Cette volonté entrepreneuriale n'est finalement pas si fréquente et répandue dans les services financiers. S’il existe aujourd’hui une espèce de frénésie autour des Fintech et des start-up dans le monde de la gestion d'actifs et de l'investissement, force est de constater qu’il existe très peu d'histoires entrepreneuriales dans ces métiers en France.
A l’inverse, à Londres, où nous travaillions tous les deux à l'époque, un grand nombre d'initiatives voyaient le jour dans ces métiers. Très rapidement, nous avons eu pour objectif de nous lancer depuis Paris.
À travers nos expériences initiales en banque d'affaires, nous avons eu l’opportunité d’être exposés à différents métiers et classes d'actifs, que cela soit sur le marché de la dette et de l’investissement, qui fut un peu le fil conducteur de notre développement, mais également de l'immobilier et de l’investissement en fonds propres. Nous avons eu une formation et un apprentissage assez techniques sur ces métiers, mais également l'opportunité de passer d'une classe d'actifs à une autre.
Notre ambition était très claire dès le départ : nous souhaitions être présents sur différents types de stratégies et sur différents modes de financements des entreprises et de l'économie, et ce, même si nous avons commencé très modestement avec 4 millions de fonds propres. Dans l'absolu, c'est une somme importante mais dans notre métier, c'est extrêmement symbolique.
Ce qui est intéressant, c’est que lorsque nous regardons la présentation de Tikehau en 2004 qui avait alors la profondeur d’une société gérant 4 millions d'euros (contre 11 milliards d'euros à présent), nous y retrouvons cette philosophie singulière qui nous anime encore aujourd’hui. Malgré le chemin parcouru, nous avons en effet assez peu dévié de notre ambition initiale. Nous avons organisé et institutionnalisé notre activité, sans pour autant nous écarter de notre objectif.
Il est question de mettre à profit des techniques que nous avons apprises à travers nos expériences dans les banques. Suite à la crise financière de 2008 et à l'évolution de l'environnement réglementaire en 2011, ces banques traditionnelles ont laissé la place à des modèles plus entrepreneuriaux. L'expression « entrepreneur de la finance » peut parfois être mal perçue ou mal comprise. Si je devais résumer notre job, je dirais que nous sommes un acteur de la transformation de l'épargne et que nous la redirigeons vers les canaux fertiles de l'économie.
A un moment où il n’y a jamais eu autant d’épargne dans le monde, et où les acteurs traditionnels sont sous contrainte, soit de capitaux propres, soit réglementaire, des plateformes plus agiles, telles que la nôtre, ont une carte à jouer et constituent un maillon clef du financement des entreprises et de l’économie. Car avec la crise les besoins de financement des entreprises n’ont pas disparu. Il fallait donc leur apporter des solutions. C’est ce que nous avons contribué à faire.
Quant au concept d'entreprenariat, caractérisé par l’alignement d’intérêt et l’exposition capitalistique personnelle, il est porté par la notion d’indépendance, d'agilité et de réactivité. L'entrepreneur incarne l'esprit d'indépendance, avec la possibilité d'être contrariant et en rupture avec les schémas établis. Lorsqu’en 2008-2009, tout le monde ferme les écoutilles, nous décidons de nous positionner sur le marché de la dette, à la fois secondaire car les acteurs doivent vendre des actifs, mais aussi sur des nouvelles stratégies où il faut se positionner sur de nouveaux modes de financements.
Il nous semble essentiel à l’image de n'importe quels entrepreneurs dans des secteurs plus traditionnels, d'être des actionnaires acteurs du développement de la société. Les associés de Tikehau Capital investissent leur capital aux côtés de nos clients, ce qui est loin d’être toujours le cas dans ces métiers-là.
Nous avons toujours essayé d'être pionnier et inventif. Le fil directeur de notre projet étant de créer, construire et développer, à l’image de bâtisseurs.
Aujourd'hui, nous disposons de sept bureaux à travers le monde, près de 200 collaborateurs nous ont rejoints et nous avons financé à ce jour 175 entreprises. Chaque étape participe à la construction de notre futur. Nous avons créé un effet de surprise en ouvrant à Londres. Personne ne nous y attendait car la capitale britannique est le lieu où il y a le plus de sociétés d'investissement et d'asset management. Nous avons essayé de nous différencier à travers nos recrutements et le développement de nos activités.
L’ouverture d’un bureau à Singapour n’était pas dénué d'originalité : il était en effet assez atypique pour des sociétés européennes dans les services financiers d'ouvrir un bureau dans cette cité-État d’Asie du Sud-Est. Deux ans après, la société d’investissement singapourienne Temasek est devenue l'un de nos actionnaires et nous faisons désormais énormément de choses avec eux. Nous sommes très honorés de leur confiance et fiers de ce partenariat qui a été structurant pour nous.
La dette privée représente un peu moins de 50% de nos activités. Elle concerne le financement des entreprises à qui nous prêtons de l'agent. Nous fabriquons des instruments de dette pour les aider à se développer en transformant l'épargne de grands investisseurs institutionnels soit, in fine, l'épargne d’épargnants français ou étrangers. Une grande partie de l'épargne se trouvant dans des contrats d'assurance vie, nous permettons donc à des sociétés de taille moyenne de se développer.
Nous avons financé 175 entreprises dans la plupart des secteurs en intervenant parfois sur des thématiques particulières. Nous sommes, par exemple, associés avec Sofiprotéol (propriété du groupe agro-industriel Avril, Ndlr) pour financer le secteur agroalimentaire.
Notre second métier consiste à investir en fonds propres en minoritaire, souvent dans le cadre d'augmentations de capital, pour aider des entreprises qui, dans le cadre d’une vision long terme, préfèrent disposer de fonds propres plus tôt que de la dette. Nous ne pratiquons pas de LBO (rachat d'entreprise par endettement, Ndlr). Nous ne rachetons pas d'entreprises dans une logique purement financière. Nous nous positionnons vraiment comme un investisseur minoritaire aux côtés de familles et d'entrepreneurs et avons pour objectif d’apporter des solutions avec du capital de long terme, flexible et patient. Nous finançons donc aussi par ce biais l'économie des entreprises, mais cette fois-ci, en fonds propres.
L'immobilier est notre 3ème ligne de métier. D'ailleurs, la première opération de Tikehau Capital, réalisée en 2004, fut une opération immobilière. Nous achetons des portefeuilles à des entreprises, ce qui constitue un moyen de les financer. Les entreprises encaissent des capitaux et ensuite nous signons des baux longs termes. A titre d’exemples, nous avons acquis un portefeuille de 36 magasins Mr Bricolage en 2014, mais aussi une partie du portefeuille immobilier d'EDF.
Notre 4ème métier est plus financier : il s’agit de la gestion de fonds plus traditionnels (SICAV et FCP) positionnés sur des stratégies de niche. Il est encore une fois question de dettes : des dettes subordonnées émises par les banques et des dettes à des entreprises plus endettées (dettes au rendement, Ndlr).