, la marge du distributeur a disparu et vous pouvez donc plus facilement payer les ouvriers, les confectionneurs, les techniciens et le tissage en France.
Vous faites donc travailler la France car la barrière, voire parfois les prélèvements excessifs de la grande distribution, sont levés tandis que les dépenses délirantes de marketing sont minimisées grâce au numérique. Je préfère ce circuit court qui représente l'avenir. Les Français souhaitent connaître l'origine des produits, savoir comment ils sont fabriqués et attacher une responsabilité du producteur par rapport au consommateur. Le « made in France » consacre ainsi la réussite du circuit court.
La politique est une vision générale alors que l'entreprise est une vision concrète et particulière mais qui sont à mon sens parfaitement complémentaires. Sans vision politique ou de la marche du monde, il est difficile pour un entrepreneur d’avancer. Une entreprise, quelle que soit sa taille, se positionne nécessairement sur le plan mondial. Cette vision du monde est donc importante pour un entrepreneur : il doit se cultiver, réfléchir et penser les évolutions profondes de la société sur lesquelles ils travaillent.
Il existe en politique une forme de déception profonde que j’ai ressentie, liée à une lutte constante de tous contre tous dans la politique qui annule les efforts et les énergies déployées. Dans le cadre des projets que nous entreprenons, nous avançons, nous faisons sans être empêchés et je trouve cela formidable. Je me réjouis de participer modestement mais concrètement à la reconstruction économique de mon pays.
Nous disposons des outils nécessaires pour la phase d’amorçage mais il n'y a pas suffisamment de soutien aux entreprises qui se déploient et se développent. C'est une des raisons pour lesquelles nous perdons toutes nos pépites : les étrangers viennent faire leur shopping honteux en France. Il existe urgence nationale.
Si j'avais un message à adresser au gouvernement, cela serait d'utiliser l'épargne de l'assurance-vie (environ 1 500 milliards d’euros, NDLR) et de mettre un tuyau de 5 % pour financer le développement de nos PME. Cela suffirait à résoudre nos problèmes et permettrait d'éviter que les Chinois, les Américains ou les autres viennent racheter nos entreprises et qu'elles disparaissent.
• Les équipes du Made in France (holding) : 2 salariés
• Société d'élevage et de repeuplement des abeilles de France (Seraf) : 3 salariés en juin
• Compagnie française de l'amande méditerranéenne (Cofram) : 2 salariés en juillet