La Tribune recense plus de 1600 articles écrits sur la BlockChain depuis janvier 2016, faisant de ce sujet la « star des médias ».
Alors entre le « BlockChainwashing » décrit par Virginie Gretz, dans Frenchweb, ou les propos de Philippe Dewost (CDC) : «80% de ce qu’on peut lire dans la presse sur la BlockChain est bullshit» (rapporté dans Frenchweb) et les échos qui titrent « La révolution BlockChain au défi du droit » qu’en est il vraiment ?
Prenons un peu de recul pour voir quelles réalités se cachent derrière ce fantasme de BlockChain.
La BlockChain est une technologie informatique qui permet de stocker de la donnée de façon non centralisée. Les informations sont conservées dans des blocs, répartis sur de nombreuses machines, reposant sur des algorithmes complexes permettant d’assurer la transparence, l’intégrité des transactions, sans aucun organe de contrôle. L’association BlockChain France, explique de façon pédagogique et détaillée ce mécanisme.
Ce qu’il faut retenir de cette base de donnée distribuée, c’est qu’elle ouvre de nombreuses perspectives de gestion de la donnée de façon sécurisée, inviolable, promettant de devenir «la technologie de suppression du tiers de confiance».
De même que TCP-IP est le protocole qui a permis de créer l’internet que nous connaissons aujourd’hui, pour de nombreux experts
Forrester dans son étude de septembre ne compte pas la BlockChain comme l’une des 15 technologies majeures des 5 prochaines années, contrairement à la réalité virtuelle ou augmentée (cf article Usine Digitale).
En dépit de son succès médiatique, la BlockChain n’est encore qu’une technologie expérimentale, c’est une couche relativement basse et qui mettra des années avant d’être intégrée dans les systèmes d’information.
L’écosystème commence juste à se structurer autours de BlockChain France, France Blocktech et son projet BlockChain Valley, qui tentent, avec bien des difficultés, de faire émerger les acteurs. C’est balbutiant. Prometteur peut-être, mais balbutiant.
Aujourd’hui la réalité de la technologie est qu’elle est lente, qu’elle est très loin des performances des leaders du marché et des outils traditionnels.
Comme le dit dans le même article Nicolas Lesur : « les utilisateurs d’Unilend sont des particuliers comme vous et moi, ils ne savent pas accéder à une blockchain ».
C’est un long chemin qui démarre, les meilleures startups essuieront les plâtres, grossiront et se feront manger, par des SSII ou par des éditeurs comme Oracle, IBM ou Microsoft, c’est l’histoire naturelle de l’informatique depuis sa création. Les grands acteurs du paiement, tels Visa, Mastercard, Paypal ont créé leurs laboratoires BlockChain, ou ont investi dans le Bitcoin (cf article).
Des grands acteurs du e-commerce suivront l’exemple de Rakuten (géant japonais du e-commerce) qui a racheté bitnet, pour créer un laboratoire BlockChain. Il y recherchera d’après la presse : « des solutions à base de BlockChain sur des domaines divers tels que la billettique ou encore la gestion des programmes de fidélisation » (cf article).
C’est bien le BitCoin qui ouvre le monde de la BlockChain, en créant cette technologie, voilà 8 ans déjà, en s’appuyant sur la cryptographie, technologie vieille de plus de 20 ans. Il semble important là aussi de conserver son sang froid avant de toucher à son site de e-commerce pour accepter les bitcoins, Ether ou autres monnaies, car plusieurs faits majeurs doivent être bien connus.
Ce marché est très volatile, et concerne moins de 10 Millions de personnes dans le monde (cf article). C’est à la fois beaucoup, à la fois 10 milliards de valeur pour 10 millions de personnes, signifie une moyenne de 2 bitcoins/personnes. Cela reste donc une niche, qui concerne le geek investisseur et absolument pas le français lambda qui souhaiterait payer son bus avec des Bitcoins.
Les crypto monnaies ont déjà leur cimetière. Plus de 38 crypto monnaies ont fait les frais d’attaque, de spéculations, de malversation. Le projet DAO (Decentralized Autonomous Organization), est une plateforme de financement collaboratif qui s’appuie sur la BlockChain Etherum, qui a levé 150 millions de $ en Ether en juin 2016, et qui a été victime d’un piratage occasionnant une perte de 50 millions de $ (en Ether).
