Le concept tient à un concours de circonstance : les 3 entrepreneurs, qui travaillent sur un projet d’entreprise dans le domaine de la logistique, peinent à échanger des documents volumineux avec une simple messagerie. Ils ont alors l'idée d’une sorte de disque dur sur Internet.
Le trio développe ainsi une solution de stockage de documents pour les entreprises et les professionnels bien avant tout le monde. L'entreprise se développe alors par croissance externe, avec l’acquisition depuis 2006 de 4 entités : Mavetic, fournisseur d’espaces de travail collaboratifs ; Omnikes, éditeur de solutions d’échanges électroniques ; CertEurope, spécialiste de la sécurisation des échanges ; CommonIT, spécialiste de la navigation Web.
Cette stratégie offensive permet un déploiement à l'international, avec des bureaux en Belgique, en Allemagne, à Singapour, et un CA de 40 M€. Mais l’arrivée de Dropbox rebat les cartes. «Jusqu’à présent, Dropbox n’était pas un concurrent frontal car il visait le marché grand public, ce qui a permis de créer les usages dans le partage de fichiers», indique Édouard de Rémur.
Mais Dropbox, qui a atteint une masse critique d’utilisateurs, s’attaque désormais au marché professionnel. «Nous allons nous battre avec nos armes, au premier rang desquelles figure l’agilité d’une PME. Nous pouvons ainsi proposer des solutions innovantes plus rapidement, en fonction du besoin d’un client, et n’avons pas l’inertie inéluctable d’un grand groupe». Édouard de Rémur met également en avant la capacité d’Oodrive à «changer de business model du jour au lendemain pour s’adapter à la demande».
D’ailleurs, 2 des 3 fondateurs sont sur le terrain, au contact des clients. «J’accompagne nos vendeurs pour rester proche de notre marché et être en capacité d’évoluer rapidement». Enfin, la PME de partage de fichiers s’est infiltrée sur des marchés de niche, alors que «Dropbox reste standardisée et généraliste».
Oodrive propose ainsi des déclinaisons de ses produits pour les cabinets d’architectes, les conseils d’administration, les sociétés de fusions-acquisitions... «Nous avons plus de 10.000 clients, des PME mais aussi des entreprises du CAC40», confie Édouard de Rémur. La belle ETI a même levé 65 M€ en début d'année auprès de MI3, Tikehau Capital et NextStage, 3 fonds persuadés qu'il y aura bientôt une consolidation du cloud en Europe et que Oodrive pourrait être l'un des consolidateurs. Les fondateurs tablent sur un doublement du CA d'ici 2020.