Réputée simple et rapide, la procédure de rupture conventionnelle n’en est pas moins très encadrée et doit respecter certaines conditions de fond et de forme. De nombreuses ruptures conventionnelles ont été annulées par les tribunaux entraînant de lourdes sanctions financières pour les entreprises.
Il convient donc de prendre des précautions. Voici donc des conseils pratiques et tactiques inédits, émanant de la pratique de DRH, afin d’aider les employeurs à mener à bien une rupture conventionnelle.
Les entretiens constituent un élément important de la procédure formelle de la rupture conventionnelle. Ils permettent un échange avec le salarié et la négociation des conditions de départ avant la signature du formulaire d’homologation destiné à l’administration du travail (Direccte). La préparation des entretiens est l’occasion de faire le point sur ses arguments et de construire un dossier solide. Voici les points fondamentaux auxquels le chef d’entreprise doit penser :
- prendre en considération la situation personnelle du salarié (a-t-il des enfants, son conjoint a-t-il un emploi ?) et son état d’esprit (est-il conscient de la situation ?) ;
- prendre en compte son statut et les clauses de son contrat (est-ce un salarié protégé ? A-t-il une clause de non-concurrence ?) ;
- réunir les documents factuels (comptes rendus des entretiens d’évaluation annuels, résultats commerciaux, échanges de mails, objectifs atteints ou non…) ;
- se préparer pour répondre à ses questions légales (comment calculer les indemnités ? Quels sont les délais de carence ?…).
Afin d’être convaincant et rester maître de l’entretien, il est important de :
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C’est la crainte principale pour le chef d’entreprise. Il est important de chiffrer le risque prud’homal qu’un contentieux pourrait faire peser sur l’entreprise en cas de contestation d’une rupture conventionnelle imposée ou d’un licenciement pour raisons fallacieuses. Attention car les conditions d’obtention de l’indemnité forfaitaire varient en fonction de l’ancienneté du salarié et de l’effectif de l’entreprise.
Il faut attendre l’homologation de la rupture pour procéder à l’annonce du départ. Il n’est pas nécessaire de communiquer sur les raisons et les modalités de la rupture conventionnelle ou encore de se justifier. L’important est de rester neutre. Il peut être pertinent de réaliser une annonce commune avec le collaborateur qui quitte l’entreprise afin d’exprimer l’accord mutuel de la séparation. Cela permet de maintenir une bonne ambiance au sein de l’entreprise.
La rupture conventionnelle peut être mise en œuvre par tous les employeurs et tous les salariés en CDI, y compris les salariés «protégés» (délégués du personnel, délégué syndical...).
Il n’existe donc ni condition liée à la taille de l’entreprise ni condition d’ancienneté (même si cette dernière est prise en compte pour calculer le montant de l’indemnité de rupture conventionnelle due au salarié). Cependant, lorsque la rupture concerne un salarié protégé, la convention doit également être autorisée par l’Inspection du travail. La signature de la convention suppose naturellement le consentement libre et entier des deux parties. La procédure mise en place doit donc protéger le libre arbitre du salarié.
En signant la convention de rupture conventionnelle, le salarié et l’employeur sont dès lors considérés comme ayant renoncé au licenciement. Dans un deuxième arrêt, la Haute Juridiction reconnaît le droit pour l’employeur de reprendre une procédure disciplinaire de licenciement après l’exercice par le salarié de son droit de rétractation de la rupture conventionnelle. Après cette renonciation, l’employeur peut donc toujours convoquer à nouveau le salarié à un entretien préalable de licenciement.
Enfin, dans un troisième arrêt, la Cour de Cassation précise que la signature d’une rupture conventionnelle n’interrompt pas le délai de prescription de 2 mois pendant lequel des sanctions disciplinaires peuvent être engagées contre un salarié pour un fait fautif. Par conséquent, si la procédure de rupture conventionnelle échoue, l’employeur doit bien veiller au respect des délais de prescription avant de sanctionner son salarié.
La rupture conventionnelle donne lieu à la signature d’une convention qui doit ensuite être homologuée.
Rétractation. Après la signature de la convention de rupture conventionnelle, le salarié et l’employeur disposent d’un délai pour renoncer à leur engagement. En cas de rétractation dans les formes et les délais, la rupture conventionnelle n’a aucun effet : le contrat de travail doit continuer dans les conditions habituelles. Lorsque, même après signature de la convention, le salarié ou l’employeur décide de renoncer à la rupture conventionnelle, la convention peut être dénoncée, par chacune des deux parties, dans le délai de 15 jours calendaires suivant la signature. Si le délai de 15 jours se termine un samedi, un dimanche ou un jour férié, le délai se prolonge jusqu’au premier jour ouvrable qui suit. Le contrat de travail ne peut pas être rompu pendant cette période.
L’employeur doit obligatoirement attendre la fin de ce délai de 15 jours avant d’adresser une demande d’homologation à la Direccte. Il est conseillé de formaliser la renonciation à travers un courrier adressé en recommandé avec avis de réception.