Pour une grande marque traditionnelle, il est surement prudent d’attendre avant de se lancer dans l’acceptation du paiement en crypto-monnaie. Par contre, il y a probablement un vrai enjeu à enclencher dès maintenant, alors que le sujet reste immature, à réfléchir et agir, comme le préconise Laurent Leloup, Président de France Blocktech « sur une BlockChain souveraine, à l’échelle de la France, voire de l’Europe ».
Si aujourd’hui la Blockchain est une technologie d’experts, qui rassemble un univers de geeks, qui gère des monnaies alternatives permettant de payer sans frais et rapidement (enfin presque) et de façon sécurisée (enfin presque), il est donc un secteur de convergence qui pourraient être finalement le vrai fait d’arme de la BlockChain des prochaines années : devenir la liquidité du financement participatif.
Investir dans une entreprise à risque, mais ayant du potentiel, dans une monnaie, elle aussi à risque, mais ayant du potentiel, c’est une prise de risque maximale mais dont les profits pourraient être extraordinaire. Acheter du BitCoin, ou de l’Ether semble de plus en plus entrer dans une logique d’investissement et non pas de consommation.
Cette levée représente en valeur à ce jour environ 140 millions de dollars soit l’équivalent de l’ensemble des sommes levées en France par le financement participatif en 2014.
Waves, par exemple, projet blockchain qui vise à établir une plateforme d’échange pour faciliter la création de projets open-source et leur financement en crowdfunding par le biais notamment de crypto-monnaies, a achevé le 1er juin une levée de fonds de plus de 30.000 bitcoins (plus de 15 millions d’euros au moment d’écriture de cet article) en seulement 3 semaines auprès de 5 800 participants.
Cet événement, loin d’être isolé, s’inscrit au contraire dans un mouvement bien établi dans le monde des projets de crypto-monnaies : le phénomène des ICO (Initial Coin Offering), qui consiste en une vente de jetons numériques pair à pair contre des crypto-monnaies. Ce mécanisme, qui répond au triple besoin de la diffusion rapide de ces nouvelles monnaies, du financement des structures qui les portent et de l’évaluation « par la multitude » de leur fiabilité, est en plein essor et représente aujourd’hui la méthode plébiscitée pour le lancement d’une nouvelle crypto-monnaie. Il convient de se demander quelles évolutions ce nouveau crowdfunding dit « 3.0 » dessinent pour l’ensemble du secteur du financement participatif.
Si une blockchain devenait opérationnelle et passait définitivement les obstacles techniques (expérience utilisateur, passage à l’échelle et preuve de stabilité dans le temps), elle pourrait capter la valeur ajoutée des plateformes d’investissement participatif, qui se trouveraient en danger.
Il est possible d’illustrer aussi le fait que
« Dans la théorie monétaire de Schumpeter, la monnaie est loin d’être une pure marchandise ; elle est une institution sociale identifiée par une fonction précise qu’elle doit remplir dans un type de société donnée. Dans la représentation schumpétérienne, la monnaie est créée dans une relation binaire entreprise/banque mettant à l’écart le salarié.
Or dans une économie fondée sur le salariat, la monnaie est créée par la production ; elle est le résultat du travail dépensé [Schmitt B., 1984, p. 467]. Chez Schumpeter la monnaie constitue une créance formée à l’occasion de crédit sollicité pour le financement des entreprises. Ce point de vue soulève une question indissociable de la conception schumpétérienne de la monnaie que nous ne pouvons pas ignorer : celle du financement de l’évolution économique ».
Et si la Blockchain et les crypto-monnaies trouvaient ainsi une place centrale dans le financement de l’économie de demain, économie collaborative fondée sur l’entreprenariat ?
Cyril Garnier est directeur général de SNCF Développement, la filiale de développement économique et de soutien à l'entreprenariat de SNCF. Depuis bientôt 6 ans, SNCF Développement a accompagné 400 entreprises, créatrices de 1500 emplois. 1500 nouveaux emplois devraient être créés dans les 2 prochaines années.
Parmi ces entreprises, 200 start-ups remarquables réinventent l'économie par le digital : Mésagraph, Tektos, Simplon, Centimeo, Onecub, Bulldozair, RogerVoice, Be-Bound, Copsonic, Wattmobile font partie des pépites du portefeuille de SNCF Développement.